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Campus - Témoignages

Jongler entre fac, scène et danse : la vie intense des jeunes Mayyas

De jeunes Libanaises reviennent sur leur mode de vie en tant qu'étudiantes mais aussi que danseuses du célèbre groupe. Une vie qu'elles mènent tambour battant, conjuguant discipline, rigueur et détermination à tous les temps.

Jongler entre fac, scène et danse : la vie intense des jeunes Mayyas

Hanady Estephan. Photo Jean Pierre Amyouni

Entre ses études de master en littérature anglaise à l’Université Notre-Dame de Louaïzé (NDU), les cours d’anglais qu’elle donne tous les matins et ses répétitions de danse tard en soirée, la vie de Jana Obeid est une éternelle course contre la montre. « Être danseur professionnel demande bien plus que du talent : il faut une discipline exemplaire, une organisation sans faille et un emploi du temps géré au millimètre près », avoue cette jeune danseuse, qui admet ne pas connaître un moment de répit dans sa vie.

En 2018, elle participe pour la première fois au concours Arab Got Talent, connaît la griserie des premiers succès, mais également le prix de la fatigue pour y arriver. « Chaque semaine, nous voyagions dans un pays arabe différent. À l’époque, je préparais ma licence de littérature anglaise à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK). Mais comme nous étions plusieurs étudiantes à faire partie de Mayyas, l’université a été très compréhensive : elle nous permettait de passer les examens après notre retour de voyage, faisait abstraction de nos heures d’absence et demandait aux professeurs de nous envoyer les notes pour étudier pendant nos voyages. »

À la veille des grands spectacles, le rythme s’accentuait. « Plus de 20 heures d’entraînement par jour. C’était extrêmement fatigant. Je terminais tard mes entraînements, étudiais souvent après minuit, dormais peu, et retournais le lendemain à l’université », raconte Jana, avouant pourtant qu’elle n’a jamais pensé arrêter ce rythme. « Vivre ses passions, connaître ces instants exaltants sur scène, ce sont des moments inoubliables que très peu de personnes ont la chance de connaître », ajoute-t-elle.

Dania Honein. Photo Lilia Hajj
Dania Honein. Photo Lilia Hajj

Vivre au rythme de Mayyas pour tenir le coup

Lorsqu’elle se remémore sa vie passée entre ses études en 3D d’animation à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), les rendus de ses projets et ses entraînements intenses au sein du groupe Mayyas, Dania Honein, qui vient d’obtenir son diplôme, se rappelle les moments éprouvants qu’elle vivait lorsqu’elle était encore étudiante. « J’étais épuisée moralement autant que physiquement. Je faisais souvent des nuits blanches pour terminer mes projets à l’université et, le lendemain, je devais me lever tôt pour suivre mes entraînements. De plus, je voyais les autres danseuses progresser, vu qu’elles s’entraînaient pendant que j’étudiais. »

Deux mois avant la présentation d’American Got Talent, ses études en prennent un coup. « On s’entraînait plus de 20 heures par jour et dormions très peu. C’était la période de mes examens finaux. J’étais trop épuisée pour étudier. »

Son corps flanche. Elle craque et décide de quitter l’université pour se consacrer pleinement aux entraînements et participer à la compétition aux États-Unis. « Une décision que je ne regrette absolument pas, puisque j’ai pu participer à tous les événements (Beyoncé, AGT…) et me consacrer pleinement aux entraînements intensifs de la finale d’American Got Talent », avoue-t-elle. « J’ai compris que l’on ne peut pas devenir danseuse professionnelle si l’on ne donne pas sérieusement et pleinement de son temps. »

Un an plus tard, elle reprend l’université et décide de se remettre plus sérieusement à ses projets. « Certes, j’ai dû refuser certaines compétitions à Mayyas et diminuer mes heures d’entraînement, sans pour autant arrêter complètement mes deux passions : la danse et la création. Aujourd’hui, j’ai compris que pour tenir le coup, il faut apprendre à vivre avec le rythme imposé par Mayyas, à condition d’être très disciplinée, organisée et rigoureuse avec soi-même. »

Stéphanie Nougeaim et Vanessa Nougeaim. Photo Wafaa Chamoun
Stéphanie Nougeaim et Vanessa Nougeaim. Photo Wafaa Chamoun

Savoir gérer succès et vie normale

Pour Hanady Estephan, qui vient de terminer sa dernière année en architecture d’intérieur à la NDU, le plus dur ce n’est pas la fatigue physique à laquelle elles sont habituées vu les entraînements intensifs qu’elles mènent, mais bien plus « l’effort mental pour gérer les journées et anticiper chaque instant, sans avoir un moment de détente pour soi ». Perfectionniste dans l’âme, la jeune danseuse organise tous les matins sa journée entre la danse, ses études et ses heures d’entraînement à la minute près, sait d’avance ce qu’elle doit faire, et s’y attache avec une rigueur exemplaire pour arriver à mener ses deux passions dans sa vie : la danse et ses études en architecture. « Ce sont nos entraînements et la précision des mouvements qui nous ont appris cette discipline dans la vie », ajoute-t-elle, admettant que c’est également grâce à l’université, qui l’a beaucoup aidée, qu’elle a pu poursuivre ce rythme de vie.

« Lorsque je connaissais la date de mes voyages pour les représentations, j’avertissais l’université à l’avance : mes professeurs remettaient la date de mes examens et me permettaient de présenter le projet à mon retour de voyage. Et s’il y avait certains que je devais rendre d’urgence, je prenais mon ordinateur avec moi pendant mes voyages, je révisais mes cours après mes entraînements ou durant mes moments de répit et travaillais mes projets d’architecture malgré les journées intenses d’entraînements que l’on avait », raconte Hanadi.

