Des habitants et secouristes rassemblés dans les décombres d'un bâtiment qui s'est effondré à Bab el-Tébbané, le 8 février 2026. Photo relayée par Michel Hallak
Après une longue nuit d’opérations de recherches et de secours dans les décombres de l’immeuble qui s’est effondré dimanche dans le quartier de Bab el-Tebbané à Tripoli, le bilan de ce nouveau drame s'est alourdi à 14 morts, a annoncé la Défense civile, dont le directeur, le général de brigade Imad Khreich, a déclaré lundi matin la fin des recherches.
Toute la nuit, des équipes de la Défense civile, de la Croix-Rouge libanaise et du Haut comité de secours, composées de volontaires de toutes les régions, se sont activées sur place à la recherche de survivants.
En plus des 14 personnes décédées, huit personnes ont été retrouvées vivantes et hospitalisées, dans ce nouveau drame, qui vient prolonger une série noire commencée au début de l’année. Les signes annonciateurs étaient déjà visibles dans la deuxième ville du pays, où l’urbanisme et les infrastructures nécessitent des rénovations depuis des années.
Il s’agit du deuxième effondrement meurtrier en l'espace de quelques jours, après celui d’un autre immeuble dans le quartier de Kobbé fin janvier. Au début du même mois, deux autres immeubles s’étaient effondrés dans la ville sans faire de victimes. Des appels à évacuer d’autres bâtiments fragilisés ou présentant des fissures ont également été lancés, et il n’est pour l’instant pas clair pourquoi le bâtiment de Bab el-Tebbané n’avait pas été évacué avant son effondrement. L’immeuble adjacent, lui, a été évacué depuis hier.
Cet effondrement survient quelques jours seulement après l'évacuation vendredi soir des habitants d'un immeuble de quatre étages situé à proximité, dans le quartier de Dahr al-Maghr, à la suite de craquements dans les fondations du rez-de-chaussée. L'immeuble évacué se trouve en face d'un bâtiment qui s'est effondré le 7 janvier dernier. Selon le dernier recensement municipal de 2024, environ 105 bâtiments encore habités présentent un risque immédiat d’effondrement et nécessitent une évacuation. Mais pour d’autres observateurs, ce nombre serait en réalité beaucoup plus important.
La colère des Tripolitains et démission de Karimé
Selon notre correspondant au Liban-Nord, Michel Hallak, cette nouvelle catastrophe a provoqué la colère des Tripolitains, qui dénoncent la négligence de l’État à leur égard. Des manifestations et des défilés de deux-roues ont eu lieu dans la nuit, avec des sit-in organisés devant les domiciles de responsables politiques de la ville. Les manifestants les ont exhortés à la solidarité et à déclarer l’état d’urgence pour régler la question de la vétusté des immeubles et des risques que pose ce phénomène.
Le président de la municipalité de Tripoli, Abdel Hamid Karimé, a quant à lui annoncé dimanche soir avoir remis sa démission dans les mains du ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, considérant que la ville est « sinistrée » et que la municipalité n’a pas les moyens de faire face aux risques posés par le nombre très élevé de bâtiments fissurés.
Notre correspondant a indiqué que des funérailles distinctes étaient organisées pour chacun des défunts, selon les premiers faire-parts déjà partagés par les familles. Il ajoute qu'à Bab el-Tabbané, les habitants redoutent l’effondrement d’un complexe résidentiel, certains ont quitté leurs logements pour s’installer dans la rue, tandis que d’autres ont choisi d’y rester.
Cette tragédie humaine et le mécontentement qu’elle génère ont contraint la classe politique à réagir. Sur le compte X de la présidence, Joseph Aoun a affirmé « suivre les développements » et a demandé aux secouristes de tout le pays de se mobiliser pour aider aux opérations de secours et d’assurer des abris pour les personnes évacuées de la zone.
S’exprimant depuis le palais de Baabda lundi matin, le chef de l’État a estimé que « les autorités concernées auraient dû prendre les mesures préventives nécessaires pour éviter ces drames et la mort d’innocents », dont des enfants, et a affirmé sa solidarité avec les familles des victimes. Depuis la cathédrale St-Georges où était célébré une messe en l'honneur de Saint-Maron, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a fait écho à ses propos, assurant que le gouvernement n’oubliera pas les victimes de cette catastrophe.
Prise en charge par le ministère de la Santé
Le Premier ministre, Nawaf Salam, a affirmé avoir demandé au président du Haut comité de secours et au responsable de l’unité des catastrophes à la présidence du Conseil des ministres de coordonner les opérations sur place. « J’ai également appelé le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, afin de mobiliser toutes les capacités de l’État pour faire face aux conséquences de cette catastrophe humanitaire », a-t-il ajouté. Dans un message sur X, Rakan Nassereddine a annoncé que les blessés de Bab el-Tebbané seront entièrement pris en charge par le ministère.
