Une excavatrice dégage les décombres de bâtiments détruits sur le site d’une frappe israélienne ayant visé le village de Cana, dans le sud du Liban, le 12 avril 2026. Photo KAWNAT HAJU/AFP
Les combats entre l’armée israélienne et le Hezbollah faisaient toujours rage dimanche, allant crescendo dans la violence depuis samedi soir, malgré les négociations directes annoncées entre le Liban et Israël, alors que le bilan humain depuis la reprise de la guerre le 2 mars dépasse désormais les 2 000 morts. L’armée israélienne n’a pour l'heure pas repris ses frappes sur Beyrouth depuis jeudi, mais a poursuivi ses bombardements meurtriers au Liban-Sud et dans la Békaa, tuant notamment un secouriste de la Croix-Rouge.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé dimanche soir que la « guerre au Liban se poursuit » et qu’il « reste encore du travail à accomplir », devant des soldats israéliens au Liban-Sud, selon une vidéo publiée sur son compte X, dont la localisation n'a pas été précisée.
Combats à Bint Jbeil
Bint Jbeil, ville clé du Liban-Sud, est le théâtre de combats depuis le milieu de la semaine. Rien ne garantit que le mouvement chiite pourra encore maintenir ses positions dans cette localité hautement symbolique. Face à l’avancée des troupes israéliennes au Liban-Sud, plusieurs affrontements ont éclaté dans la nuit autour de Bint Jbeil, notamment au niveau du quartier est, où les troupes israéliennes ont de nouveau tenté de s’infiltrer sous les bombes. Les frappes israéliennes se sont poursuivies toute la journée sur la ville, selon les informations du front relayées par notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah.
Dans la journée, l’armée israélienne a indiqué sur X, via son porte-parole arabophone Avichay Adraee, que ses troupes s'étaient emparé d'un hôpital à Bint Jbeil, tuant 20 membres du Hezbollah qui s’y étaient retranchés, et affirmé y avoir découvert des caches d’armes. En fin de journée, la localité était toujours bombardée par Israël. De son côté, le Hezbollah a affirmé avoir tiré sur des soldats israéliens à plusieurs reprises tout au long de la journée.
Un secouriste de la Croix-Rouge tué
Parmi la trentaine de victimes au Liban dimanche figure un secouriste de la Croix-Rouge libanaise, tué dans une frappe de drone israélien à Beit Yahoun (Bint Jbeil), qui a également blessé un autre de ses collègues. Le ministère de la Santé et la Croix-Rouge ont dénoncé « un ciblage direct », dans des communiqués distincts publié dimanche. Autre fait notable, une frappe sur Sohmor, dans la Békaa-Ouest, a tué Khaldoun Nasser, qui dirigeait la municipalité de Qlaya depuis environ quatre mois, rapporte notre correspondante dans la région, Sarah Abdallah. Son fils avait été blessé lors de l'attaque des bipeurs, en septembre 2024.
L'armée israélienne a plus largement pilonné le Liban-Sud tout au long du week-end. La ville de Nabatiyé a notamment subi trois frappes aériennes israéliennes dimanche : l'une des frappes a ciblé la descente du quartier de Maslakh, du côté de la station Amana, visant un centre commercial où se trouve un magasin de fleurs et un autre de plastique. La Défense civile libanaise a évacué plusieurs familles qui étaient encore restées dans ce quartier après la frappe. L'armée israélienne a en outre fait exploser des habitations en soirée à Taybé et Khiam (Marjeyoun).
Dans la Békaa, l’aviation israélienne a pris pour cible une maison dans la localité de Machghara (Békaa-Ouest). L’attaque a fait au moins un mort et deux blessés et deux autres selon un bilan provisoire rapporté par notre correspondante.

