L’annonce de la trêve de 15 jours entre l’Iran et les États-Unis et Israël, destinée à entériner le projet d’accord en dix points soumis par les Iraniens, a pris pratiquement le monde de court. Dans la soirée de mercredi, le Hezbollah avait déjà commencé à rassurer ses proches. Même s’il veut laisser croire qu’il est désormais tranquille quant à la suite des événements, il reste encore beaucoup d’inconnues quant à la décision finale et à l’application des dispositions de cet accord, notamment concernant le Liban. D’ailleurs, certaines figures politiques libanaises ne cachent pas leur inquiétude quant à la prochaine période.
En principe, l’accord annoncé englobe un cessez-le-feu au Liban, dans son dixième point. Du moins tel qu’il a été présenté par les Iraniens. Mais le Premier ministre israélien s’est empressé d’affirmer que, pour lui, le Liban n’est pas inclus dans cet accord et, par conséquent, il veut poursuivre ses attaques. Ce qu’on a d’ailleurs vu mercredi dans une série de raids d’une rare violence. Si les Israéliens poursuivent leurs attaques, cela signifiera que le Liban continuera à plonger dans ce cycle de violence qui le paralyse entièrement, à cause des bombardements, mais aussi de l’afflux de déplacés qu’il peut difficilement gérer.
Toutefois, à ce sujet, le Hezbollah est catégorique. Selon lui, le cessez-le-feu au Liban fait partie intégrante de l’accord, et l’Iran n’acceptera pas qu’il en soit autrement. Il précise d’ailleurs avoir remis aux autorités iraniennes un état des lieux détaillé de la situation sur le terrain, au cas où le dossier libanais serait évoqué dans les discussions. Et en principe, il devrait l’être.
Toutefois, l’État estime que ce n’est pas aux autorités iraniennes de plaider en faveur du dossier libanais. C’est d’ailleurs ce point précis qui suscite l’inquiétude de certaines parties libanaises. Le Liban officiel, qui avait pris des mesures contre l’ambassadeur d’Iran non accrédité, se retrouve ainsi de facto sous la houlette des responsables iraniens, dans le cadre des négociations pour mettre fin à la guerre entre la République islamique et les États-Unis. Et si les autorités iraniennes devaient obtenir gain de cause en faisant en sorte que le Liban soit inclus dans l’accord, quel prix ce pays devra-t-il leur payer ? C’est la question qui hante aujourd’hui le Liban officiel, en plus de la possibilité de l’éclatement de conflits internes, face au nouveau rapport de force que l’accord américano-iranien pourrait entraîner au Liban.
En effet, tout au long des mois écoulés, le Hezbollah n’a cessé de revoir ses positions et ses actes pour tenter d’en tirer les leçons nécessaires. Il est ainsi arrivé à la conclusion suivante : il n’est pas question, pour lui, de rééditer l’expérience de la période qui a suivi la conclusion de l’accord de cessation des hostilités entré en vigueur le 27 novembre 2024. À ce moment, il avait subi d’énormes pertes, dont les nombreux morts de l’attaque des bipeurs, ainsi que les assassinats de son commandement, dont les secrétaires généraux Hassan Nasrallah et Hachem Safieddine. Il avait tenu autant qu’il pouvait le faire après les 66 jours de guerre, entre septembre et novembre, mais, même s’il le niait, il avait été grandement affaibli. D’ailleurs, certaines parties internes le considéraient alors comme étant pratiquement fini. Il est vrai qu’il laissait faire sans intervenir concrètement, sous prétexte de vouloir donner une chance à l’État et à la diplomatie.
Son attitude face aux décisions le concernant, prises par le gouvernement, était considérée comme passive, ses ministres se contentant soit de se retirer des réunions du gouvernement, soit de ne pas y assister. Ce qui suscitait d’ailleurs souvent la colère de certains de ses partisans. Mais le Hezbollah ne répondait pas aux critiques internes, se contentant de quelques paragraphes dans les discours du secrétaire général Naïm Kassem. Cette attitude avait nourri l’idée que son rôle était pratiquement terminé. Mais en réalité, il se préparait en attendant le moment opportun pour intervenir. Il a jugé que ce moment était arrivé le 2 mars, à la suite de l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei et, depuis, il fait bien comprendre à ses interlocuteurs libanais qu’il faudra désormais tenir compte de lui, aussi bien dans les décisions officielles que dans la vie politique et même dans les éventuelles négociations. Certains vont même jusqu’à dire que le Hezbollah compte faire chuter le gouvernement qui a été formé à un moment où il était concentré sur sa survie. Mais ce qui est sûr à ce stade, c’est qu’il n’est plus question pour lui de laisser passer des décisions destinées à le mettre en difficulté ou qu’il qualifie de « concessions gratuites ».
D’ailleurs, une des questions qui se posent aujourd’hui, c’est qu’une fois le cessez-le-feu annoncé et respecté, qui, au Liban, devra négocier avec les Israéliens au sujet de la situation au sud du Litani ? Et si les Israéliens et, avec eux, les Américains demeurent intraitables au sujet des armes du Hezbollah et veulent que ce dernier soit contraint de les rendre à l’armée, comment le Liban pourra-t-il le faire ? Tout cela au moment où des parties internes mettent aussi la pression sur les responsables pour qu’ils contraignent le Hezbollah à renoncer à ses armes, alors que ceux-ci ont déjà un grand dossier à gérer, celui de plus d’un million de déplacés installés principalement à Beyrouth, dans le Mont-Liban et au Nord ? C’est d’autant plus difficile à gérer que cette fois les déplacés ne pourront pas rentrer de sitôt chez eux, les villages, quartiers et localités étant pratiquement détruits, et il y a peu de chances que les États du Golfe, qui avaient contribué à la reconstruction en 2006, soient prêts à le faire cette année.
Pour toutes ces raisons, certaines personnalités ne cachent pas leur inquiétude pour le « jour d’après ». Le Liban est face à deux scénarios difficiles : soit les combats se poursuivent, soit ils s’arrêtent, et le Hezbollah se considérera comme vainqueur, au moins sur le plan interne.


destinée à entériner le projet (d’accord) en dix points soumis par les Iraniens, - Pas d,accord mais a discuter. - Comment la DESINFORMATION est injectee comme du poison.
20 h 29, le 09 avril 2026