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Politique - Décryptage

Pourquoi le Hezbollah ne veut pas la chute du gouvernement


Le gouvernement avait bien étudié le scénario de la hausse de la TVA et de la taxe sur les carburants en présence de la plupart de ses membres. Il s’agissait de faire l’annonce à une heure tardive pour atténuer les risques de protestation populaire en se disant qu’il sera toujours possible le lendemain de multiplier les contacts avec les différentes parties pour chercher à limiter l’expression de la colère des citoyens. Mais bien qu’étant conscient de prendre une décision impopulaire, le gouvernement savait aussi qu’aucune des parties qui le composent ne souhaite sa chute. Du côté des Forces libanaises, c’est devenu une tactique connue de faire passer les décisions au sein du gouvernement pour les critiquer par la suite. Par contre, l’élément nouveau, voire inattendu, c’est plutôt la position du Hezbollah qui n’a pas protesté lors des discussions précédant l’adoption de cette décision, pour ensuite la critiquer ouvertement sur les tribunes médiatiques. D’ailleurs, ses détracteurs se sont empressés de relever le fait qu’il ne ménage pas ses critiques à l’égard des FL alors qu’il se met à agir comme elles, d’autant plus qu’il est clair qu’il n’a pas encouragé les protestations populaires contre la décision du gouvernement, allant même jusqu’à conseiller à ses partisans de ne pas descendre dans la rue.

Le Hezbollah avait pourtant là une occasion en or pour déstabiliser le gouvernement, mais il l’a laissée passer, alors qu’on aurait pu croire qu’un gouvernement affaibli et peut-être même démissionnaire n’aurait pas les moyens pour exercer sur lui de grandes pressions, à un moment délicat où il lui est demandé de faire de grandes concessions sur ses armes. Pourquoi ne l’a-t-il pas saisie ? Les sources proches du Hezbollah répondent catégoriquement que celui-ci ne veut pas la chute du gouvernement et il fera de son mieux pour le maintenir en place. Certains pourraient se demander d’où vient ce soudain attachement du parti chiite à un gouvernement qui a fixé parmi ses priorités la mission de le désarmer ou, en tout cas, de prendre le contrôle des armes sur l’ensemble du territoire ? Les sources proches du Hezbollah estiment que la situation est plus compliquée que cela. Elles rappellent ainsi que le parti a décidé de contribuer à la naissance du pouvoir exécutif actuel et donc de s’impliquer autant que possible dans les institutions étatiques, au lieu de les combattre et de se placer dans une situation de composante marginale. Ce choix, rappellent les mêmes sources, le Hezbollah l’a fait depuis des années, lorsqu’il a décidé au début des années 90 de participer aux élections législatives et de se doter d’un bloc parlementaire, puis, à partir de 2005, après l’assassinat de Rafic Hariri et le retrait des troupes syriennes, de faire partie des gouvernements successifs du pays. L’objectif de départ était d’avoir une présence au sein des institutions de l’État pour pouvoir mieux protéger la « résistance », puis au fil des années, il est devenu un moyen de peser sur la prise des décisions de l’État et de ses institutions. Les sources proches du Hezbollah estiment ainsi que cette stratégie a porté ses fruits tout au long des années précédentes et elle a permis de préserver ce qu’elles appellent « la force de la résistance » en dépit des changements régionaux et internationaux et de leur impact sur les équilibres internes.

Aujourd’hui, expliquent les sources précitées, la situation est encore plus délicate et le Hezbollah a plus que jamais besoin de se doter de moyens de protection au sein du pouvoir. Il a bien sûr, dans une certaine mesure, l’appui du président de la Chambre et du mouvement Amal, mais le Hezbollah ne veut pas leur faire assumer seuls le poids de sa protection. C’est pourquoi il participe d’une manière indépendante au Parlement et au gouvernement et tient à établir des relations directes avec le chef de l’État et le Premier ministre.

Selon ses propres sources, le Hezbollah serait convaincu que, dans le cadre local, sa principale protection vient de ses partisans et ensuite de l’État et de ses institutions dont il fait partie. Son réseau d’alliances, qu’il avait mis des années à construire, a en effet montré ses limites sur fond de lutte entre des intérêts contradictoires. Même les incidents du 7 mai 2008, que certains continuent à lui reprocher aujourd’hui, étaient selon lui plus un déploiement de force qu’un coup militaire. En tout cas, le parti dit ne pas vouloir rééditer l’expérience de la démission de ses ministres du gouvernement (présidé par Fouad Siniora à l’époque). Il estime, dans le tableau actuel, que sa présence au gouvernement, même si ses ministres sont conciliants et évitent de créer des polémiques, est plus importante que l’adoption de positions de principe qui risqueraient de le faire chuter.

