Funérailles à Qlayaa, au Liban-Sud, du père Pierre el-Raï, tué dans un tir d'artillerie israélien, le 11 mars 2026. Photo Téa Ziadé / L'Orient-Le Jour
Le pape Léon XIV a rendu un nouvel hommage mercredi au curé de la paroisse de Qlayaa (caza de Marjeyoun), Pierre el-Raï, tué lundi par des tirs d’artillerie israélienne dans cette localité chrétienne du Liban-Sud, et dont les funérailles ont lieu dans le village en présence de représentants du patriarcat maronite et du Vatican.
Rappelant que « Raï » signifie berger en arabe, le pape a déclaré lors de l'audience générale hebdomadaire au Vatican que « le père Pierre était un véritable berger, qui est toujours resté aux côtés de son peuple avec l’amour et le sacrifice de Jésus, le Bon Pasteur », rapporte le Vatican sur son site internet. Le pape a également souligné que, « dès qu’il avait appris que certains paroissiens avaient été blessés par un bombardement » israélien, le prêtre avait « accouru pour les aider sans hésitation ». « Que le Seigneur fasse que le sang qu’il a versé, a prié le pape Léon, soit une semence de paix pour le Liban bien-aimé. » « Je suis proche de tout le peuple libanais en ce moment de grave épreuve », a en outre déclaré Léon XIV, le quatrième souverain pontife à s'être rendu au pays du Cèdre, du 30 novembre au 2 décembre 2025. Il a également eu une pensée pour les villages chrétiens du Liban-Sud qui « vivent à nouveau, ces jours-ci, la tragédie de la guerre ».
Dans un communiqué mardi, il avait affiché sa « profonde douleur pour les victimes des bombardements de ces derniers jours au Moyen-Orient, pour les nombreux innocents, y compris de nombreux enfants, et pour ceux qui les aidaient, comme le père Pierre el-Raï », selon le bureau de presse du Saint-Siège. Il a aussi affirmé suivre « ce qui se passe avec inquiétude », disant « prier pour que toute hostilité cesse dès que possible ».
Selon des médias locaux, le prêtre a été tué alors qu’il tentait d’aider des paroissiens dont la maison avait été prise pour cible par un char israélien. Le curé s’est précipité vers la maison située dans la zone montagneuse de sa paroisse, accompagné de plusieurs jeunes, lorsque le char a de nouveau frappé l’habitation, blessant le prêtre. Il a été transporté vers un hôpital local, où il a succombé à ses blessures. Le curé avait pris part trois jours avant sa mort à un rassemblement devant une église de Marjeyoun où plusieurs dizaines d'habitants s'étaient dit résolus à rester sur leurs terres, malgré les menaces de l'armée israélienne. « Lorsque nous défendons nos terres, nous le faisons en tant que pacifistes qui ne portent que des armes de paix », avait alors déclaré Pierre el-Raï. Il avait appelé à considérer Marjeyoun comme « une zone rouge », c'est-à-dire qui ne devrait pas abriter des déplacés de la région partisans du Hezbollah.
Convoi de l'organisation l’Œuvre d'Orient à Qlayaa
Les funérailles du père Raï ont eu lieu peu après l'arrivée dans le village d'un convoi de l'organisation l’Œuvre d'Orient, qui vient en aide aux chrétiens au Moyen-Orient. Notre journaliste Téa Ziadé a couvert cette initiative, à laquelle ont notamment participé le nonce apostolique, Mgr Paolo Borgia, le patriarcat maronite et le président de Caritas Liban, le père Samir Ghaoui. Le commandant en chef de l'armée, Rodolphe Haykal, s'est également rendu sur place en hélicoptère. La présence sur place du député Elias Jaradé (issu de la contestation de 2019) a, par contre, été mal accueillie par les habitants qui l'ont forcé à quitter les lieux.
Toutes ces personnalités ont participé à la messe d'adieu au curé défunt et lui ont rendu hommage. Des centaines d'habitants sont présents sur les lieux, beaucoup sont en larmes et scandent des « Samidoun » (« Nous résistons »), disant refuser de quitter le village.
Lors des funérailles, Jenny, 19 ans, a salué la mémoire du père Raï qui « est mort en nous protégeant tous. » « Quoi qu'il arrive, je ne partirai pas d'ici », lance-t-elle alors que la veille, des habitants d'un autre village chretien de la zone frontalière, Alma el-Chaab, ont dû tous quitter la localité après une frappe meurtrière. « Comme l’a dit abouna (le père Pierre Raï, ndlr) : Nous resterons, nous resterons, nous resterons », insiste-t-elle. Un slogan qui fait écho à la déclaration bravache d'une autre femme présente à Qlayaa, Hayat Daher, qui a lancé que depuis 100 ans, le Sud connaît des guerres et « personne n'est parti. ». De son côté, le père Ghassan Nasr a déploré que « l'État ne prend jamais en considération le Sud », contrairement à l'Église.
Interrogé par L'Orient-Le Jour, Vincent Gelot, chargé de mission pour l’Œuvre d’Orient en Syrie et au Liban, a indiqué que l'organisation avait initialement prévu ce convoi vers le Sud pour l'envoi d'un convoi de denrées humanitaires, notamment des vivres pour deux ou trois semaines et des fournitures hygiéniques, dès que l'offensive a commencé le 2 mars. Un projet qui était élaboré en coordination avec le curé de la paroisse de Qlayaa, Pierre el-Raï, avant qu'il ne soit tué dans un tir israélien. « On a compris que les gens allaient être isolés. L’idée était d’envoyer des vivres parce que les habitants ont fait le choix de ne pas quitter leurs villages », a ajouté M. Gelot, qui rappelle qu'une initiative similaire avait déjà été menée lors de la guerre précédente, à l'automne 2024.
Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes, dont 86 enfants et 45 femmes, depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, a annoncé mercredi le ministère de la Santé. Selon la même source, 84 personnes ont été tuées au cours de la seule journée de mardi. Selon le bilan des autorités libanaises mardi soir, la guerre au Liban a par ailleurs fait 753.000 déplacés.
Le Hezbollah a ouvert un front de soutien avec l’Iran lundi 2 mars, deux jours après le début de l’attaque américano-israélienne sur l’Iran, au cours de laquelle le Guide suprême de la République islamique Ali Khamenei été tué. Les salves de missiles du Hezbollah sur le nord d’Israël ont provoqué de nouvelles ripostes aériennes très violentes sur plusieurs de ses fiefs, dans la banlieue-sud de Beyrouth, le Liban-Sud et la Békaa-Nord. Cette escalade a mis fin au cessez-le-feu de novembre 2024.



Trump annule les frappes sur l'Iran et évoque la « signature » prochaine d'un accord
Je remercie le père Raï pour son inoubliable témoignage ainsi que le jeunes chretiens de votre Pays pour la determination de rester! Rester dans l'amour et la paix pour le monde entier. Merci merci je suis humblement avec Vous!
01 h 38, le 12 mars 2026