Nous allons malheureusement devoir clore cette séance de questions-réponses, Anthony Samrani devant ses activités au sein de la rédaction !
Mais nous aurons bientôt l'occasion de lancer une nouvelle séance de questions-réponses !
Merci à vous tous -et vous avez été nombreux- qui nous avez envoyé des questions.
Nous vous invitons à suivre notre couverture en direct des développements de cette crise majeure pour la région.
Bonne soirée et à bientôt !
Nous allons finir avec une question de Nadine Nahas : Les déclarations iraniennes évoquant, ce dimanche soir, une désescalade peuvent-elles offrir à Washington une porte de sortie honorable ? Dans ce contexte, un retrait ou un gel de l’escalade américaine risquerait-il de consolider le régime en place plutôt que de l’affaiblir ?
Bonsoir Nadine, merci beaucoup. Ce sera malheureusement la dernière question que je peux prendre ce soir.
Oui, il est possible que cette guerre s’arrête beaucoup plus tôt que prévu. Trump pourrait revendiquer une victoire -à condition que le régime iranien cède à ses demandes- et le régime y survivre. Netanyahu mettra toutefois tout son poids dans la balance pour continuer l’opération militaire. Si le couple américano-israélien est convaincu de pouvoir encore infliger des dégâts considérables à leurs adversaires à un coût raisonnable de leurs points de vue, il devrait toutefois ne pas s’arrêter aussi vite.
Joseph Assaf nous demande, pour sa part : Pensez-vous que le régime iranien ait réellement les moyens de survivre à une guerre longue contre l’axe américain ? Est-il possible que le régime Iranien ait sous-estimé l’ampleur du mouvement interne qui le menace?
Bonjour Joseph, c’est une question centrale.
Le régime iranien a préféré la guerre à la capitulation via la diplomatie. Cela suppose qu’il considère qu’il peut y survivre, même sur le long terme, malgré le déséquilibre totale du rapport de force. A-t-il fait un mauvais calcul ? Ou bien le couple américano-israélien sous-estime-t-il sa résilience ? Il a fallu plus d’un mois d'opération pour que le Hezbollah « capitule ». Le régime iranien paraît beaucoup plus solide. Il existe toutefois une différence notable : une population chiite très majoritairement opposée au régime en Iran.
On enchaîne avec cette question de Rabih Mahfouz : Pensez-vous que le régime iranien n'a pas encore montré toute sa force militaire?
Bonjour Rabih. Merci d’être avec nous ce soir !
Il me semble qu’il n’a pas encore utilisé ses missiles les plus dévastateurs. Est-ce pour les garder pour plus tard ou parce que leurs rampes de lancement ont été détruites ? Je n’en ai aucune idée.
Il reste encore au régime iranien trois autres cartes.
-Le recours à ses alliés régionaux, en particulier les Houthis.
-La fermeture du détroit d’Ormouz, qui aurait toutefois pour effet d'assécher ses ressources financières et de susciter la colère de son allié chinois.
-Le recours à des attentats terroristes au Moyen-Orient ou dans le reste du monde
Nous avons également reçu cette question de Louis, 10 ans, fils d’Adrien : Désormais qui contrôle l’Iran et les Gardiens de la révolution après la mort de Khamenei et la mort du général des Gardiens de la révolution et des plus haut placés dans le gouvernement ?
Bonjour Louis, quel plaisir d’avoir un lecteur aussi jeune et aussi mature !
L’ayatollah Alireza Arafi a été chargé d’assumer temporairement les fonctions du Guide suprême iranien. Mais le véritable homme fort du régime se nomme Ali Larijani, un proche de Khamenei néanmoins beaucoup plus pragmatique que l’ancien guide.
Nabil, nous pose la question suivante : Dans L’Orient-Le Jour du 25 février 1986, il y a quarante ans jour pour jour, un politicien libanais dénonçait l’ « impérialisme iranien », quand Ali Khamenei (qui vient de mourir) évoquait la nécessité d’instaurer un gouvernement islamique au Liban. «Impérialisme iranien » ! Pour vous M. Samrani, assistons-nous à la fin de l’empire iranien des mollahs ?
Bonjour Nabil,
Merci pour votre question !
