Anjo Rihane en campagne pour la Lebanese Food Bank. photo tirée du fil Instagram de l'actrice
Ils sont peintres, sculpteurs, photographes, comédiens, créateurs, galeristes. Libanais avant tout, ils tentent d’opposer à la violence de cette nouvelle guerre, des gestes ténus, presque fragiles, de solidarité. L’Orient-Le Jour en a repéré certains.
Abed al-Kadiri, réparer le moral des enfants déplacés par le dessin
Depuis presque un mois, Abed al-Kadiri passe son temps dans des écoles transformées en lieu d’hébergement de familles déplacées. Muni d’un grand rouleau de papier, ainsi que de crayons de couleur, de pastels, feutres, pinceaux et pigments, il y improvise des ateliers de dessin et de peinture destinés aux enfants. « Des séances par le biais desquelles je tente de leur faire oublier la précarité de leur quotidien », indique à L’Orient-Le Jour l’artiste plasticien. L’idée lui est venue en visitant des abris dans les villages d’Aïtate et de Choueifate, à l’approche de l’Aïd, la fête du Fitr. « Je voulais leur apporter un moment de bien-être, chasser la peur de leurs yeux. Je suis allé chercher un rouleau de papier que j’ai déroulé au sol et j’ai invité les enfants à dessiner ensemble, en superposant et en prolongeant les traits des uns et des autres », relate-t-il.

Quelque chose de réparateur s’est mis en place, imperceptiblement, comme si, l’espace d’un instant, le fracas de la guerre au dehors reculait. « Des éclats de rire ont surgi, les enfants ont retrouvé leur vitalité et une sorte de joie s’est propagée dans ces espaces marqués par le déracinement et la précarité », raconte en substance le peintre. De cet enchevêtrement de formes et de couleurs tracées sur le papier a ainsi émergé une œuvre de réparation et de solidarité. Pour prolonger ce souffle positif, un kit d’art (cahier de dessin et crayons de coloriage) a été remis à chacun, pour les inciter à continuer à créer malgré tout.
Soutenu par un réseau d’amis, Abed Aal-Kadiri compte étendre cette initiative d’abris en abris. À cet effet, il lance un appel à tout artiste de bonne volonté voulant se joindre à son action. Qui, une fois la paix revenue et les rouleaux réunis, formera une sorte de fresque collective portant l’écho de la mémoire des déplacements en temps de guerre. Et à hauteur d’enfants.
Pour Anjo Rihan, une priorité rester « Sawa »
« Des différentes religions auxquelles j’ai eu accès, je n’ai retenu qu’un seul précepte. Celui de cultiver notre humanité et de faire le bien pour contrer le mal », déclare Anjo Rihane à L’Orient-Le Jour. Originaire du Liban-Sud, l’actrice libanaise a toujours été concernée par la défense des droits humains et du vivre-ensemble. En tant que telle, elle ne pouvait pas « ne pas être bouleversée par la tragédie qui s’y joue actuellement ». Déjà active sur le front de la distribution d’aides aux victimes lors de la précédente guerre, elle lance cette fois Sawa (qui signifie « ensemble » en arabe) une nouvelle campagne de soutien à la Banque alimentaire libanaise (Lebanese Food Bank) qui œuvre à apporter produits de première nécessité et nourriture aux familles déplacées à travers le Liban. Son but : aider à distribuer 1 500 colis alimentaires aux personnes dans le besoin. Bien qu’ayant clôturé sa première levée de fonds dimanche dernier, les personnes désireuses de participer à cette action peuvent encore faire des dons via le compte Wish de la Lebanese Food Bank en mentionnant « Sawa » dans leur message.
À Paris, Jean Merhi mobilise peintres, photographes et poètes pour la Croix-Rouge libanaise
Alors que Jean Merhi s’apprêtait à organiser un festival de la photographie et des arts visuels à Byblos et Beyrouth, la guerre s’est à nouveau invitée au Liban, chamboulant ses projets. Plutôt que de baisser les bras, le photographe franco-libanais a aussitôt décidé de réagir en lançant à Paris « Action pour le Liban ». Une exposition solidaire, qui s’est tenue du 4 au 14 avril à la galerie Terrain Vagh dans le 5e arrondissement, dans laquelle il a réuni, autour de lui, trois artistes libanaises de France. Il s’agit, en l’occurrence, de Claudine Frangié (peintre), Nayla Maalouf (peintre et sculptrice) et Berine Pharaon (photographe) qui ont généreusement offert chacune entre trois et quatre de leurs œuvres au profit de la Croix-Rouge libanaise. Jean Merhi a également apporté sa contribution par la vente de ses tirages aux recettes intégralement reversées à la même cause.

