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Société - guerre au liban 2026

Entre «  Sauve-qui-peut  » et «  Mourir chez moi  » : la banlieue sud de Beyrouth face à un ordre d’évacuation israélien inédit

Jamais depuis la guerre de l’automne 2024 au Liban, l’armée israélienne n’avait ordonné une évacuation aussi massive, touchant l’ensemble de la banlieue sud de Beyrouth.

Entre «  Sauve-qui-peut  » et «  Mourir chez moi  » : la banlieue sud de Beyrouth face à un ordre d’évacuation israélien inédit

Des personnes massées à bord d'un pick-up alors que le trafic routier s'intensifie à Beyrouth après que l'armée israélienne a averti les habitants d'évacuer la banlieue sud de la ville, le 5 mars 2026. REUTERS/Khalil Ashawi

La banlieue sud de Beyrouth est plongée dans la peur et l’incertitude. L’armée israélienne a appelé jeudi à 15 h l’ensemble des habitants de cette zone à quitter leurs domiciles, après avoir déjà ordonné mercredi l’évacuation des localités situées au sud du fleuve Litani, au Liban-Sud. Dans les rues de Chiyah, Bourj el-Brajné, Haret Hreik et Hadath, c’est la panique. Les habitants fuient comme ils le peuvent, tandis que d’autres ont décidé de rester sur place, malgré les menaces.

La mère de Hussein Ayash, âgée de 73 ans, refuse de quitter sa maison de la rue Abdelkarim à Chiyah, un des quartiers mentionnés par l'ordre d'évacuation israélien massif. « Elle ne veut pas se retrouver à la rue. Je préfère mourir chez moi », m'a-t-elle dit, rapporte son fils, Hussein Ayash, âgé de 35 ans, qui explique qu'il n'a pas réussi à la convaincre de partir. « Alors, nous restons tous les deux à Chiyah », dit-il, interviewé par L'Orient Today.

« Nous restons. Où voulez-vous qu’on aille ? Inchallah qu’ils ne nous frappent pas. Il n’y a rien ici », dit Sara, qui réside du côté de Bourj el-Brajné, tout en sachant que la frappe de mercredi sur une voiture sur la route de l’aéroport s’est produite à moins de 500 mètres de sa maison. « Vous ne voyez pas ce qui circule sur les réseaux sociaux. Nous ne sommes les bienvenus nulle part. Alors je préfère rester chez moi », poursuit Sara. Deux autres familles sont restées dans l’immeuble, tandis qu’une famille avec trois enfants prépare ses valises pour « attendre dans leur voiture quelque part en sécurité », ajoute-t-elle.

Le concierge de cet immeuble, Mohammad, avait laissé ses deux filles à Khaldé chez des proches au début de la guerre, mais était resté avec sa femme dans le bâtiment. Ce jeudi, lui aussi prend la route pour Khaldé. « Les routes vers le Sud sont moins encombrées que celles qui vont vers Beyrouth », raconte-t-il en chemin. Mais il décrit l’état de panique et le chaos sur les routes : « C’est fou. Il n’y a nulle part où aller. Il faudra des heures pour que tout le monde puisse partir. Et si les bombardements commencent maintenant, tout le monde mourra. »

L'armée israélienne a appelé, dans un message de son porte-parole arabophone, Avichay Adraee, à l'évacuation totale des quartiers de Haret Hreik, Bourj el-Brajné, Hadath et Chiyah, dans la banlieue sud de Beyrouth. « Habitants des quartiers de Bourj el-Brajné et Hadath : veuillez vous diriger vers l’est, en direction du Mont-Liban, via l’axe Beyrouth-Damas », a écrit Avichay Adraee sur X. « Habitants des quartiers de Haret Hreik et Chiyah : vous devez vous déplacer vers le nord, en direction de Tripoli via l’axe Beyrouth-Tripoli, et vers l’est, vers le Mont-Liban, par l’autoroute rapide du Metn », a-t-il ajouté. « Tout déplacement vers le sud pourrait mettre votre vie en danger », a-t-il ajouté, soulignant que l'armée israélienne les « informera du moment approprié pour retourner dans vos maisons. » Même lors de la guerre au Liban de l’automne 2024, aucune évacuation n’avait été aussi massive, couvrant des quartiers entiers sans distinction.

Lorsqu’ils ont vu les informations israéliennes, les parents d’Alya, à Chiyah, ont tenté de quitter la banlieue sud en voiture mais se sont rapidement retrouvés bloqués dans les embouteillages. Ils ont dû garer leur véhicule sur le bas-côté de l’ancienne route de Saïda et poursuivre à pied vers Tayouné. S’ils n’ont pas quitté Chiyah avant, c’est parce qu’ils ne le peuvent pas. « Nous n’avons tout simplement pas les moyens de louer une maison en dehors de la banlieue sud et rester dans une école accueillant des déplacés serait accablant », explique leur fille.

Les principaux axes routiers autour de Beyrouth sont saturés. Sur l’autoroute de Damas, la fuite est chaotique : un camion transporte huit vaches sur sa plateforme, deux corbillards avancent lentement, et une famille composée d’un homme, d’une femme et de quatre enfants circule à moto, serrée sur la selle. Des dizaines de porte-conteneurs se mêlent aux véhicules, tandis que des livreurs et leurs épouses transportent des sacs de pizzas sur leurs scooters, tentant de rejoindre des zones plus sûres. Les embouteillages s’étendent également sur l’autoroute du Metn, où les habitants de la banlieue sud s’efforcent de fuir vers le nord ou l’est.