Ce souci ne relève pas tant de son attachement aux institutions que du fait qu’il ne dispose pas actuellement d’une alternative. Il voudrait donc, pour le moment, garder les institutions telles quelles, considérant qu’elles constituent une sorte de rempart protecteur à un moment de turbulences et de perturbations régionales et internationales. Ce qu’il souhaite le plus d’ailleurs, c’est que les élections législatives aient lieu à la date prévue pour maintenir son influence au Parlement et, par la suite, dans le futur gouvernement qui sera formé. Selon les sources précitées, le Hezbollah est conscient qu’il lutte actuellement pour sa survie et aussi étrange que cela puisse paraître, les institutions de l’Etat – l’armée et le gouvernement en tête – sont devenues ses principales planches de salut... Une contradiction de plus, dans un pays qui n’en manque pas.

Le gouvernement avait bien étudié le scénario de la hausse de la TVA et de la taxe sur les carburants en présence de la plupart de ses membres. Il s’agissait de faire l’annonce à une heure tardive pour atténuer les risques de protestation populaire en se disant qu’il sera toujours possible le lendemain de multiplier les contacts avec les différentes parties pour chercher à limiter l’expression de la colère des citoyens. Mais bien qu’étant conscient de prendre une décision impopulaire, le gouvernement savait aussi qu’aucune des parties qui le composent ne souhaite sa chute. Du côté des Forces libanaises, c’est devenu une tactique connue de faire passer les décisions au sein du gouvernement pour les critiquer par la suite. Par contre, l’élément nouveau, voire inattendu, c’est plutôt la position du...
commentaires (6)

“Du côté des Forces libanaises, c’est devenu une tactique connue de faire passer les décisions au sein du gouvernement pour les critiquer par la suite”. Même si leur politique de louvoiement n’est plus un secret. il est nécessaire de la mentionner quoique madame Haddad ne sera pas épargnée par les critiques acerbes de leurs partisans La promesse de Samir Geagea de faire baisser le dollar de 90.000 à 25.000 LL est la preuve irréfutable de badna w fina.

Hitti arlette

12 h 07, le 21 février 2026

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Commentaires (6)

  • “Du côté des Forces libanaises, c’est devenu une tactique connue de faire passer les décisions au sein du gouvernement pour les critiquer par la suite”. Même si leur politique de louvoiement n’est plus un secret. il est nécessaire de la mentionner quoique madame Haddad ne sera pas épargnée par les critiques acerbes de leurs partisans La promesse de Samir Geagea de faire baisser le dollar de 90.000 à 25.000 LL est la preuve irréfutable de badna w fina.

    Hitti arlette

    12 h 07, le 21 février 2026

  • Et oui l’Iran est presque fini ils sont des orphelins et il y aussi Israël qui ne cesse de les attaquer ils sont dans la m….

    Eleni Caridopoulou

    11 h 38, le 21 février 2026

  • je resume : la milice iranienne ne voudrait pas faire tomber le gouvernement ! pourquoi ? difficile d'en former un autre aussi gentil ?!

    L’acidulé

    10 h 20, le 21 février 2026

  • Le Hezbollah ne fait pas partie de l’Etat, ce que vous écrivez est une aberration. Certes les sympathisants du Hezbollah font partie du tissu de la société libanaise mais le Hezbollah est d’abord chiite, iranien et libanais par défaut. Son projet demeure la mainmise sur tous les rouages de l’Etat tout en conservant son rêve utopique de la transformation du Liban en république islamique. Tout le reste n’est que du bla bla

    Ras le bol

    09 h 43, le 21 février 2026

  • De plus en plus loufoque et délirant

    Ras le bol

    08 h 45, le 21 février 2026

  • L’Etat est bien devenu la seule planche de salut de la milice, et tout le monde le lui répète. On pourrait même dire que l’Etat veut la sauver elle et son public, malgré eux. Sortir du gouvernement alors qu’ils n’ont plus d’alliés veut dire rompre définitivement avec cet Etat que toute la planète appuie, ce qui n’est pas du tout son cas, loin de là. La milice n’a plus les moyens d’antan et le départ de wafic en est la preuve. Même elle le reconnaît sans le dire, et rester au sein du gouvernement c’est garder le seul toit qui lui reste.

    NG

    07 h 37, le 21 février 2026

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