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Campus - Guerre Au Liban

Les universités placent le bien-être des étudiants au premier plan

Vu les circonstances difficiles que traverse le pays, les institutions soutiennent les jeunes à plusieurs niveaux, dans l’objectif d’améliorer leur bien-être mental face aux défis sécuritaires, académiques et financiers.

Les universités placent le bien-être des étudiants au premier plan

Certaines universités proposent des activités d’expression des émotions et de gestion du stress, à travers des approches ludiques, réflexives et interactives. Photo USEK

Depuis la dernière guerre, de nombreux paramètres ont changé, touchant directement la communauté universitaire. « Durant l’offensive de 2024, nos étudiants exprimaient surtout leur colère mais se sentaient en sécurité. Maintenant, tout leur semble imprévisible, ce qui rend leur concentration encore plus difficile. Comme les événements s’accélèrent, ils se disent qu’aujourd’hui nous sommes là, demain, nous ne savons pas, et ce qui est valable aujourd’hui peut ne plus l’être demain », rapporte Pia Tohmé, directrice du département de psychologie et d’éducation de l’Université libano-américaine (LAU), en évoquant les sentiments d’insécurité, d’incertitude et d’incrédulité ressentis par les jeunes. « Les étudiants craignent pour leur avenir, leur famille, leur propre survie, note, pour sa part, Nadine Riachi, secrétaire générale de l’Université Saint-Joseph (USJ). Le fait d’entendre le bruit des drones toute la journée, les avions, les bombardements, d’avoir à évacuer très rapidement, tout ceci constitue une charge émotionnelle assez importante. » D’autant plus que, comme le souligne Pia Tohmé, « ils sont bien plus nombreux, à présent, à vivre des déplacements multiples ». Compte tenu de la dimension régionale du conflit, « nombre d’entre eux se retrouvent contraints de rester au Liban », observe-t-elle. À cela s’ajoute la reprise de l’apprentissage, en ligne ou en présentiel. « Les principales préoccupations des étudiants à ce stade portent essentiellement sur la réussite et la continuité de leur parcours académique. Beaucoup font face aux défis de l’enseignement en ligne, tels que maintenir leur concentration, rester engagés et s’adapter aux changements concernant les modalités de présence, d’apprentissage expérientiel et d’évaluation, explique Sarah-Joe Chamate, directrice du centre de conseil de l’Université américaine de Beyrouth (AUB) et psychologue clinicienne. Il est donc essentiel que le soutien psychologique soit complété par des mesures institutionnelles. »

Dès le début de la guerre, certains établissements d’enseignement supérieur ont, par conséquent, adapté leur calendrier académique aux défis rencontrés par les étudiants. À titre d’exemple, l’AUB a fait montre d’une « plus grande souplesse en matière d’assiduité, une diversification des modalités d’évaluation et une prise en compte des situations individuelles, notamment pour les étudiants confrontés à des défis supplémentaires, tels que le déplacement ou la perte ». Quant à l’Université antonine (UA), le calendrier a été prolongé et aménagé afin d’absorber les interruptions inévitables, d’une part, et, de l’autre, d’alléger la pression et d’offrir aux étudiants le temps nécessaire pour achever leurs travaux.

Une palette de dispositifs de soutien psychologique

Par ailleurs, plusieurs universités ont mis en place des consultations gratuites assurées par leurs psychologues, en ligne ou en présentiel, de même que différents dispositifs de soutien psychologique, en phase avec l’évolution de la situation. Ces établissements diffusent, en effet, sur leurs réseaux sociaux ou par e-mails, des publications pour accompagner leurs étudiants. Ainsi, l’UA a partagé « des stratégies d’adaptation et des repères pour traverser ces moments difficiles avec davantage de sérénité », selon le père Jean al-Alam, vice-recteur au développement humain intégral. L’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) publie des posts hebdomadaires sur ses réseaux, consacrés à la gestion de crise, abordant les réactions émotionnelles courantes et les stratégies pour les maîtriser, ainsi que des rappels de la disponibilité de ses services. À l’USJ, l’Opération 7e jour (O7) a diffusé des conseils pratiques pour préserver son bien-être dans les circonstances actuelles, et le Service de la vie étudiante (SVE) a élaboré un kit de survie contenant les numéros d’urgence et les ressources offertes par l’université, telles que des pratiques d’autosoins.

Toujours à l’USJ, d’autres entités se sont également mobilisées. « Une enquête a été lancée dès le début de la crise afin d’identifier les étudiants en difficulté et de leur assurer un accompagnement adapté », explique Joe Hatem, coordinateur de l’O7. En parallèle, les aumôniers des huit campus de l’USJ assurent un support spirituel, sous forme de groupes de parole ou de rendez-vous individuels. De son côté, « le SVE collabore avec le club mental, qui est particulièrement actif de nos jours. Il repose sur le système de peer-help, où des étudiants apportent de l’aide à leurs pairs », affirme Nadine Riachi.

En outre, l’UA a établi une ligne d’écoute psychologique, disponible 24h/24 et 7j/7, « permettant aux étudiants de bénéficier d’un soutien émotionnel », selon le père Jean al-Alam, de même qu’une ligne d’assistance, gérée par le Bureau des affaires estudiantines, pour répondre « aux interrogations des étudiants, qu’il s’agisse de préoccupations logistiques ou de situations plus urgentes qui nécessitent une intervention rapide », ajoute-t-il.

