La façade carbonisée de l'hôtel Ramada de Raouché, sur le front de mer de Beyrouth, dans la nuit du 7 au 8 mars 2026. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
C'est la première fois depuis novembre 2024 que le centre de Beyrouth est visé par une frappe israélienne : dans la nuit de samedi à dimanche, un tir, qualifié de « précision » par l'armée israélienne, a transpercé une fenêtre de l'hôtel Ramada à Raouché, face à la célèbre Grotte aux pigeons, et détruit plusieurs chambres de l'établissement, faisant quatre morts.
Que sait-on de cette frappe inédite ?
Les faits
- Vers 2h40, l'armée israélienne a effectué un raid sur le quartier de Raouché, ciblant la chambre 406 de l'hôtel Ramada, située au 4e étage. La façade de l'établissement est noircie et une des fenêtres semble avoir été traversée par un projectile.
- Le tir a été mené par la marine israélienne, a confirmé le porte-parole arabophone de l'armée Avichay Adraee.
- Le quartier de de Raouché est situé sur le front de mer de Beyrouth et tient son nom du rocher surnommé « Grotte aux pigeons ». C'est l'un des sites les plus emblématiques de la capitale libanaise et comprend de nombreux hôtels, actuellement occupés par de nombreux déplacés.
- Selon le ministère libanais de la Santé, le raid a fait quatre morts et dix blessés, bien que l'armée israélienne revendique cinq tués. Parmi les blessés, l'on compte des personnes qui se trouvaient aux alentours de l'hôtel et ont été touchés par des éclats de verre, provenant notamment de voitures endommagées autour du lieu de la frappe. Après le tir, des dizaines de clients paniqués ont fui l'établissement.
- L'armée israélienne a revendiqué une frappe « de haute précision » contre des commandants du « Corps du Liban » relevant de la force al-Qods des gardiens de la révolution iraniens. Ces membres des gardiens de la révolution « opéraient à Beyrouth » et préparaient des « plans terroristes » contre Israël.
- Selon des médias locaux, les victimes ont été transportées à l'hôpital al-Rassoul al-Aazam, dans la banlieue sud de Beyrouth. L'AFP évoque un transfert d'au moins trois des dépouilles mortelles effectué par des secouristes du Comité sanitaire islamique, l'organe de secours du Hezbollah.
- L’ambassade d’Iran à Beyrouth a démenti les informations selon lesquelles l'ambassadeur a été visé dans l'attaque israélienne, dénonçant des « rumeurs dénuées de tout fondement, visant à semer la confusion et à exagérer les conséquences » de cette attaque. Téhéran avait dépêché, à peine quelques jours avant le début de la guerre, un nouvel ambassadeur à Beyrouth.
Qui a été tué et qu'est-ce que le « Corps du Liban » de la force al-Qods ?
- Dimanche en soirée, l’armée israélienne a affirmé avoir « ciblé cinq hauts responsables du « Corps du Liban » affilié au corps al-Qods des gardiens de la révolution », qui étaient réunis dans une chambre d'hôtel.
- Trois d'entre eux étaient des hauts-gradés de cette force :
- Majid Hosseini, responsable du transfert de fonds aux branches iraniennes au Liban pour financer les activités du Hezbollah, du Corps du Liban, du Corps de Palestine, du Hamas et « d’autres entités ». « Il supervisait également le financement et la production de moyens de combat pour soutenir les activités militaires du Hezbollah ».
- Ali Reza Be’azar : chef de la branche renseignement du Corps du Liban.
- Ahmad Rasouli : responsable du renseignement au sein du Corps de la Palestine. Il était chargé de la collecte de renseignements pour les organisations palestiniennes au Liban et dans la bande de Gaza.
- Deux autres étaient des agents : Hussein Ahmadlou, agent du renseignement travaillant sur la collecte d’informations sur Israël, et Abou Mohammad Ali, représentant du Hezbollah au sein du Corps de la Palestine.
- Selon l'armée israélienne, le « Corps du Liban » des gardiens est un « organe de liaison entre le Hezbollah et le régime iranien ».
- Il est principalement constitué d'Iraniens présents au Liban. Ses membres sont chargés de conseiller le Hezbollah, alors que depuis la mort de l'ex-chef du parti chiite Hassan Nasrallah le 27 septembre 2024, et l'offensive israélienne dévastatrice de l'automne 2024 qui a considérablement affaibli le parti chiite, Téhéran est plus fortement impliqué dans ses prises de décision.
Le contexte
- Israël a menacé à de nombreuses reprises, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février, et l'entrée dans le conflit du Hezbollah, le 2 mars à l'aube, les diplomates et membres des gardiens de la révolution iraniens présents au Liban. Mardi dernier, elle avait lancé un ultimatum et menacé de frapper tout officiel iranien et membre des gardiens au Liban dans le cadre de son offensive contre le Hezbollah. Suite à ces menaces, le gouvernement libanais avait annoncé jeudi des mesures pour « arrêter et rapatrier » en Iran toute personne au Liban qui serait liée aux Pasdarans.
- Suite à ces déclarations, et selon des informations du site Axios, « plusieurs dizaines d’officiers » des gardiens de la révolution iraniens auraient quitté Beyrouth en fin de semaine.
- Plus de 150 ressortissants iraniens, dont des diplomates et des membres de leurs familles, avaient quitté le Liban samedi, avait indiqué à l'agence Reuters une source de sécurité libanaise de haut rang. Selon cette source, ils ont été évacués vers la Russie à bord d’un avion russe. Elle a ajouté qu’une vingtaine d’Iraniens avaient déjà quitté le pays vendredi.
- Le même jour, une frappe israélienne avait visé les abords de l'ambassade iranienne dans la banlieue sud de Beyrouth.
- Les tensions diplomatiques sont vives entre Téhéran et Beyrouth depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam, en février 2025, et une série de décisions des autorités libanaises concernant l'Iran, notamment la suspension de tous les vols reliant les deux pays. Des décisions prises pour tenter de limiter les approvisionnements, notamment en argent liquide, du Hezbollah par Téhéran. L'Iran s'était en outre opposé plusieurs fois au désarmement du Hezbollah annoncé par l'exécutif, provoquant des échanges acerbes avec les responsables libanais, qui ont accusé Téhéran d'ingérence.


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21 h 25, le 08 mars 2026