La salle des pas perdus, au palais de justice de Beyrouth. Photo Claude ASSAF/ L'Orient-Le Jour
La première juge d’instruction de Beyrouth, Roula Osman, a rendu mardi son acte d’accusation contre Moustapha Hessiane, alias Abou Omar, un garagiste du Akkar (Liban-Nord), qui se faisait passer pour un membre de la cour royale d’Arabie saoudite auprès de personnalités politiques et d’hommes d’affaires libanais. L'homme leur faisait miroiter un soutien du royaume wahhabite dans leurs démarches et activités, en échange de paiements. La juge a également inculpé le cheikh sunnite, Khaled Oraytem qui aurait joué un rôle-clé en facilitant les contacts entre l’imposteur et ses victimes présumées. En vertu de l’article 288 du Code pénal qui prévoit une peine d’emprisonnement pour « quiconque compromet les relations avec un État étranger, la magistrate a ainsi accusé les deux hommes, arrêtés depuis décembre 2025, d’avoir commis des actes susceptibles de perturber les liens entre le Liban et l’Arabie saoudite, de tels actes étant classés légalement comme des crimes et non des délits. Mme Osman a transmis le dossier au parquet d’appel de Beyrouth, qui avait engagé des poursuites en janvier dernier, notamment sur la base de l'article 288. Il appartient désormais au procureur général près de la cour d'appel de Beyrouth, Raja Hammouche, de soumettre le dossier à la Chambre d’accusation, présidée par Kamal Nassar. Si cette instance confirme l’acte d’accusation, elle devrait émettre une ordonnance de renvoi devant la Cour criminelle de Beyrouth.
La juge Osman a, en outre, accusé le cheikh Oraymet d’instigation au crime, se fondant sur l’article 217 du Code pénal qui punit d’emprisonnement « quiconque incite une autre personne à commettre un crime ». Elle a également accusé les deux détenus des délits de fraude, d’escroquerie et d’usurpation d’identité.
Un autre cheikh sunnite, Khaled Sabsabi, a, pour sa part, été inculpé par la magistrate pour faux témoignage (article 408 du Code pénal), qui punit d’une peine de détention quiconque témoigne devant une autorité judiciaire au moyen de "déclarations mensongères ». Le cheikh Sabsabi avait affirmé devant le parquet avoir lui-même présenté « Abou Omar » au cheikh Oraymet, avant de se rétracter en expliquant qu’il voulait protéger ce dernier et éviter que la justice lui impute l’escroquerie dont il est accusé.
Non-lieu
Quant au fils du cheikh Khaldoun Oraymet, Mohammad, il a bénéficié d’un non-lieu prononcé par la juge Osman. Un homme d’affaires, Ahmad Haddara, qui avait révélé au grand jour l’affaire, en portant plainte devant le parquet, était d’ailleurs revenu sur ses déclarations précédentes selon lesquelles celui-ci lui avait extorqué le prix d’une voiture en échange de services politiques. Selon nos informations, il aurait indiqué, dans sa dernière déposition, avoir prêté le véhicule, qui lui a ensuite été restitué.
Fait notable, aucun des hommes politiques cités par Abou Omar (notamment Fouad Makhzoumi, député, Mohammad Choucair et Youssef Fenianos, ancien ministres, ou encore Fouad Siniora, ancien chef du gouvernement), n’a reconnu avoir été escroqué au cours de sa déposition en tant que témoin à différentes étapes de l’enquête. Certains de ces responsables ont affirmé devant le parquet que leurs paiements avaient été versés dans des caisses d’associations caritatives liées au cheikh Oraymet. D’autres ont évoqué des contributions à des fonds d’hospitalisation. L’un d’entre eux a indiqué avoir mis fin à toute communication avec Abou Omar lorsque ce dernier lui a demandé de soutenir une personnalité au poste de chef du gouvernement. Un autre encore a indiqué que l’imposteur avait lui-même coupé le contact après qu’il l’ait sollicité pour organiser une visite en Arabie saoudite au profit d’un ex-candidat à la présidentielle.