Par ailleurs, le département de psychologie et d’éducation et le service de conseil de la LAU organisent, conjointement, des ateliers hebdomadaires, animés par deux psychologues cliniciens, afin d’aider les étudiants à gérer le stress. Offrant aux étudiants la possibilité d’y participer de façon anonyme, ces ateliers, considérés plutôt comme des conversations, constituent un espace sûr de parole et d’échange, « permettant de normaliser les émotions, en montrant qu’il n’existe pas une seule manière de gérer la situation », explique Pia Tohmé, qui est professeure associée en psychologie clinique. Ainsi, en validant leurs sentiments, le premier atelier a fourni aux étudiants « des outils pour les aider dans des situations d’incertitude, sur la manière de réagir en cas d’événement soudain en classe ». En revanche, les ateliers qui ont suivi se sont centrés sur des outils pratiques dans le cadre de la reprise de l’apprentissage, qu’il soit en ligne ou sur le campus, alors que les étudiants éprouvent des difficultés à renouer avec le rythme académique et à passer leurs examens dans cette situation chaotique. « Les ateliers insistent sur la nécessité de créer de courts moments de concentration, sans nier la réalité extérieure, tout en apprenant à la mettre temporairement de côté. » L’objectif est d’accompagner les étudiants à établir « une routine académique et structurée », ajoute Pia Tohmé, précisant que les thématiques des ateliers hebdomadaires évoluent selon les circonstances et les besoins du moment. En parallèle, les enregistrements des ateliers ainsi que d’autres ressources sont envoyés à l’ensemble des étudiants.

Lorsque les difficultés financières pèsent sur le mental

Pour sa part, l’USEK accueille ses étudiants « sans rendez-vous, en situation de crise, afin d’assurer une prise en charge immédiate des personnes qui en ont besoin », d’après Émilia Chawa, responsable du bureau de conseil et d’accessibilité. Cette université met aussi à la disposition de ses étudiants une ligne d’assistance accessible en continu via Embrace Lifeline, de même qu’elle assure un accès continu à TalkCampus, une application mobile de soutien en santé mentale entre pairs, 24h/24 et 7j/7. L’établissement propose aussi des activités visant l’expression des émotions et la réduction du stress, à travers des outils ludiques, réflexifs et interactifs. Il s’agit ainsi pour les étudiants d’élaborer un plan de bien-être personnalisé, de compléter une fiche guidée visant à identifier et à gérer leurs réactions, de participer à des exercices de conscience émotionnelle ou encore de tirer des cartes de techniques d’ancrage qu’ils pourraient appliquer au besoin. D’autres activités, plus créatives, ont favorisé le soutien entre pairs, « renforçant ainsi l’entraide, la bienveillance et le sentiment de connexion », de même que le « sentiment d’expérience partagée et de communauté », estime Émilia Chawa.

L’AUB a développé, en outre, des formats de groupe en ligne, rassemblant les étudiants autour de préoccupations communes, allant des stratégies d’étude dans des environnements perturbés aux techniques de gestion du stress et de l’anxiété. « Ces espaces visent non seulement à fournir des outils, mais aussi à restaurer un sentiment de lien et de résilience collective », note Sarah-Joe Chamate.

Sur un autre plan, le bien-être des étudiants a été directement affecté par une crise économique, aggravée par la guerre actuelle. « Nous avons remarqué que les étudiants éprouvent des craintes surtout financières, liées au paiement des frais de scolarité », confie Nadine Riachi. Ceci a conduit certaines universités à assouplir les modalités de paiement des frais de scolarité, avec la possibilité de les rééchelonner. Parmi les autres mesures prises, l’UA lancera une initiative de soutien d’urgence qui « vise à apporter une aide financière ciblée aux plus durement touchés par la guerre, comme ceux qui ont perdu leur logement, leur emploi ou un être cher. Elle se décline en allégements de frais de scolarité, en bourses d’urgence et en aides exceptionnelles pour difficultés majeures, afin qu’aucune contrainte financière ne vienne entraver la poursuite du parcours académique », note le père Jean al-Alam. Afin de soutenir au plus près ses étudiants, l’USJ a recommencé à accepter de nouveaux dossiers d’aide financière. « Ceux qui n’avaient pas déposé de dossier en début d’année académique et qui se retrouvent maintenant dans le besoin ont adressé des demandes au service social de l’USJ », assure Nadine Riachi, avant de lancer un appel à contribution au fonds de solidarité de cet établissement. Alors qu’environ 55 % de ses étudiants bénéficiaient déjà d’une aide financière, les demandes sont aujourd’hui en nette hausse, traduisant la pression financière croissante qui pèse sur les étudiants dans l’ensemble des universités.

Depuis la dernière guerre, de nombreux paramètres ont changé, touchant directement la communauté universitaire. « Durant l’offensive de 2024, nos étudiants exprimaient surtout leur colère mais se sentaient en sécurité. Maintenant, tout leur semble imprévisible, ce qui rend leur concentration encore plus difficile. Comme les événements s’accélèrent, ils se disent qu’aujourd’hui nous sommes là, demain, nous ne savons pas, et ce qui est valable aujourd’hui peut ne plus l’être demain », rapporte Pia Tohmé, directrice du département de psychologie et d’éducation de l’Université libano-américaine (LAU), en évoquant les sentiments d’insécurité, d’incertitude et d’incrédulité ressentis par les jeunes. « Les étudiants craignent pour leur avenir, leur famille, leur propre survie, note, pour sa...
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