C’est la fin de la République islamique telle que nous l’avons connue. C’est probablement la fin, dans le même temps, de l’Iran en tant que puissance régionale à court et moyen terme. Ce n’est pas encore la fin du régime iranien qui peut survivre même si, à l’instar du Hezbollah, il sera lui aussi condamné à changer de nature.
Une question de Hanaa Jabbour
Est-ce que le fait que les Etats-unis aient éliminé Khamenei - qui était déjà très âgé et avait probablement anticipé sa succession- ne pourrait pas être interprété comme une manière pour Trump d’affirmer que les objectifs ont été atteints, ouvrant ainsi la voie à une désescalade ? Les représailles iraniennes permettraient alors de sauver la face, avant que chacun ne mette fin à cette escalade : Trump en donnant l’impression d’une victoire, et l’Iran en poursuivant sa stratégie avec une nouvelle direction, certes affaibli, mais toujours en capacité d’agir, un peu comme le Hezbollah qui est encore là malgré tout…
Bonjour Hanaa,
Quel plaisir de vous lire !
C’est une option qui me semble assez plausible. Il y a la stratégie et puis il y a la personne de Donald Trump qui n’est pas connu pour sa patience. On ne peut pas, en effet, exclure un scénario dans lequel il dirait dans quelques jours « j'ai atteint mes objectifs», « j'ai gagné », « je m'en vais », et laisse la région se débrouiller avec le chaos mais aussi les opportunités qu’il aurait créés.
On enchaîne avec cette question d’Anne-Sophie Mercier
Bonjour Anthony Samrani,
Craignez-vous un embrasement de la région ?
Qui rejoint celle-ci : Les Émirats arabes unis, Dubaï, Bahreïn, Qatar et l’Arabie Saoudite qui ont condamné de manière unanime et très dure l'Iran ne risquent-ils pas de s'impliquer dans cette guerre ?
Bonjour Anne-Sophie,
Merci pour votre question.
La région est déjà, dans une certaine mesure, embrasée puisque de nombreux pays sont, indépendamment de leur fait, impliqués dans le conflit. Cela peut s’amplifier avec une participation des alliés régionaux de l’Iran mais il faut raison garder. L’Iran et ses alliés ne peuvent plus mettre le feu à la région. Ils peuvent simplement essayer d'étendre le conflit pour pousser Trump à reculer.
On enchaîne avec une question d’Axelle Motte :
Pourquoi les Iraniens attaquent-ils les pays arabes au lieu de concentrer leurs dernières cartouches balistiques sur Israël ?
Bonjour Axelle,
Excellente question !
Le régime iranien veut que cette guerre s’arrête au plus vite. Pour ce faire, il doit maximiser les pertes chez ses adversaires. Sa possibilité de le faire contre les navires américains ou contre Israël est limitée par leur système de défense anti-aérien et par leur capacité à accepter les pertes. Ce n’est pas le cas des pays du Golfe. Le pari iranien reposait sur le fait qu’en frappant les pétro-monarchies du Golfe, il les pousserait à mettre la pression sur Trump pour arrêter cette guerre. C’était toutefois un très mauvais pari puisque cela a eu pour principal conséquence d’unir les pays du Golfe, malgré leurs rivalités, contre l’Iran et même de les entraîner à entrer directement dans cette guerre. Ils vont vouloir au contraire en finir avec le régime iranien. Cela dit, si le régime a les moyens de poursuivre ces frappes sur une longue durée, ce qui me surprendrait, le Golfe peut-il vivre dans ces conditions, coupé du monde, pendant plusieurs semaines.
Bonsoir Lana, Nicole, Adrien et Pierrick. Merci d’être avec nous et pour la pertinence de vos questions !
Concernant le Hezbollah. Il avait lui-même fixé comme ligne rouge pour intervenir au secours de son parrain iranien l’assassinat de l’ayatollah Khamenei. Interviendra-t-il pour autant ? C’est loin d’être certain. D’une part, l'axe iranien nous a habitués depuis le 7 octobre à proférer de nombreuses menaces sans pour autant les mettre à l'œuvre. D’autre part, une éventuelle intervention aurait un effet limité, puisque le Hezbollah ne peut de toute façon pas changer le cours de la guerre, mais un coût massif tant sur le plan militaire que politique pour le parti, pour sa base et pour le Liban.
