Des habitants du village chrétien de Debel, au Liban-Sud, le 16 mars 2026. Photo Lucille Wassermann/L’Orient-Le Jour
« Nous vivons au bruit des combats qui nous entourent. Nous n’avons plus aucune connexion avec le monde extérieur depuis que la route qui nous reliait encore à Rmeich est devenue impraticable. » À l’autre bout du fil, les mots de Gergi Raï, moukhtar de Debel, village chrétien de Bint Jbeil, à une poignée de kilomètres de la frontière avec Israël, sont sans équivoque.
Debel est l’un de ces villages du Liban-Sud dont les habitants ont refusé les ordres israéliens répétés d’évacuer les lieux vers le nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière. « Il y a encore 400 familles dans le village. C’est l’équivalent de plus de 1 700 personnes de tous âges », souligne le fonctionnaire local.
La population du village vit au rythme des bombardements israéliens depuis que le Liban a été embarqué par le Hezbollah dans une nouvelle guerre contre l’État hébreu en soutien à l’Iran. Depuis le 2 mars, date du début du conflit qui a fait plus de 1 200 morts au Liban à ce jour, la situation à Debel n’a cessé de se détériorer. Et aujourd’hui, alors que l’armée israélienne poursuit son offensive terrestre au Sud et avance plus en profondeur, le village s’est retrouvé totalement encerclé, même si les militaires israéliens n’ont pas pénétré la localité jusque-là.
Les villageois manquent aujourd’hui de tout, notamment de médicaments et autres denrées essentielles. « Chaque famille a fait un stock en prévision de cette guerre, mais ces médicaments vont bientôt s’épuiser. Nous nous retrouvons sans dispensaire, sans possibilité d’atteindre un hôpital. Autant vous dire qu’une personne qui tombe malade aujourd’hui a de fortes chances de mourir sur place », se lamente Gergi Raï.
Sur le plan alimentaire, les villageois peuvent encore compter sur leur mouné, le stock de nourriture traditionnel dans les villages, raconte Lahoud Boulos Younès, un habitant. Quant à l’accès à l’eau et l’électricité, notamment celle fournie par les générateurs privés, il est désormais compromis. « Notre principale source d’eau se trouve à l’extérieur du village, mais nous n’y avons plus accès. Les habitants comptent sur les quelques puits creusés à l’intérieur de la localité, mais ils doivent économiser l’eau autant que possible », prévient l’élu. L’impossibilité d’introduire du mazout dans le village impose aussi un sévère rationnement du courant fourni par les générateurs.
Un père et son fils tués sur la route de Rmeich
Debel, encerclé par les troupes israéliennes, est aujourd’hui coupé du reste du pays. La seule route qui relie le village à la localité la plus proche, la bourgade chrétienne de Rmeich, est devenue trop risquée, du fait des combats entre l’armée israélienne et le Hezbollah. « Nous n’avons aucune garantie de sécurité de quelque partie que ce soit. Nous pensions encore pouvoir emprunter cette route sans trop craindre pour notre sécurité, mais la mort de deux habitants du village samedi, Georges Souhaid et son fils Élie, tués dans leur véhicule par un tir israélien, a changé la donne », explique le père Fady Felflé, curé de la paroisse.
Le moukhtar et le prêtre se plaignent tous deux du fait que les contacts avec les autorités libanaises, les organisations internationales et le comité international chargé de surveiller le cessez-le-feu (de 2024), dit « mécanisme », n’ont pas permis de briser l’étau autour du village. « On nous a promis que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) serait autorisé à atteindre le village mercredi, mais nous ne sommes sûrs de rien », souligne le père Felflé.
« L’enclume du Hezbollah et le marteau d’Israël »
Lundi, le Premier ministre, Nawaf Salam, a salué la résilience des habitants des villages du Sud qui ont refusé de quitter leurs terres. Il a affirmé que « l’État se tient à leurs côtés et travaille en continu pour assurer l’acheminement des convois d’aide ». En attendant, Gergi Raï rappelle que son village se trouve « pris entre l’enclume du Hezbollah et le marteau d’Israël ». Depuis le début des affrontements, il affirme que le parti chiite a ciblé à plus d’une reprise les forces israéliennes positionnées aux abords du village, touchant la localité avec plusieurs roquettes. Quant à l’armée israélienne, elle a déjà détruit une habitation à l’intérieur de Debel.
« Les habitants vivent terrés chez eux, sans travail ni aucune autre activité », raconte Lahoud Boutros Younès. Pour tenir le coup, ils comptent sur la solidarité entre eux. « Les plus forts réconfortent les plus fragiles. On fait jouer les enfants pour leur faire oublier la guerre. » Quant au père Felflé, il rappelle que jusqu’au jour de l’attaque israélienne qui a fauché Georges Souhaid et son fils, le moral était encore bon et les habitants se disaient que la crise passerait. « Mais depuis, l’atmosphère est encore plus lourde et morose. Nous avons vécu un triste dimanche des Rameaux », se désole-t-il.
Mais pas question de partir. « Nous restons attachés à notre terre et à notre patrimoine. Nous ne quitterons nos maisons pour rien au monde, nous avons fait l’expérience du déplacement forcé en 2024 et n’avons aucune envie de la reproduire », assure Gergi Raï.




Mais notre armée ne veut aider que ceux qui la rejettent et refusent sa présence. Ils nous répètent ne pas vouloir ou pouvoir participer à cette guerre soit, mais des aides humanitaires acheminées aux vrais résistants de notre pays ne leur coûterait ni la vie des soldats ni leur matériel inexistant, ils peuvent toujours faire acheminer des vivres avec l’accord des israéliens qui savent faire la différence pour montrer qu’un état est là et est capable de s’occuper de ses citoyens en danger et abandonnés à leur sort. C’est quoi le problème de cette armée et à quoi sert elle à part nous mentir
11 h 45, le 01 avril 2026