Clôturée par une soirée de lectures de poèmes de Nadia Tuéni, Andrée Chedid et Vénus Khoury-Ghata, cette première vente caritative devrait être suivie, dans un second temps, d’une vente aux enchères, assure l’initiateur d’« Action pour le Liban ». Destinée à soutenir le Liban, celle-ci pourrait rassembler « à l’Institut du monde arabe – IMA (sous réserve des discussions en cours) une centaine d’œuvres d’artistes de différents horizons, français et européens, dont certains ont déjà répondu à cette initiative de manière spontanée et solidaire », révèle-t-il à L’Orient-Le Jour. À signaler que « Action pour le Liban » s’inscrit dans une initiative que Jean Merhi avait déjà lancée en 2006, suite à une précédente guerre au Liban. « À l’époque, avec l’Office du tourisme libanais, nous avions envoyé deux artistes français à Beyrouth pour réaliser des prises de vue, accompagnées d’un film vidéo que j’avais réalisé. Deux photographes libanaises avaient également été invitées. Et le projet s’était concrétisé par deux expositions-événements : l’une à la Cité internationale des arts à Paris et l’autre aux Rencontres internationales d’Arles. Aujourd’hui, je souhaite réactiver cette dynamique en faisant appel à des artistes. Mais aussi à des bénévoles qui, chacun, dans son domaine (psychologues, animateurs, intervenants culturels, etc.), pourrait apporter un soutien concret aux jeunes, aux enfants et aux familles en détresse », lance-t-il, comme une bouteille à la mer.
À Londres, Marie-José Gallery et ses artistes accourent à l’aide des Libanais
Elle a beau s’en être éloignée, Marie-José Honein porte toujours dans son cœur le pays du Cèdre. Bien qu’installée depuis une bonne douzaine d’années à Londres, où elle s’est reconvertie en galeriste, l’ex-Miss Liban (2003) reste profondément attachée à sa terre natale, dont elle met un point d’honneur à promouvoir le talent de ses artistes en temps de paix… Et à lui organiser des expositions de soutien en temps de guerre.
Face aux ravages de ce dernier épisode de violence – « qui a fait 1 530 morts, 4 812 blessés et plus de 1 300 000 déplacés à travers le Liban », annonce-t-elle sur son fil Instagram – la jeune femme ne pouvait rester les bras croisés. Elle a aussitôt fait appel à son écurie d’artistes pour programmer une campagne de collecte de fonds afin de venir en aide aux populations libanaises durement éprouvées.

Et cela grâce à des œuvres d’art et des « expériences artistiques » ( cours de céramiques et séances de Sound Healing inclus) offertes par des peintres, des sculpteurs, des designers européens (britanniques, français, russes, etc. ) et libanais, dont l'intégralité des recettes sera reversée à l’association libanaise Live2share, « qui fournit des produits de première nécessité aux personnes déplacées ». Une ong dont Honein a été l’une des confondatrices suite à l’explosion au port de Beyrouth en 2020.
L’événement se déroulera le dimanche 26 avril 2026, au sein de sa galerie au 16, Victoria Grove, London W8, 5RW, de 15h à 18h.
Parmi les artistes libanais « ayant généreusement offert des œuvres pour aider leurs concitoyens », on peut signaler, entre autres Zena Assi, Charles Khoury, Nayla Romanos Iliya, Sara Chaar, Tom Young, Maya Sanbar, Zeina el-Khalil, Mira al-Khalil, Naila Kaï Saroufim…


À Avignon, avec l'association Djéliya internationale-Liban, nous organisons une soirée spectacle et repas libanais au profit de l'ONG Offre Joie, le 25 avril... Puissent ces actions culturelles continuer à se multiplier pour contrer les effets à court et long terme de la guerre sur les corps et les esprits !
15 h 00, le 16 avril 2026