Le Hezbollah peut-il toutefois rester les bras croisés et voir son géniteur disparaître sous ses yeux ? N’est-il pas dans tous les cas, pour des raisons idéologiques, contraint de mourir avec lui ?
Personne n’a la réponse. Je peux évidemment me tromper mais je crois qu’il n'interviendra pas, à moins de disposer encore de capacités susceptibles non pas de changer la donne mais de réellement aggraver le coût de l'opération américano-israélienne.
Cette guerre va en tous cas l’affaiblir encore plus et le contraindre à changer de nature pour ne pas disparaître.
Vous nous avez posé plusieurs questions sur le Hezbollah évidemment.
Celle-ci, de Lana : À quel point le Hezbollah a-t-il encore une réelle capacité de nuisance aujourd’hui ? Concrètement, s’il décidait d’agir depuis le Liban-Sud, qu’est-ce qu’il pourrait encore faire ?
Et celle-ci de Nicole B.B. : J’aimerais bien savoir si le Hezbollah est rentré dans le rang puisqu’il ne bouge pas pour l’instant. Ou bien, quel pourrait être l'élément déclencheur de son implication dans le conflit ?
Celle-ci, également, d’Adrien Clavel : Comment le Liban peut-il tirer parti de cette nouvelle situation (encore très évolutive) ? Que devraient proposer les forces politiques et civiles qui militent pour le monopole des armes et le renforcement de l’État de droit (ce deuxième point allant bien au-delà de la question des armes du Hezbollah et du Hezbollah lui-même)?
Et enfin celles-ci de Pierrick Poisson : Est-ce que le Hezbollah ne ferait pas profil bas afin de faire oublier la présence de missiles iraniens sur le sol libanais ? Est-ce que la suite logique de cette opération ne serait pas un désarmement du Hezbollah par la voie politique ou militaire ?
Nous commençons avec une question de Nabil :
Bonjour Anthony,
Est-ce que l’opposition iranienne a une capacité suffisante pour prendre le pouvoir ? Merci d’avance !
Et cette question de Mona qui la rejoint : Existe-t-il aujourd'hui une figure modérée susceptible de remettre l'Iran de cette hécatombe ? Et comment les Iraniens pourraient-ils poursuivre « le travail » comme Trump les exhorte à le faire ? Les Américains envisageaient-ils de leur fournir des armes ? D'avance merci pour votre éclairage.
Bonjour Nabil, Bonjour Mona,
Merci beaucoup pour vos questions.
Vous êtes très nombreux ce soir à nous soumettre vos questions, signe de l’importance du moment que nous vivons.
Le plan américano-israélien consiste à affaiblir le régime de façon si significative qu’il soit contraint de capituler ou qu’il soit renversé en interne. En résumé. Option A : une figure plus modérée prend le pouvoir et accepte de signer un accord aux conditions américaines. Option B : le régime est si affaibli qu’il s’effondre sous l’effet conjugué des frappes, des divisions internes et de la pression de la rue. A l’heure actuelle, il est très difficile de savoir si ces scénarios sont ou non réalistes compte tenu du fait que l’opposition n’est ni structurée ni armée et que l’appareil sécuritaire du régime repose sur des centaines de milliers de personnes qui, pour le moment, lui sont restées fidèles. Tant que cela n’évoluera pas, les Iraniens risquent de se faire tuer par milliers s’ils manifestent à nouveau.
Ainsi que ce grand portrait d'Ali Khamenei, réalisé par Soulayma Mardam Bey : Ali Khamenei, la chute de l'architecte
En attendant que notre corédacteur en chef finisse son édito, nous vous invitons à lire certaines de nos analyses, notamment celle de Salah Hijazi : Après la mort de Ali Khamenei, que va (peut) faire le Hezbollah ?
Bonjour,
Alors que les États-unis et Israël ont lancé, samedi matin, une offensive militaire majeure contre l'Iran, qui s'est notamment traduite par l'élimination du guide suprême iranien Ali Khamenei, c'est toute la région qui se retrouve face à un grand bouleversement. Cette nouvelle séquence pose une foule de questions. Posez les vôtres, notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani y répondra ici ce dimanche soir vers 18h30, heure du Liban.
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Bonsoir, Quelles peuvent-être les conséquences de cette guerre entre les États-Unis et lss pays du Golfe ?
19 h 00, le 01 mars 2026