Les Civilisations et les États méditerranéens. Cinq mille ans d’histoire d’Ibrahim Tabet, Éditions de la Revue phénicienne, 2026, 455 p.
Vice-président de la Renaissance Française et chevalier de l’ordre national du Mérite français, Ibrahim Tabet, diplômé d’HEC – Paris, titulaire d’une licence en histoire de la Sorbonne et ayant effectué la plus grande partie de sa carrière dans le secteur de la communication, est aussi historien et écrivain.
Responsable éditorial de La Revue phénicienne, il est l’auteur de dix ouvrages historiques dont Empires et Empereurs européens, Histoire de la Turquie de l’Altaï à l’Europe et Le Monothéisme, le Pouvoir et la Guerre. Le Moyen-Orient, le Liban et ses rapports avec la France occupent aussi une partie importante de son œuvre avec plusieurs essais, dont La Poudrière du Moyen-Orient, La France au Liban et au Proche-Orient et, en 2021, Le Crépuscule d’un monde et le naufrage du Liban.
Ces dernières années, c’est la Méditerranée, dans sa dimension historique et culturelle, qui fait l’objet de ses réflexions. C’est dans ce cadre qu’il a publié en mars 2026 Les Civilisations et les États méditerranéens. Cinq mille ans d’histoire, ouvrage préfacé par l’historien et écrivain Hyam Mallat.
C’est Fernand Braudel, un Lorrain devenu méditerranéiste, qui exprime le mieux l’essence de la Méditerranée : « Qu’est-ce que la Méditerranée ? Mille choses à la fois, non pas un paysage, mais d’innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais plusieurs civilisations superposées. »
Cette extraordinaire diversité des cultures autour de la Méditerranée et cette « médianité » – le mot « Méditerranée » venant du latin « mediterraneus » qui signifie « au milieu des terres » –, permettant à cette partie du monde de jouer un rôle de médiateur et d’arbitre, n’ont pas manqué de susciter des initiatives dont « Le processus de Barcelone » lancé en 1995 par l’Union européenne et « L’Union pour la Méditerranée » née en 2008 à l’initiative du président Nicolas Sarkozy.
La richesse méditerranéenne justifiait donc amplement le choix du sujet de cet ouvrage qui peut être qualifié de « somme historique », soit une synthèse exhaustive structurée d’un savoir sur un domaine déterminé, durant une période déterminée, en l’occurrence les États et les civilisations méditerranéens durant cinq mille ans d’histoire, de l’Antiquité à nos jours.
Sous une forme délibérément événementielle et chronologique, mais accordant au Moyen-Orient une place privilégiée, l’auteur s’y intéresse tant aux échanges culturels et commerciaux qu’aux luttes de pouvoir pour le contrôle des mers. Il écrit pertinemment que « le destin du monde méditerranéen s’est joué entre périodes d’intégration et de fragmentation » et « alors que les riverains de la Mare Nostrum romaine – notre mer, comme l’appelaient les Romains – faisaient partie d’une même civilisation, la Méditerranée est aujourd’hui le théâtre d’un clivage profond entre ses rives sud et nord et une voie de passage pour des flux migratoires, vus comme menaçant la sécurité et la culture européenne ».
Sa conclusion en est glaçante : l’extraordinaire mosaïque de cultures de cet espace est-elle source d’enrichissement mutuel et de valeurs communes ou est-elle, au contraire, à l’origine d’un choc de civilisations et, de ce fait, source d’incompréhension et de conflits entre les peuples ?