Vue sur Hebbariyé, village du Arkoub, au Liban-Sud. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
L'armée israélienne s'est infiltrée vers 2h dans la nuit de dimanche à lundi dans le village de Hebbariyé, dans le secteur est de la frontière au Liban-Sud, et a enlevé un responsable de la Jamaa Islamiya, Atoui Atoui.
Selon les informations de notre correspondant dans le Sud, Mountasser Abdallah, et d'habitants, une vingtaine de soldats d'unités d'infanterie de l'armée israélienne sont entrés à pied dans ce village de la région du Arkoub. Ils ont pris d’assaut la maison de M. Atoui, ont agressé physiquement sa famille et l'ont enlevé en Israël. Dans la matinée, l'armée libanaise s'est rendue sur les lieux pour inspecter le domicile de la famille Atoui, afin de s'assurer que les Israéliens n'ont pas piégé le bâtiment.
Transfert « pour interrogatoire » en Israël
L'armée israélienne a revendiqué cet enlèvement mené par « les forces de la division 210 », selon un communiqué sur X de la porte-parole arabophone, Ella Waouia. Elle a indiqué que l'opération visait un « important élément terroriste » de la Jamaa Islamiya qui a « été transféré en Israël pour y être interrogé ». Selon l'armée, « des moyens de combat ont également été découverts à l’intérieur du bâtiment » dont a été enlevé M. Atoui. Elle a encore accusé ce dernier d'avoir mené, pendant la guerre (octobre 2023 - novembre 2024) et « jusqu'à ces derniers jours » des « activités terroristes contre l’État d’Israël et ses citoyens sur le front nord. »
Le Premier ministre Nawaf Salam a condamné « avec la plus grande fermeté » le rapt, qualifiant l’incursion israélienne « d’atteinte flagrante à la souveraineté du Liban, d’une violation de la déclaration de cessez-le-feu et d’une transgression du droit international », selon un communiqué publié sur le compte X du Grand Sérail. Il a ajouté avoir « chargé le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, d’intervenir immédiatement et de suivre ce dossier auprès des Nations unies ». Il a également renouvelé l’appel à la libération de tous les prisonniers libanais, parmi lesquels figurent neuf civils, détenus dans les prisons israéliennes dans les plus brefs délais.
Le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, a quant à lui dénoncé « l’enlèvement du citoyen Atoui Atoui par les forces israéliennes », affirmant que « cette escalade est inacceptable sous toutes ses formes et constitue une atteinte flagrante à la souveraineté et à la sécurité ». Il a réitéré son appel à la « libération de tous les détenus libanais emprisonnés par Israël ». Dans une allocution prononcée en milieu d'après-midi, le chef du Hezbollah Naïm Kassem a considéré que ce type d’action « vise à accroître la pression et à éliminer toute présence, toute force ou toute voix qui dit non à Israël ou qui pourrait contribuer à la renaissance du Liban ».
La Jamaa Islamiya est un parti libanais qui dispose, à l'instar du Hezbollah mais dans une moindre mesure, de combattants armés. Il est proche du Hamas et de l'axe de la résistance et est issu, comme le mouvement palestinien, de la confrérie internationale des Frères musulmans. La Jamaa, représentée au Parlement libanais par le député Imad el-Hout, a été visée à de nombreuses reprises par Israël pendant la guerre. Un responsable, également de la famille Atoui, avait ainsi été tué dans une frappe ciblée dans le Mont-Liban en avril dernier, tandis que, pendant la guerre entre Israël et le Hezbollah, en avril 2024, une frappe avait tué une dizaine de secouristes d'une organisation liée au mouvement à Hebbariyé. La Jamaa Islamiya et son chef, Mohammad Takouch, ont été sanctionnés, avec les Frères musulmans, mi janvier, par les États-Unis.
Un timing qui interroge la Jamaa Islamiya
Le groupe a condamné le rapt de Atoui Atoui. Elle a dénoncé une infiltration de l'armée israélienne qu'elle tient pour « pleinement responsable de tout préjudice qui pourrait être causé » à son responsable pour la region de Hasbaya-Marjeyoun et affirme que cet acte « s’inscrit dans une série continue de violations quotidiennes et d’agressions barbares contre la souveraineté » libanaise. La Jamaa s'interroge en outre sur le timing de ce kidnapping, au lendemain de la visite de Nawaf Salam au Liban-Sud, et notamment dans le Arkoub. Elle estime encore qu’Israël veut « intimider les habitants afin de les pousser à quitter leurs villages et leurs terres » et appelle les autorités à faire pression sur la communauté internationale afin de faire libérer Atoui Atoui et les autres détenus libanais en Israël. Vingt Libanais sont actuellement dans les geôles israéliennes, après avoir été enlevés pendant la guerre et après le cessez-le-feu de novembre 2024. Neuf d'entre eux sont des civils.
La municipalité de Hebbariyé a également condamné l'enlèvement, un « acte (...) et une atteinte flagrante à la souveraineté, à la sécurité et à la stabilité » du Liban, ainsi qu’une « violation manifeste de l’inviolabilité des domiciles et de la dignité des citoyens. » Elle a encore appelé l'État à « garantir la protection des citoyens ». La municipalité de Kfarchouba en a fait de même dans un communiqué distinct, demandant aux autorités libanaises d’obtenir la libération de Atoui Atoui.
Les infiltrations israéliennes au Liban sont courantes malgré l'accord de trêve. Ce dernier prévoit un retrait total de l'armée israélienne du Liban-Sud, mais celle-ci continue d'occuper au moins six positions dans la zone. Elle continue également de bombarder régulièrement plusieurs régions, disant y viser le Hezbollah, qui refuse de rendre les armes dans tout le pays, comme le prévoit l'accord de cessez-le-feu.


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Bon débarras, si eux ne savent pas pourquoi ils l’ont enlevé, lui le sait, et finira par le reconnaître.
15 h 25, le 09 février 2026