« Mais le plus drôle dans cette vie que l’on mène, c’est le paradoxe entre les deux mondes dans lesquels nous évoluons : le succès et le triomphe lors de nos prestations, et le retour à une routine normale à l’université ou dans la vie professionnelle. Deux mondes totalement opposés qu’il faut savoir gérer en gardant la tête sur les épaules. »

Jana Obeid. Photo Roger Beaïny
Jana Obeid. Photo Roger Beaïny

La patience et la compréhension des autres, essentielles dans un groupe

À l’instar des autres danseuses, Vanessa Nougeaim jongle entre ses études de diététique et nutrition à la NDU, sa danse, ses entraînements rigoureux et sa vie sociale.

« C’est sûr qu’étudier et poursuivre ce rythme n’est pas du tout facile et surtout frustrant, » admet-elle. « Souvent, mes copines sortaient le soir après les entraînements. Moi, je restais étudier jusqu’au petit matin pour rendre mes projets. Mais c’était le prix à payer. Je ne voulais pas décevoir l’université et mes parents, qui ont cru en moi et m’ont permis de vivre pleinement ma passion. » La jeune danseuse admet que « la patience et la compréhension de l’autre sont des qualités essentielles pour réussir lorsqu’on fait partie d’un groupe ». « Nous sommes plus d’une trentaine de danseuses. Et bien que nous soyons comme une famille, il faut parfois accepter la faiblesse du moment de l’une ou de l’autre, les sautes d’humeur et les instants de lassitude », ajoute-t-elle.

Le plus dur pour elle ? « Le stress de gagner avant les grandes compétitions internationales, et surtout de montrer l’image de ce que le Liban pouvait donner. »

Stéphanie Nougeaim, également danseuse au sein de Mayyas comme sa sœur, admet que des qualités telles que « la persévérance, une extrême discipline, mais surtout une confiance en soi » sont essentielles pour réussir et surmonter toutes les difficultés. « C’est notre mère qui, depuis notre plus jeune âge, a développé en nous ce caractère rigoureux et discipliné, deux qualités essentielles pour suivre ce rythme et arriver si loin », avoue-t-elle en racontant ses journées qui débutent à 7 h du matin et se terminent à 22 h.

Dotée d’une énergie incroyable, Stéphanie enchaîne ses exercices physiques tôt le matin pour une mise en forme, les cours de danse et de yoga qu’elle donne dans le studio ouvert avec sa sœur Vanessa, ses entraînements en soirée avec Mayyas, et les études qu’elle poursuivait à la NDU en nutrition et diététique, alors qu’elle se préparait pour la présentation d’American Got Talent.

« Très souvent, nous ne dormions que trois heures par jour. Je devais réviser mes cours en ligne très tard le soir et poursuivre les entraînements, qui étaient excessivement intenses le lendemain. Heureusement, mes professeurs ont été très compréhensifs avec moi. Ils me permettaient de passer mes examens à mon retour. C’est cela qui m’a permis de poursuivre la danse en parallèle. »

Mais pour Stéphanie, « ce n’est pas l’effort physique durant les compétitions qui est le plus dur, mais la mémorisation et la synchronisation des mouvements toutes ensemble. Très souvent, nous sommes collées les unes aux autres en une même ligne. Et pour celles qui sont claustrophobes ou qui ont besoin d’espace pour bouger, cela est excessivement contraignant. Il est donc très important d’être patient, discipliné et d’avoir un esprit de groupe pour surmonter ces difficultés et faire partie d’un groupe aussi professionnel que Mayyas. C’est cela le secret de notre réussite ».

Entre ses études de master en littérature anglaise à l’Université Notre-Dame de Louaïzé (NDU), les cours d’anglais qu’elle donne tous les matins et ses répétitions de danse tard en soirée, la vie de Jana Obeid est une éternelle course contre la montre. « Être danseur professionnel demande bien plus que du talent : il faut une discipline exemplaire, une organisation sans faille et un emploi du temps géré au millimètre près », avoue cette jeune danseuse, qui admet ne pas connaître un moment de répit dans sa vie.En 2018, elle participe pour la première fois au concours Arab Got Talent, connaît la griserie des premiers succès, mais également le prix de la fatigue pour y arriver. « Chaque semaine, nous voyagions dans un pays arabe différent. À l’époque, je préparais ma licence de littérature anglaise à...
commentaires (4)

Bravo à elles et bon courage

LE FRANCOPHONE

14 h 38, le 12 février 2026

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Commentaires (4)

  • Bravo à elles et bon courage

    LE FRANCOPHONE

    14 h 38, le 12 février 2026

  • Bravo. Parlant de culture. @ M. le Ministre Salameh, il y a aussi la danse, la choregraphie, le ballet.

    Moi

    14 h 12, le 12 février 2026

  • Vos chorégraphies sont incroyables . Je n'ose imaginer les heures et les jours de travail pour arriver à cette perfection. Mille Bravos !

    KHL V.

    12 h 58, le 12 février 2026

  • Elles sont magnifiques toutes ces jeunes filles. Travailleuses et belles. Leur spectacle est absolument époustouflant. Bravoooo à elles et bravo au chorégraphe de Mayyas, un vrai génie

    Khoury-Haddad Viviane

    07 h 27, le 12 février 2026

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