Une « ceinture de feu » dans la nuit de samedi à dimanche
La nuit de samedi à dimanche a été particulièrement violente. L’armée israélienne a rasé sept immeubles en un seul bombardement à Debel, près de Aïta el-Chaab (Bint Jbeil). Au moins six personnes, dont deux femmes, ont été tuées dans un raid de l’aviation israélienne qui a visé une maison dans le village de Maaroub, dans le caza de Tyr, un bilan confirmé par le président de la municipalité, Hassan Fneich.
Par ailleurs, les raids menés contre le village de Cana (Tyr) pendant la même nuit ont tué au moins cinq personnes, dont deux femmes et une fillette. Le nombre définitif de victimes reste encore à établir, mais il pourrait s’élever jusqu’à sept morts, quatre personnes restant portées disparues sous les décombres. Le maire du village, Ali Atiyé, a déclaré à notre correspondant que les frappes aériennes avaient été extrêmement violentes, avec une « ceinture de feu » qui a complètement détruit plus de 12 habitations. Quarante autres maisons ont subi des dégâts plus ou moins importants, allant de la destruction partielle à la destruction totale. À Maaraké (Tyr), une autre attaque israélienne a blessé le propriétaire de la maison visée ainsi que son frère. Enfin, deux corps ont été extraits du site visé par une frappe aérienne dans le village de Zrariyé (Saïda). Une frappe sur un bâtiment dans la localité de Bazouriyé (caza de Tyr), situé à proximité de deux centres nouvellement établis appartenant à l’association al-Rissala, affiliée au mouvement Amal, a fait au moins 14 blessés.
Selon un décompte fourni par notre correspondant, l’aviation israélienne a bombardé au total 38 villages du Liban-Sud samedi, tandis que les drones israéliens en ont visé neuf. L’artillerie israélienne, elle, a tiré sur neuf localités, dont une avec des obus au phosphore. Dans le même temps, le Hezbollah a revendiqué 37 attaques contre des troupes ou des positions israéliennes en territoire libanais, ou contre le nord d’Israël.
Menaces d'un ministre israélien
Outre les déclarations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le ministre israélien de l’Énergie et des Infrastructures et membre du cabinet politico-sécuritaire, Eli Cohen, a déclaré qu’il ne pensait pas que les négociations entre Israël et le Liban puissent aboutir et s’est dit convaincu qu’Israël devait bombarder d’autres infrastructures libanaises. « Un aéroport, des centrales électriques, des infrastructures énergétiques (...) Nous devons faire mal au gouvernement libanais de manière à ce qu’il agisse lui-même contre le Hezbollah. Je ne donne pas de grandes chances aux négociations », a lancé le ministre, selon des déclarations reprises dans la presse israélienne.
Le mouvement chiite a revendiqué une vingtaine d'opérations contre l'armée israélienne dans la journée de dimanche, visant notamment des soldats au Liban-Sud à Taybé, conquis il y a deux semaines par Israël, Bint Jbeil et Meis el-Jabal, des localités du caza de Marjeyoun. Parallèlement, le Hezbollah a poursuivi ses attaques contre des localités du nord d'Israël. L'armée israélienne a fait état d'environ 45 tirs de missiles en provenance du Liban depuis dimanche matin.
Mohammad Maaniyé, responsable de l’unité de liaison et de coordination du Hezbollah dans le Sud, a en outre succombé à ses blessures après une frappe israélienne ayant visé le complexe de Sayyida Zahra à Saïda, le 8 avril, selon les informations de notre correspondant dans la région.
Selon le dernier bilan dimanche du ministère de la Santé, 2055 personnes ont été tuées depuis le 2 mars et 6588 blessées. Sur le total des morts, 165 sont des enfants.




L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Chaque fois le même scénario de malheur, un rouleau compresseur déchaîné et sans pitié d’un côté, et une milice étrangère bavarde et toujours victorieuse de l’autre. Et le Liban pacifique coincé entre les deux, obligé d’en payer le prix. Nous avons malheureusement deux ennemis, mais logiquement on a encore une chance de gagner contre l’un. Et il faudrait bien le reconnaître, ce n’est pas le rouleau compresseur.
05 h 09, le 13 avril 2026