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Monde - guerre au moyen-orient

Ted Chaiban (Unicef) : Une génération entière d’enfants s’enfonce plus profondément dans la guerre

Au Liban, près de 400 000 enfants ont été contraints de fuir, parmi plus d’un million de déplacés.

Ted Chaiban (Unicef) : Une génération entière d’enfants s’enfonce plus profondément dans la guerre

Des enfants se reposent sous une tente à l’intérieur du stade Camille Chamoun, transformé en campement temporaire pour les personnes déplacées dans le cadre de la guerre au Liban, à Beyrouth, le 22 mars 2026. Photo Yara Nardi/Reuters

Alors que la guerre déclenchée le 28 février au Moyen-Orient a ouvert un cycle de confrontations directes entre puissances régionales et internationales, ses répercussions se font sentir avec une intensité particulière au Liban, déjà exsangue après des années de crise. Bombardements, déplacements massifs, infrastructures à bout de souffle : le pays s’enfonce dans une spirale dont les enfants sont les premières victimes.

C’est dans ce contexte d’embrasement régional que Ted Chaiban, directeur exécutif adjoint de l’Unicef, s’est exprimé à New York pendant le point de presse du porte-parole du secrétaire général. De retour du Liban, où il a passé plusieurs jours au contact des populations déplacées, ce haut responsable onusien de nationalités libanaise et américaine livre un témoignage à la fois précis et profondément bouleversant.

Une guerre qui broie les enfants

« Vingt-trois jours après l’escalade du conflit au Moyen-Orient, les enfants à travers la région paient un prix dévastateur. Une aggravation vers un conflit plus large ou prolongé serait catastrophique pour des millions d’autres », affirme le responsable. Les chiffres qu’il avance donnent la mesure de la tragédie : plus de 2 100 enfants tués ou blessés en quelques semaines, dont 118 au Liban. « Cela représente en moyenne environ 87 enfants tués ou blessés chaque jour depuis le début de la guerre. »

Mais au-delà des bilans, c’est une réalité humaine qu’il cherche à rendre visible : « Derrière ces chiffres, il y a des parents, des grands-parents, des enseignants, des frères et des sœurs. Des communautés, des villes et des nations sont sous le choc. » Dans cette guerre, les enfants ne sont pas des victimes collatérales. Ils en sont le cœur silencieux.

Le Liban, un pays à bout de souffle

Au Liban, la guerre agit comme un accélérateur de toutes les crises. Elle frappe un pays déjà fragilisé, où les familles vivaient depuis des années dans l’incertitude. « La crise au Liban s’intensifie depuis des années (…) Ce que nous observons ajoute de nouvelles conséquences à leurs vies », dit-il.

Plus d’un million de personnes ont été contraintes de fuir, dont environ 370 000 enfants. Pour beaucoup, ce déplacement n’est qu’un épisode de plus : « Pour de nombreuses familles, ce n’est pas la première fois qu’elles sont contraintes de fuir. C’est un nouvel épisode dans un cycle de perturbations qui ne s’est jamais interrompu. »

Les écoles, censées protéger, deviennent des abris. Plus de 350 établissements publics sont aujourd’hui réquisitionnés, privant près de 100 000 enfants d’éducation. « Les écoles offrent bien plus que l’apprentissage : elles apportent structure, protection et continuité. » Quand elles ferment, c’est tout un équilibre fragile qui s’effondre.

Des visages, des voix, des enfances brisés

Sur le terrain, la guerre prend des visages. À Beyrouth, Nour, 14 ans, se réveille ensevelie sous les décombres de sa maison bombardée. « Elle criait (…) pour que quelqu’un vienne à son secours. » Elle survivra. D’autres non.

Dans une école transformée en abri, Fatima, 15 ans, reste éveillée toute la nuit, à écouter les bombardements. « Tout ce qu’elle souhaite, c’est pouvoir rentrer chez elle et retourner à l’école.»

Ces histoires, souligne Ted Chaiban, ne sont pas des exceptions : « Ce n’est pas un cas isolé. Il reflète la situation plus large des enfants et des familles au Liban. » Elles disent l’essentiel : une enfance suspendue, une vie mise entre parenthèses, une peur qui s’installe.

Un pays qui se délite

Au fil des jours, la guerre ronge les fondations mêmes de la société. « Trop de maisons, d’écoles et d’hôpitaux (…) ont été endommagés ou détruits. » Les systèmes de santé vacillent : « Déjà sous pression, ils sont aujourd’hui au bord de l’effondrement. » L’eau, les soins, l’alimentation, tout devient incertain. Même les secours sont menacés : des travailleurs humanitaires ont été tués en tentant d’aider les populations.

Face à l’urgence, l’Unicef déploie ses moyens : 151 000 déplacés ont été atteints dans plus de 250 abris, des dizaines de milliers de personnes ont reçu de l’eau, des centaines de milliers de rations alimentaires ont été distribuées. Mais la réalité est implacable : « L’ampleur des besoins augmente plus rapidement que les ressources disponibles. » L’appel humanitaire de 308 millions de dollars lancé par l’ONU reste massivement sous-financé, avec un déficit de 86 %. Autrement dit, l’aide n’arrive pas à suivre la vitesse de la guerre.

Un avertissement et un appel

Ted Chaiban n’est pas seulement un témoin. Fort de plus de trente ans d’expérience dans les crises humanitaires, cet ancien responsable de terrain devenu secrétaire général adjoint des Nations unies lance aujourd’hui une alerte. « Nous appelons à trois actions immédiates : une cessation des hostilités ; un accès humanitaire sûr, rapide et sans entrave ; un soutien financier urgent pour maintenir la réponse. »

Mais au-delà des mesures, c’est un principe qu’il rappelle, avec une force presque désespérée : « Les écoles ne sont pas des cibles. Les hôpitaux ne sont pas des cibles. Les enfants ne sont pas des cibles. »

Dans un Moyen-Orient qui bascule dans la guerre, ces mots résonnent comme un ultime rempart moral. Car derrière les chiffres, c’est une génération entière qui vacille, et peut-être déjà qui se perd.

Alors que la guerre déclenchée le 28 février au Moyen-Orient a ouvert un cycle de confrontations directes entre puissances régionales et internationales, ses répercussions se font sentir avec une intensité particulière au Liban, déjà exsangue après des années de crise. Bombardements, déplacements massifs, infrastructures à bout de souffle : le pays s’enfonce dans une spirale dont les enfants sont les premières victimes.C’est dans ce contexte d’embrasement régional que Ted Chaiban, directeur exécutif adjoint de l’Unicef, s’est exprimé à New York pendant le point de presse du porte-parole du secrétaire général. De retour du Liban, où il a passé plusieurs jours au contact des populations déplacées, ce haut responsable onusien de nationalités libanaise et américaine livre un témoignage à la fois précis...
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