L'expert libanais en numérique et en intelligence artificielle Bilal Kassassir. Photo Bilal Kassassir/Linkedin
Le 15 octobre dernier, les téléspectateurs de l'émission « Sabah al Arabiya » sur la chaîne saoudienne al-Arabiya pensaient assister à une intervention en visioconférence de l’expert libanais en intelligence artificielle Bilal Kassassir. L’animatrice commence à dialoguer avec lui en direct. L’échange est fluide, naturel et improvisé.
Tout à coup, l'expert fait son entrée dans le studio. Sur l'écran interposé, Bilal Kassassir est encore là. Ou plutôt son jumeau numérique généré par l’intelligence artificielle (IA). Ce dernier lance alors : « Bonjour à vous (à l’animatrice), à notre public et à Bilal numérique. » S’adressant à son jumeau IA, l’expert ajoute : « Bonjour, c’est le vrai Bilal depuis les studios d'al-Arabiya. » « Ah, bienvenue Bilal. Si tu es présent dans le studio, puis-je savoir pourquoi je suis également là avec toi ? » rétorque alors le jumeau numérique.
La séquence a constitué la première interaction documentée à la télévision entre un humain et son jumeau numérique généré par l’intelligence artificielle en temps réel. Presque quatre mois plus tard, celle-ci continue de faire parler d’elle sur les réseaux sociaux, notamment après sa reconnaissance officielle au niveau mondial. Le 19 décembre, l’Official World Record (OWR), une ONG basée à Barcelone qui vérifie et enregistre les records du monde, délivre à Bilal Kassassir un certificat attestant de cette prouesse. Après examen des preuves et procédures de vérification, l’organisation reconnaît qu’il s’agit de la première interaction documentée, en direct, à la télévision, entre une personne et son jumeau numérique généré par l’IA.
Une interaction 100 % en direct avec l’IA
Cet épisode, qui a fait parler de lui dans les cercles technologiques saoudiens, où le Libanais travaille depuis près de vingt ans, s'est répandu sur les réseaux à travers le monde après la certification de l'OWR.
Interrogé par L’Orient Today, l'expert affirme que l’expérience n’avait pas vocation à faire le buzz, mais à servir de test dans les conditions les plus exigeantes : un plateau de télévision en direct. Contrairement aux démonstrations préenregistrées ou aux segments montés, l’interaction du 15 octobre était intégralement diffusée en direct. Aucun texte n’était écrit à l’avance et aucune solution de secours n’avait été prévue.
Actif dans le secteur technologique du royaume depuis 18 ans, Bilal Kassassir dirige une société d’informatique et d’IA en Arabie saoudite. « Nous avons été parmi les premiers à introduire des solutions IA reconnues dans le royaume. C’est ce qui a attiré l’attention des médias », explique-t-il. Au fil des mois précédant l’émission, le Libanais intervient régulièrement sur al-Arabiya pour débattre d’intelligence artificielle et de transformation numérique. Son jumeau numérique, cependant, était initialement pensé pour un usage professionnel au quotidien. « L’idée existait, mais je n’avais pas envisagé de le faire à la télévision… » Puis il se demande : « Si je suis invité sur al-Arabiya, pourquoi ne pas envoyer mon jumeau numérique à ma place ? Cela a-t-il déjà été fait ? Nous avons convenu de garder le secret afin que l’épisode paraisse authentique. » Même l’animatrice n’en a pas été informée. « Je ne leur ai pas dit que je viendrais en personne, seulement que je participerais en direct via Zoom… Puis je suis entré sur le plateau », se rappelle-t-il.
Risques liés aux jumeaux IA
« La technologie du jumeau numérique existe, mais peu de gens l'ont vue à un tel niveau », explique-t-il. Le système repose sur une base de connaissance structurée et un modèle de personnalité configuré avec des limites de contenu strictes.
« On définit la personnalité, on spécifie la source des informations de la base de connaissance, on y intègre des restrictions : pas de politique, pas de religion, pas de sujets sensibles… Puis on affine jour après jour jusqu’à ce qu’il devienne votre double », détaille Bilal Kassassir. Le système s’intègre aux plateformes de travail, peut assister à des réunions, générer des comptes-rendus et extraire des enseignements. « Il s’intègre pour extraire des analyses des appels, il peut vous envoyer un email ou un message Teams résumant ce qui s’est passé pendant une réunion. »
Toutefois, les risques sont similaires à ceux associés à d’autres technologies, prévient l'expert. Il compare les jumeaux numériques « aux comptes sur les réseaux sociaux : une mauvaise gestion ou un piratage peut porter atteinte à la réputation. C’est pourquoi les données des jumeaux numériques doivent être dûment protégées contre les pirates informatiques. Peu d’entreprises développent ces doubles numériques et celles qui existent disposent de processus de validation rigoureux pour s’assurer que la personne qui crée le jumeau n’usurpe pas l’identité d’une autre ». Pour Bilal Kassassir, « la seule voie avec la technologie, c’est d’avancer : on peut la craindre ou l’adopter. Mais dans tous les cas, elle finira par nous rattraper. »




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Il n’a rien sans risque et on peut pas arrêter la science et les recherches. Si c’est pas toi c’est un autre qui prend la relève et te double.
12 h 19, le 16 février 2026