Un panache de fumée et des tirs d’armes automatiques au-dessus de la banlieue sud de Beyrouth, le 3 mars à l’aube, après un bombardement israélien. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Et la guerre reprend de plus belle. Deux jours après la salve de drones et de missiles tirés par le Hezbollah vers Israël dans la nuit du 2 mars pour venger l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei à Téhéran, l’armée israélienne a lancé une campagne de frappes aériennes massives sur le Liban et des incursions terrestres dans le sud du pays. L’Orient-Le Jour a recensé les principaux éléments à connaître sur ces attaques.
Au moins 40 morts et 246 blessés
Selon le dernier bilan officiel du ministère libanais de la Santé, publié mardi, ces frappes israéliennes ont fait au moins 40 tués et 246 blessés. Un précédent bilan des autorités faisait état de 52 victimes, mais le ministère a par la suite expliqué qu’il s’agissait d’une « erreur technique ».
Au moins 152 frappes sur au moins 88 localités libanaises
Selon le décompte réalisé par L’Orient-Le Jour à partir des informations de ses correspondants sur le terrain, l’aviation israélienne a mené au moins 152 frappes sur au moins 88 localités libanaises entre l’attaque du parti et le 3 mars à 15h, heure de Beyrouth.
58 000 déplacés
Alors que l’armée libanaise a annoncé le désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, l’essentiel des frappes aériennes israéliennes s’est concentré sur cette même zone. Près de la moitié d’entre elles ont ainsi touché les cazas de Tyr, Bint Jbeil et Marjeyoun, sur la bande frontalière comprise entre le Litani et Israël, faisant des habitants de ces zones l’essentiel des 58 000 déplacés, selon le ministère libanais de la santé.
Il n’est toujours pas clair si les frappes du Hezbollah contre Israël ont eu lieu depuis le sud ou le nord du Litani.
La caza de Tyr la plus touchée par les frappes
Le 3 mars à 15h, les cazas les plus touchés étaient, par ordre décroissant :
- Caza de Tyr : 37 frappes
- Banlieue sud de Beyrouth : 36 frappes
- Caza de Nabatiyé : 25 frappes
- Caza Bent Jbeil : 23 frappes
- Caza Marjeyoun : 14 frappes
- Caza Baalbeck : 6 frappes
- Caza de Hasbaya : 4 frappes
- Caza Saïda : 4 frappes
- Caza de la Bekaa Ouest : 2 frappes
- Caza de Jezzine : 1 frappe
Le village d’Aïta el-Chaab le plus frappé
À l’échelle des localités, les villages frontaliers paient déjà un lourd tribut à la riposte israélienne. Voici les 6 villages les plus frappés :
- Aita al-Chaab : 6 frappes
- Khiam : 5 frappes
- Kfar Sir : 4 frappes
- Aïtaroun : 3 frappes
- Soultaniyeh : 3 frappes
- Ali al-Taher : 3 frappes
- Yaroun : 3 frappes
Selon un décompte réalisé par L’Orient-Le Jour en novembre dernier, le village Aita al-Shaab était déjà celui qui avait été le plus visé depuis la conclusion du cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël en novembre 2024, avec 50 frappes en un an.
Les cibles militaires et civiles des frappes
Avec ces frappes, l’armée israélienne affirme avoir visé plusieurs cibles stratégiques. Certaines relèvent clairement du champ militaire : des dépôts d’armes ainsi que des hauts responsables du Hezbollah et du Jihad islamique ont ainsi été atteints dans la banlieue sud de Beyrouth. Parmi eux, l’armée israélienne a revendiqué l’assassinat du chef du renseignement du Hezbollah, Hussein Moukalled, et de son homologue du Jihad islamique au Liban, Adham Adnan el-Othman.
D’autres cibles ne relèvent pas strictement du champ militaire, mais ont été frappées en raison de leur affiliation au Hezbollah. Ainsi, douze agences de l’association al-Qard al-Hassan, institution de microfinance du parti, ont été visées et détruites. Il en va de même pour les locaux de la chaîne de télévision du parti, al-Manar, et du quartier général de la Jamaa islamiya, la branche libanaise des Frères musulmans, qui s’est rapprochée de « l’axe de la résistance » et du Hezbollah après l’opération du 7 octobre 2023 du Hamas contre Israël.
Enfin, certaines cibles clairement civiles ont été atteintes : des habitations dans la caza de Tyr, une installation d’assainissement des eaux à Kharayeb, dans la caza de Saïda, ainsi que de nombreuses victimes non militaires. Ainsi en est-il d’Ibrahim Farès, secouriste tué le 2 mars lors d’un raid à Wadi Jilo, dans la caza de Tyr, ou encore de deux ambulanciers tués dans cette même zone le lendemain, tandis que six de leurs collègues ont été blessés en tentant de récupérer leurs corps. Un bébé de quatre mois à peine est également mort dans le bombardement de l’immeuble familial, où les corps de quatre personnes sont encore recherchés.
Opération terrestre
Parallèlement aux bombardements aériens, l’armée israélienne, qui occupait encore jusque-là plusieurs positions au Liban-Sud, a déclenché mardi une incursion terrestre dans une zone frontalière, a indiqué une source militaire à l’AFP après que le ministère israélien de la Défense a autorisé son armée à « prendre le contrôle » de nouvelles positions dans le pays voisin. Dans ce contexte, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré mardi que l’armée israélienne allait s’emparer de « territoires stratégiques supplémentaires au Liban afin d’empêcher les tirs et de protéger les localités israéliennes frontalières ».

