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Omar el-Akkad : lettre de rupture avec l’Occident

Omar el-Akkad : lettre de rupture avec l’Occident

© Kateshia Pendergrass

Un jour tout le monde aura toujours été contre ça de Omar el-Akkad, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Frankland, Mémoire d’encrier, 2026, 192 p.

Les éditions Mémoire d’encrier ont eu l’excellente idée de traduire le livre de Omar el-Akkad, paru en anglais en février 2025 et dont la publication française se fait moins d’un an après la version originale. C’est dire le sentiment d’urgence suscité par cet ouvrage, pour lequel tout a commencé par un tweet vu plus de dix millions de fois, dans lequel l’auteur écrivait que lorsque ce sera sans danger, lorsque ce sera « trop tard pour tenir quiconque responsable », tout le monde aura toujours été contre ça. Ça, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, c’est le génocide des Palestiniens.

El-Akkad est un écrivain et journaliste égyptien qui a grandi au Qatar, émigré au Canada à l’adolescence, et qui vit actuellement aux États-Unis. Il s’est fait connaître par un premier roman, American War, largement traduit (paru chez Flammarion sous ce même titre), lauréat de nombreux prix et que la BBC a désigné comme l’un des cent romans qui ont façonné notre monde. Il a cité en exergue de son ouvrage une phrase du grand écrivain soudanais Tayeb Salih, qui annonce déjà le « mensonge » qui « serait notre œuvre » parce que « nous parlons maintenant leur langue sans culpabilité ». Il tend ainsi un miroir dans lequel nous ne pouvons que reconnaître notre responsabilité collective, l’hypocrisie et le silence complice de l’Occident.

Le livre est à lire avec la même hâte, la même fébrilité avec lesquelles il a été écrit. Car face à l’énormité de la tragédie qui se déroule depuis le 7 octobre 2023, mais dont les racines nous ramènent cent ans en arrière (voir à ce sujet l’ouvrage fondamental de Rashid Khalidi qui vient de paraître lui aussi, Cent ans de guerre contre la Palestine), et dans la sidération dans laquelle on est plongé face à la répétition quotidienne et ininterrompue de l’horreur, ce livre trouve les mots justes et nous sauve un peu du silence et de la solitude, provoqués par ce mélange d’indicible et d’impuissance que nous ne connaissons que trop. L’ouvrage fait alterner des séquences qui rapportent de façon crue des scènes de la vie quotidienne à Gaza, ou plutôt de la mort quotidienne, et de courts chapitres écrits au « je », où l’auteur relate des épisodes de son parcours à l’ombre des conflits politiques et des guerres qui se sont succédées depuis tant d’années au Moyen-Orient. Né en 1982, el-Akkad et sa famille ont été poussés à émigrer pour des raisons à la fois politiques et économiques – les difficultés de la classe moyenne ayant été exacerbées par l’instabilité de l’Égypte et de toute la région. Lui-même, écrit-il, s’est pris à « rêver de cette partie du monde où je croyais qu’il existait une forme fondamentale de liberté ». Liberté qui vient avec l’équité, qui est protégée par la loi et qui autorise à choisir sa vie. Le rêve a pris fin à l’automne 2023 et a donné naissance à ce livre qui n’est pas le récit d’un carnage mais « le compte-rendu d’une fracture » et de ses conséquences, soit la rupture avec l’Occident.

Les chapitres dans lesquels Omar el-Akkad relate son reportage à Guantanamo, les débats électoraux entre Républicains et Démocrates, ou la façon dont s’est progressivement construite la peur face aux « terroristes », et qui ont justifié toutes sortes de mesures, prises au fil du temps, pour lutter contre l’émigration, sont particulièrement éclairants sur ce qui se passe aujourd’hui dans l’Amérique de Trump. « Dans ma vie adulte, qui a commencé à l’époque des attentats du 11 septembre, il n’y a jamais eu d’emblème de la peur en Occident aussi puissant que le terroriste. Cette construction était si bouleversante que non seulement elle a justifié l’une des plus importantes séries de meurtres commis sans question ni conséquence dans l’histoire moderne, mais elle a imposé à des groupes entiers une existence binaire. Êtes-vous, en tant que personne qui ressemble à ces gens qui se font sauter, pour ou contre ces actes ? Êtes-vous prêts à les condamner sans relâche et peu importe à quel point ils n’ont rien à voir avec votre existence ? » Tout cela explique de quelle façon sont morts les principes d’un ordre international fondé sur des règles, des droits universels et une justice égale pour tous.

Certains, écrit el-Akkad en toute fin d’ouvrage, ne pourront pas tourner la page après tant d’horreur et « lutteront jusqu’à la fin de leur vie pour oublier le corps humain transformé en bouillie, l’enfant forcé de manger de la nourriture pour animaux (…) les frères et sœurs aînés qui doivent dire aux plus jeunes que les autres ne reviendront pas ». Mais on peut aussi se souvenir, dit-il, du médecin qui a refusé d’abandonner ses patients alors que les bombardements s’intensifiaient, et de tant d’autres héros anonymes. Car « le courage est plus contagieux que toute autre influence » et davantage de gens se consacrent à la solidarité qu’à l’annihilation. Pour reprendre les mots de Mona Chollet dans sa préface, ce livre « constitue ce qui peut s’approcher le plus d’une consolation ».


Un jour tout le monde aura toujours été contre ça de Omar el-Akkad, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Frankland, Mémoire d’encrier, 2026, 192 p.Les éditions Mémoire d’encrier ont eu l’excellente idée de traduire le livre de Omar el-Akkad, paru en anglais en février 2025 et dont la publication française se fait moins d’un an après la version originale. C’est dire le sentiment d’urgence suscité par cet ouvrage, pour lequel tout a commencé par un tweet vu plus de dix millions de fois, dans lequel l’auteur écrivait que lorsque ce sera sans danger, lorsque ce sera « trop tard pour tenir quiconque responsable », tout le monde aura toujours été contre ça. Ça, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, c’est le génocide des Palestiniens.El-Akkad est un écrivain et journaliste...
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