Sur la route vers Baabda, Joud Salloum, dans la vingtaine, est accompagnée de 20 membres de sa famille. « On a quitté dans la seconde, sans rien. Papa est parti chercher jeddo (grand-père), qui ne veut pas quitter l’appartement. Il est vieux et il n’y a pas d’ascenseur », raconte-t-elle. « On se prépare tous à aller à Baalbeck », ajoute Joud.

« Je dors toujours avec mon hijab, au cas où »

Devant la mosquée al-Amin et la place des Martyrs, la circulation est complètement saturée. Les voitures s’arrêtent dans les parkings improvisés, tandis que deux policiers essaient tant bien que mal de gérer le chaos. À travers les vitres, on distingue des visages d’enfants terrorisés. Dans un pick-up, des bébés sont blottis sous des couvertures. Les véhicules sont bondés de familles entières. « On ne peut pas parler. On est effondrés », confie une femme.

La route embouteillée devant la Maison du Centre des Kataëb, à Beyrouth, le 5 mars 2026. Photo L'Orient-Le Jour/Téa Ziadé

Nazah Rmeiteh, 52 ans, originaire de Majedel (caza de Tyr), est garée sur le bas-côté avec six personnes à bord. Elle a fui lundi matin et s’était installée à Chiyah dans son appartement. « On avait l’habitude de partir à Tayouné à chaque avis d’évacuation à Ghobeiry. À 3 h du matin, on était rentrés chez nous. Puis on a fui à nouveau Chiyah : la route était complètement embouteillée. J’avais déjà tout préparé dans la voiture au cas où. On n’a pas eu peur, il fallait juste prendre mon sac. Je dors toujours avec mon hijab, au cas où. Maintenant on va rester dans la voiture, il n’y a pas d’endroit pour louer. »

Sur place, se mêlent ceux qui sont là depuis trois jours et ceux qui viennent d’arriver. Abbas, 28 ans, fils de Hajje, vit à la banlieue sud de Beyrouth et a tout laissé derrière lui lorsque sa famille a fui Tyr. « Nous n’étions pas surpris par cet avis. Ici, c’est la routine depuis la guerre. Ils veulent mettre encore plus de pression sur la résistance, pour qu’on dise à la résistance d’arrêter. On attend. Quand les bombardements s’arrêteront, on reviendra. Hamdellah, on croit en Dieu. Même si tout est bombardé, on reviendra. Je n’ai rien pris, juste ma sacoche. On a l’espoir de rentrer ce soir, inchallah (si Dieu le veut). »

Une autre femme, les larmes aux yeux, confie : « Nous sommes sous le choc, je ne peux pas parler », pendant que sa fille sanglote dans la voiture.

Un groupe de migrantes éthiopiennes, qui travaillaient dans un bureau proche de la banlieue sud de Beyrouth, a également fui. L’une d’elles, 25 ans, raconte : « J’ai vu tout le monde partir, alors on a fui aussi. On essaie de trouver un endroit où vivre. On est tous effrayés par les bombardements. Je vis au Liban depuis six ans et je travaille pour eux, mais maintenant, on a juste peur. »

La banlieue sud de Beyrouth est plongée dans la peur et l’incertitude. L’armée israélienne a appelé jeudi à 15 h l’ensemble des habitants de cette zone à quitter leurs domiciles, après avoir déjà ordonné mercredi l’évacuation des localités situées au sud du fleuve Litani, au Liban-Sud. Dans les rues de Chiyah, Bourj el-Brajné, Haret Hreik et Hadath, c’est la panique. Les habitants fuient comme ils le peuvent, tandis que d’autres ont décidé de rester sur place, malgré les menaces.🤳 #Vidéo | Les habitants du camp de réfugiés palestiniens de Bourj el-Brajné fuient après l'ordre d'évacuation israélien. pic.twitter.com/rHEDTULcLH— L'Orient-Le Jour (@LOrientLeJour) March 5, 2026 La mère de Hussein Ayash, âgée de 73 ans, refuse de quitter sa maison de la rue Abdelkarim à Chiyah, un...
commentaires (3)

HBZ, vous êtes les seuls responsables et coupables ! N'avez-vous pas honte de mettre autant de nos compatriotes à la rue pour nourrir votre idéologie mortifère d'un autre temps ? Monsieur le président, nous attendons de votre part des arrestations , jugements et emprisonnements .

KHL V.

06 h 48, le 06 mars 2026

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Commentaires (3)

  • HBZ, vous êtes les seuls responsables et coupables ! N'avez-vous pas honte de mettre autant de nos compatriotes à la rue pour nourrir votre idéologie mortifère d'un autre temps ? Monsieur le président, nous attendons de votre part des arrestations , jugements et emprisonnements .

    KHL V.

    06 h 48, le 06 mars 2026

  • Ils veulent toujours mourir pour le régime iranien?? Et pour le Hezbollah qui UNE FOIS DE PLUS DÉMONTRE qu’il n’en a rien à cirer des libanais…. Il a reçu l’ordre , des iraniens, d’ouvrir le front du sud pour soulager l’Iran…. ET LES CHIITES LIBANAIS ? RIEN A FOUTRE!!! Si des chiites libanais ( ou même autres que chiites) continuent d’appuyer une telle organisation terroriste?? C’est vraiment que ceux-là n’ont vraiment rien dans le crâne et ont ZERO NEURONE .COMBIEN DE FOIS LES AVONS-NOUS PRÉVENUS ??? Tant pis pour eux… En revanche les innocents vont payer pour les irréductibles pro Iran…

    LE FRANCOPHONE

    18 h 34, le 05 mars 2026

  • Quelle ingratitude de la part du Hezbollah, qui a mis des milliers de gens sur la route, même pas un mot de compassion, tout cela mènera à leur désintégration, ce qui n'empêchera pas les responsables, enfin ce qu'il en restera, de clamer encore une fois la victoire.

    C…

    18 h 05, le 05 mars 2026

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