Le journaliste turc d'investigation Ismaïl Ari, du quotidien de gauche BirGün. Photo d'archives tirée de son compte X @ismailari_
Un journaliste du quotidien d'opposition turc Birgün a été placé en détention provisoire dimanche soir pour « diffusion d'informations trompeuses », a annoncé son employeur. Interpellé samedi dans la province de Tokat (nord) où il s'était rendu à l'occasion de la fête de l'Aïd el-Fitr, le journaliste Ismaïl Ari avait été conduit dimanche matin à Ankara pour y être interrogé.
« Le parquet a requis son placement en détention provisoire (...) sans même avoir recueilli sa déposition », a affirmé Birgün, quotidien de gauche stambouliote connu pour ses enquêtes contre le pouvoir turc. « J'ai été arrêté à cause d'une vidéo datant d'il y a trois mois », a indiqué Ismaïl Ari, renommé pour ses reportages sur la corruption au sein du gouvernement, le crime organisé et les scandales sexuels impliquant des fraternités islamiques, dans un communiqué transmis par ses avocats, sans plus de précisions. « Cela fait un an qu'ils cherchaient un prétexte pour m'arrêter », a ajouté celui qui a mené plusieurs enquêtes sur le fils du président Recep Tayyip Erdogan.
Selon ses informations, Bilal Erdogan aurait utilisé la position de son père pour s'octroyer des privilèges, comme celui de privatiser la désormais mosquée Sainte-Sophie à Istanbul, et il détiendrait, avec sa sœur Summeye et sa mère, Emine, première dame de Turquie, « un empire » de plus de 20 fondations à but non lucratif impliquées dans diverses activités, allant de l’éducation au tir à l’arc. Ismaïl Ari a laissé entendre que bon nombre de ces fondations bénéficiaient d’un soutien financier du gouvernement, notamment par le biais de « dons » provenant de banques publiques, rapporte Al-Monitor. Le journaliste avait à une autre occasion déclaré que le président turc était peu susceptible de confier les rênes du pouvoir à quelqu'un d'autre qu'un membre de sa famille, craignant sans doute que même ses plus proches alliés ne se retournent contre lui et sa famille et ne finissent par les poursuivre en justice, sans toutefois préciser pour quel motif, poursuit le média.
« Nous ne nous tairons pas: nous continuerons d'écrire, de parler et de nous exprimer », a déclaré dimanche Yasar Aydin, l'un des responsables de la publication du quotidien Birgün, lors d'une manifestation en soutien à son reporter à Ankara. « Le journalisme n'est pas un crime. Ismaïl Ari doit être libéré immédiatement », a réagi sur X le syndicat des journalistes turcs (TGS). « L'arrestation d'Ismaïl Ari s'inscrit dans une série de détentions de journalistes qui mènent des enquêtes approfondies sur la corruption, sur des affaires touchant la famille du président, des ministres et le pouvoir judiciaire », a déclaré Emma Sinclair-Webb, directrice de Human Rights Watch pour la Turquie, à Al-Monitor. Fin février, un journaliste turc de la radio-télévision publique allemande Deutsche Welle (DW) avait également été arrêté et incarcéré pour « insultes au président », malgré les protestations des autorités allemandes et d'associations de journalistes. L'ONG Reporters sans frontières (RSF), qui dénonce la « répression du droit à l'information » en Turquie, place le pays à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.



« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin