Lynn Harfouche, membre du comité exécutif du Bloc national, s'exprimant devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 11 mars 2026. Photo fournie par le Bloc national
« Le masque est tombé, et j’ai vu la vérité », a affirmé mercredi devant le Conseil de sécurité de l’ONU Lynn Harfouche. Originaire de Baalbeck, elle a grandi dans la banlieue sud de Beyrouth en soutenant le Hezbollah, avant de traverser les guerres de 2006, 2023 et 2026, et les déplacements qui en ont découlé, dont elle et sa famille ont été victimes. Aujourd’hui membre du comité exécutif du Bloc national, elle accuse le Hezbollah d’avoir « une nouvelle fois entraîné le Liban dans une guerre que le peuple libanais n’a pas choisie ».
Alors que le Conseil de sécurité se réunissait pour aborder l’escalade du conflit au Liban, Mme Harfouche a partagé son expérience personnelle et celle de ses compatriotes. « J’ai 34 ans et je n’ai jamais connu autre chose que l’hégémonie du Hezbollah dans ma communauté (...) J’ai grandi en soutenant le Hezbollah », a-t-elle dit en dénonçant une guerre « imposée par une milice qui répond à des intérêts au-delà de nos frontières ». « Aux premières heures de lundi dernier (2 mars), alors que les familles libanaises dormaient chez elles, le Hezbollah a une nouvelle fois entraîné notre pays dans une guerre que le peuple libanais n’a pas choisie. Aujourd’hui, comme beaucoup de familles libanaises, la mienne aussi est déplacée », a-t-elle poursuivi.
Dans son intervention, la militante est revenue sur son adolescence. « J’ai été élevée dans l’environnement même dont le Hezbollah revendique la légitimité. Je connais son langage. Je connais ses menaces », a expliqué Lynn Harfouche . Elle a rappelé la guerre de 2006 avec Israël : « Mon quartier, la banlieue sud de Beyrouth, a été rasé par les bombardements israéliens. J’avais quatorze ans et je voyais alors le Hezbollah comme des protecteurs, même en étant déplacée lors d’une nuit traumatisante. »
« Qui paie le prix ? »
Mais son regard a changé à son retour dans son quartier détruit. « Nous avons trouvé nos moyens de subsistance détruits, étouffés sous des drapeaux jaunes proclamant une ‘‘victoire divine’’. Je sentais qu’ils occupaient nos décombres pour assurer leur propre domination. » « Le masque est tombé, et j’ai vu la vérité, a-t-elle poursuivi. La vérité que la résistance n’était qu’une façade pour exploiter tout un pays à des fins d’un projet expansionniste, la vérité que le Hezbollah cherchait à nous isoler des autres communautés, à travers son projet idéologique et social. La vérité qu’avec la domination du Hezbollah, bras de l’Iran au Liban, la guerre devient une réalité récurrente et nos vies sont mises au service du guide suprême. »
Mme Harfouche a ensuite abordé les guerres de 2023 et 2026. « Le plus terrible dans tout cela est que le même scénario s’est reproduit en 2023, et encore en 2026, après avoir promis au gouvernement libanais qu’ils ne se suicideraient pas une fois de plus », a-t-elle aussi expliqué, avant de dénoncer les conséquences humanitaires de l’escalade actuelle : « Des centaines de Libanais ont été tués en une seule semaine. Le nombre de déplacés internes dépasse désormais un million, dont près de 200 000 vivent dans des centres collectifs. »
« Au moment où je parle, des milliers de soldats israéliens sont massés à notre frontière sud, et nous, Libanais, craignons que le conflit ne s’étende davantage. Et nous, les Libanais, sommes pris au piège dans cette guerre sans fin des axes », a-t-elle ajouté.
« Qui paie le prix ? Pas les hommes qui prononcent des discours sur la résistance depuis des bunkers protégés. Mais la mère qui descend deux enfants endormis dans les escaliers à une heure du matin. Mais les personnes âgées à Baalbeck, les familles à Nabatiyé, et tous les déplacés dormant maintenant dans des voitures, sur les trottoirs ou dans des refuges surpeuplés », a poursuivi Lynn Harfouche.
« Laissez vivre mon peuple ! »
Pour elle, la réponse à cette crise humanitaire « doit être politique ». « Au cœur, la crise du Liban est une crise de souveraineté, de responsabilité et d’État affaibli. Aucune société ne peut se reconstruire (...) quand le destin d’un pays est contrôlé par une fraction suicidaire. Je suis ici pour vous dire : des millions de Libanais, y compris de nombreux chiites, veulent un avenir différent », a souligné la militante.
Elle poursuit en affirmant que « les Libanais se sentent impuissants et seuls face à l’agression israélienne ». « En ignorant le droit international, la communauté internationale a validé la loi du plus fort. Ce double standard a transformé le Liban en cimetière pour les principes mêmes que ce Conseil a créés pour défendre ». Rappelant que « les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité affirment clairement qu’il ne doit y avoir aucune arme en dehors de l’autorité de l’État libanais et que les milices armées doivent être désarmées », elle a salué les mesures prises par le gouvernement libanais pour reprendre le contrôle de la situation.
Elle a également appelé la communauté internationale à soutenir l'armée libanaise, « le seul défenseur légitime du pays ». « Aidez-les à désarmer le Hezbollah, à prévenir l’ingérence et la domination iranienne, et à protéger nos frontières libanaises contre l’invasion israélienne. Soutenir l'armée ne doit donc pas être considéré comme un acte de charité ou d’assistance. C’est un investissement dans la stabilité régionale », a-t-elle dit.
« Nous, Libanais, voulons vivre en paix. Nous, Libanais, méritons la paix. Une paix durable fondée sur la justice (...) Une vie simple, sans peur (...). Une vie à vivre. Pas seulement à survivre ! » a-t-elle conclu avant de terminer avec les mots de l'ancien représentant du Liban à l'ONU, Ghassan Tuéni, qu'il avait prononcés en 1978 devant le Conseil de sécurité, alors que le Liban-Sud venait d'être envahi par Israël : « Laissez vivre mon peuple ! »


La question est de savoir que va faire madame Harfouche et le bloc national pour réintégrer la communauté chiite avec l’ensemble Du Liban pour pouvoir créer un avenir commun
22 h 02, le 12 mars 2026