Plus d’un mois après l’entrée du Liban dans la guerre en cours dans la région, à la suite de sa propre décision, le Hezbollah considère, dans ses milieux, qu’elle est appelée à durer entre quatre et six mois. Bien entendu, il suit attentivement les développements sur le front iranien, surtout en raison des promesses que les responsables iraniens eux-mêmes ont faites de ne pas laisser le Liban en suspens si une solution est trouvée pour le conflit entre eux et les Américains. Mais il préfère faire ses propres évaluations comme s’il s’agissait de fronts indépendants l’un de l’autre.
La question qui se pose toutefois est la suivante : Le Hezbollah est-il vraiment en mesure de tenir encore pendant plusieurs mois, face aux forces israéliennes?
Dans le cadre de ses réunions internes, le Hezbollah se déclare optimiste quant aux développements sur le terrain au Sud. C’est d’ailleurs là qu’il concentre ses efforts, sachant que la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth sont prises régulièrement pour cible par les bombardements israéliens, ce qui les rend pratiquement inutilisables.
Le Hezbollah précise ainsi que, lorsqu’il a décidé dans la nuit du 1er au 2 mars de lancer les six premières roquettes, qui ont déclenché la confrontation actuelle, il a montré qu’il a repris l’initiative sur le terrain, alors que, depuis près de 15 mois, on le disait fini, au moins militairement. Toutefois, la riposte israélienne à l’envoi de ces missiles n’a pas tardé et a été violente. Ce qui a poussé de nombreuses parties libanaises à reprocher au Hezbollah d’avoir provoqué les bombardements israéliens pour soutenir l’Iran après l’assassinat du guide Ali Khamenei. Mais très vite, le Hezbollah a commencé à multiplier les surprises sur le terrain, montrant ainsi qu’il était bien préparé à cette confrontation et qu’il était en train d’agir selon un plan précis.
Le Hezbollah insiste pour affirmer qu’il a tiré les leçons de ce qui s’est passé entre le 8 octobre 2023 et le 27 novembre 2024. Un des exemples qu’il donne à cet égard, c’est que désormais il n’y a plus de lignes rouges dans l’envoi des missiles, alors que pendant la période précédente, le secrétaire général de la formation Hassan Nasrallah interdisait l’envoi des missiles sophistiqués, parce qu’il estimait qu’il ne fallait pas pousser vers une confrontation élargie. Cette fois, le Hezbollah considère qu’il mène une bataille existentielle et est prêt à aller jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix. C’est ainsi qu’au début du deuxième mois de la confrontation, il a lancé deux missiles SCUD d’une portée de 700 kilomètres, sur les localités d’Ashdod et d’Ashkelon, tout en affirmant qu’il réserve encore d’autres surprises aux Israéliens.
De même, il a amélioré les missiles antichars de type Kornet en sa possession et ces missiles sont considérés comme sa principale force face aux chars Merkava. En même temps, il a modifié ses tactiques de combat en remplaçant les unités de plus de dix combattants par des cellules réduites et très mobiles, dont la principale mission est d’attirer les soldats israéliens dans des pièges préparés sur le territoire libanais. Il fait d’ailleurs remarquer, lorsqu’il dresse ses premiers bilans, que lors de la première confrontation, il a perdu en un seul jour 700 combattants, au moment de l'attaque des bipeurs), alors que cette fois, en 30 jours, le nombre de ceux-ci est moindre (malgré les revendications des Israéliens et le mutisme du Hezbollah).
Du côté israélien, l’armée a reconnu récemment qu’elle avait 10 morts dans les combats à la frontière, dans les localités libanaises, et selon le Hezbollah, ce chiffre est appelé à augmenter au fur et à mesure que les affrontements avec ses combattants se feront à « la distance zéro ». « Il faut remarquer comment ses attaques vont crescendo, surprenant toutes les parties, par leur nombre et leur intensité », dit un proche du parti. Le Hezbollah rappelle aussi que la tactique israélienne traditionnelle consiste à miser sur le premier coup pour paralyser l’ennemi, alors que lui est désormais en train de faire exactement le contraire pour entraîner les Israéliens dans une guerre d’usure. Il mise à cet égard sur une lassitude du côté israélien et sur les échéances électorales à venir aux États-Unis et en Israël.
Mais en attendant, que se passera-t-il au Liban ? Le clivage interne autour du déclenchement de cette nouvelle confrontation et autour du Hezbollah lui-même ne cesse de s’approfondir… N’est-il donc pas plus important de préserver l’unité et la paix internes plutôt que de se lancer dans une telle confrontation, dont l’issue n’est même pas garantie et qui est si coûteuse pour l’ensemble du pays? Le Hezbollah ne veut pas remettre en question sa décision. Il rappelle à ceux qui lui font ces reproches qu’il a attendu 15 mois pour voir comment l’État allait régler la question de l’application de l’accord du 27 novembre 2024. Il n’avait donc plus, selon lui, d’autre choix, que celui d’intervenir. « Demain, quand les Libanais verront le résultat final de cette confrontation, ils comprendront pourquoi nous l’avons menée. Et si nous perdons, nous sommes prêts à en payer le prix. Mais il faut du temps pour que la nouvelle donne à laquelle une confrontation de cette envergure devrait aboutir se mette en place », dit la source.


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21 h 01, le 03 avril 2026