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Nos lecteurs ont la parole

Liban : la souveraineté, condition de la paix

Alors que la région traverse une nouvelle phase de tensions et que les équilibres du Moyen-Orient demeurent fragiles, les appels internationaux à préserver la stabilité du Liban se multiplient, et plusieurs capitales réaffirment leur soutien aux institutions libanaises. Dans ce contexte incertain, une question essentielle s’impose avec force : le Liban peut-il réellement exister comme État si la décision de guerre et de paix n’appartient pas exclusivement à ses institutions ?

Le principe qui fonde toute nation moderne est pourtant clair. La souveraineté ne se partage pas. Elle suppose que l’État exerce pleinement son autorité sur son territoire et qu’il détienne seul le monopole de la force légitime. Sans cela, les institutions s’affaiblissent, les responsabilités se diluent et le pays devient vulnérable aux affrontements qui le dépassent.

Un État qui ne contrôle pas les armes ne contrôle plus son destin.

L’histoire récente du Liban illustre tragiquement cette réalité. Au fil des décennies, le pays a été entraîné dans des confrontations qui excédaient ses propres choix politiques. À chaque crise régionale, son territoire est devenu un espace d’affrontement indirect où se croisent les rivalités de puissances extérieures.

Les conséquences sont visibles : instabilité chronique, fragilisation des institutions, crises politiques répétées et effondrement économique qui a plongé une large partie de la population dans la précarité.

À ces fragilités s’ajoutent les drames humains que vivent les Libanais au quotidien : déplacements de population lors des épisodes de violence, destruction d’infrastructures, exode croissant des jeunes générations et tragédies sociales qui s’accumulent, comme les effondrements d’immeubles dans des villes déjà éprouvées par la pauvreté et l’abandon.

Dans un tel contexte, une évidence s’impose : un pays qui ne décide pas de la guerre ne décide plus non plus de la paix.

La question qui se pose aujourd’hui dépasse largement une conjoncture sécuritaire. Elle touche au fondement même du pacte national : l’existence d’un État capable d’exercer pleinement sa souveraineté et de protéger ses citoyens.

C’est précisément dans ce moment critique que la diaspora libanaise peut jouer un rôle déterminant.

Par son ampleur et par sa présence dans les grandes capitales politiques, économiques et intellectuelles, la diaspora constitue aujourd’hui l’une des principales forces du Liban. Elle n’est pas simplement une communauté éloignée : elle est l’une des prolongations vivantes de la nation libanaise.

À Paris, Washington, Montréal, Londres, Sydney ou Abidjan, des Libanais occupent des positions d’influence dans les univers politiques, économiques, académiques et culturels. Cette présence mondiale représente une ressource stratégique précieuse pour le pays.

Dans les périodes les plus difficiles de son histoire, la diaspora a souvent soutenu le Liban : par l’aide humanitaire, par l’investissement économique, par la mobilisation politique et par l’action intellectuelle. Aujourd’hui encore, elle peut contribuer à rappeler un principe essentiel : la stabilité du Liban passe nécessairement par la consolidation de son État.

Dans cette perspective, de nombreuses voix au sein de la diaspora ont récemment exprimé leur soutien aux efforts des institutions libanaises et aux décisions prises par le gouvernement pour réaffirmer le rôle de l’État et préserver la stabilité du pays. Elle peut également contribuer à sensibiliser les partenaires internationaux à la nécessité de préserver la souveraineté libanaise et soutenir les initiatives économiques et sociales qui permettent à la société libanaise de résister à la crise.

Dans cet effort, le soutien de la communauté internationale demeure également essentiel. L’histoire du Liban est liée à celle de la France, qui a souvent manifesté son attachement à la stabilité et à l’indépendance du pays. Cet engagement s’est encore exprimé récemment à travers les déclarations du président Emmanuel Macron réaffirmant l’importance de préserver la souveraineté du Liban et de soutenir ses institutions dans cette période particulièrement délicate.

La souveraineté n’est pas un slogan. Elle est la condition même de la paix.

Le Liban n’a jamais manqué de talents, ni d’énergie ni d’ouverture sur le monde. Ce qui lui manque depuis trop longtemps, c’est la capacité de faire respecter un principe pourtant universel : celui d’un État qui exerce pleinement son autorité.

Aujourd’hui, ce principe doit être réaffirmé avec lucidité et détermination. Car le choix qui se dessine est clair : un Liban capable de se gouverner lui-même, ou un Liban condamné à demeurer l’arène des crises régionales.

Le peuple libanais ne demande pas un privilège. Il demande simplement ce que tout peuple est en droit d’attendre : un État capable de protéger ses citoyens, de préserver sa souveraineté et de décider librement de son avenir.

Joumana CHAHAL TADMOURY

Présidente – Patrimoine

Tripoli Liban

Docteure en littérature française

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Alors que la région traverse une nouvelle phase de tensions et que les équilibres du Moyen-Orient demeurent fragiles, les appels internationaux à préserver la stabilité du Liban se multiplient, et plusieurs capitales réaffirment leur soutien aux institutions libanaises. Dans ce contexte incertain, une question essentielle s’impose avec force : le Liban peut-il réellement exister comme État si la décision de guerre et de paix n’appartient pas exclusivement à ses institutions ? Le principe qui fonde toute nation moderne est pourtant clair. La souveraineté ne se partage pas. Elle suppose que l’État exerce pleinement son autorité sur son territoire et qu’il détienne seul le monopole de la force légitime. Sans cela, les institutions s’affaiblissent, les responsabilités se diluent et le pays devient vulnérable...
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