« Le gouvernement est prêt à assurer des solutions d’hébergement pour tous les habitants des immeubles à évacuer et à fournir les fonds nécessaires pour renforcer immédiatement les bâtiments concernés, conformément à ce qui a été convenu lors de la réunion au Grand Sérail il y a deux semaines », a encore rappelé le Premier ministre, ajoutant qu’il incombait aux autorités locales de recenser les bâtiments à risque. Il a également appelé « tous les acteurs politiques, à Tripoli comme ailleurs, à s’abstenir d'exploiter ce drame à des fins politiques. Selon notre correspondant, aucun lieu n'a encore été aménagé pour accueillir les habitants évacués. La direction du port de Tripoli a affirmé dans un communiqué qu’elle était prête à apporter des solutions aux personnes évacuées.
Le président du Parlement, Nabih Berry, a, de son côté, appelé à faire du dossier des immeubles de Tripoli une « question éminemment nationale ». Dans un message publié sur X, l’ambassade de France au Liban a aussi exprimé sa solidarité avec le Liban et les victimes.
Rifi menace de démissionner
Une délégation religieuse, composée du mufti de Tripoli et du Nord, Mohammad Imam, de l’archevêque de l’archidiocèse maronite de Tripoli, Mgr Youssef Soueif, et du nonce apostolique Mgr Paolo Borgia, s’est rendue sur le site et a demandé aux dirigeants la création d’un « conseil spécial pour Tripoli et le Nord, doté des prérogatives nécessaires pour prendre des décisions rapides et efficaces, afin de lever la privation chronique dont souffre la région et de traiter les crises ».
Le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a dénoncé dimanche sur X une « catastrophe nationale majeure », « résultat de décennies d’erreurs cumulées et de négligence ». « Cela nous impose aujourd’hui, à tous, de soutenir le gouvernement afin qu’il prenne l’ensemble des mesures nécessaires, pour éviter — Dieu nous en préserve — de nous réveiller demain face à une nouvelle tragédie », a-t-il ajouté.
Le député tripolitain Achraf Rifi, qui a abordé ce sujet dans les médias à de nombreuses reprises, a estimé, dans un entretien accordé à la MTV dimanche, que « l’état d’urgence doit être déclaré » dans la ville. « Le minimum serait de présenter notre démission du Parlement si nous ne parvenons pas à résoudre ces problèmes à Tripoli », a-t-il ajouté. On ignore encore si le député compte mettre à exécution sa déclaration.
L'ancien Premier ministre Nagib Mikati, lui-même originaire de Tripoli, a appelé sur X « à charger la municipalité de la ville d’obliger les propriétaires à réparer et à consolider les immeubles à risque au plus vite ». « Si les propriétaires ne peuvent financer les travaux, l’État doit intervenir, allouer des fonds pour consolider les immeubles et inscrire des hypothèques pour en empêcher la vente. Un logement provisoire doit aussi être fourni aux habitants pendant les travaux », a-t-il encore réclamé. Le milliardaire est régulièrement critiqué par une partie des habitants de la ville pour son manque d’investissement personnel, qui contraste avec ses prises de position publiques.
L’Uléma chiite Ali Fadlallah a enfin appelé l’État à agir, tout en mettant en garde contre l’utilisation de cette tragédie à des fins politiques pour obtenir des gains personnels ou électoraux. Dans une allocution prononcée dans l'après-midi, le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a également comenté le drame.
Cet effondrement survient quelques jours seulement après l'évacuation vendredi soir des habitants d'un immeuble de quatre étages situé à proximité, dans le quartier de Dahr al-Maghr, suite à des craquements dans les fondations du rez-de-chaussée. L'immeuble évacué se trouve en face d'un bâtiment qui s'est effondré le 7 janvier dernier. Fin janvier, deux autres immeubles du quartier avaient été évacués et un autre avait fait l'objet d'une inspection. Plusieurs immeubles du quartier pauvre de Kobbé, à Tripoli, se sont effondrés depuis le début de l'hiver, principalement en raison de la négligence et du manque d'entretien. Le mois dernier, un père et sa fille ont trouvé la mort dans un incident similaire qui avait fait la Une au Liban. Les autorités ont maintes fois mis en garde contre le risque croissant d'effondrements à Tripoli, la ville la plus pauvre du Liban, où les infrastructures se sont fortement dégradées dans un contexte de pénurie chronique de financements.



Dans notre pays il ne faut surtout pas être pauvre, c’est un crime de l’être. La sentance est terrible, pas de soins médicaux et pas de toit solide, même le pain est interdit parfois. Pourtant dans ce même pays, certains ont fait des milliards. Comment ? Les déposants vous le diront ! La justice sociale n’est pas un vain mot et la vie d’un pauvre est aussi précieuse que celle d’un riche. Commencez par récupérer l’argent volé et il y aura de l’argent pour aider les démunis. Tout le monde se portra mieux. Même nos pauvres.
06 h 07, le 10 février 2026