Les membres du gouvernement entourant le chef de l'État Joseph Aoun et le président du Parlement Nabih Berri. Photo AFP/Montage L'OLJ
Au Liban, dire du bien d’un ministre se fait parfois à voix basse, presque comme un aveu. Avoir envie de l’inviter à dîner, de l’écouter parler sans lever les yeux au ciel ou simplement de se dire qu’on peut encore lui accorder un peu de temps tient déjà du petit miracle civique. C’est à cet endroit-là – celui des impressions, des réflexes, parfois des contradictions – que nous avons choisi de regarder le gouvernement de Nawaf Salam, un an après sa formation.
Pas de graphiques compliqués ni de bilans technocratiques ici. Juste une cote d'amour assumée, nourrie de ressentis, de petites phrases, de ce que les ministres laissent derrière eux quand on éteint la télévision ou qu’on ferme le journal.
Une fois le sondage lancé, nous avons laissé faire ce que les Libanais savent très bien faire : juger, nuancer, commenter. Avec bienveillance, certes, mais aussi parfois avec une ironie bien affûtée et, souvent malheureusement, avec un sens aigu de l’appartenance à un parti politique. L’objectif n’était pas de mesurer des politiques publiques, mais de capter un climat, une impression générale. Nous avons donc posé des questions simples, presque familières : qui inspire la sympathie, avec qui on partagerait volontiers un dîner, qui donne le sentiment de travailler vraiment, qui surprend, qui peut encore parler sans lasser, qui paraît crédible quand il promet de « s’en occuper » et, au fond, lequel mérite qu’on lui accorde encore un peu de temps.
Premier constat, sans grand suspense : trois noms dominent très nettement.
Adel Nassar, ministre de la Justice, Joe Raggi, ministre des Affaires étrangères, et Fayez Rassamny, ministre des Travaux publics reviennent partout. Sympathie, intelligence perçue, crédibilité, envie de les écouter, et même de les garder encore un peu.
Adel Nassar met presque tout le monde d’accord. On le décrit comme « brillant, intègre et sympathique », « le plus sérieux, le plus juste, le moins hautain ». Les répondants parlent d’un ministre qui « fait ses preuves », qui « complète ses promesses » et qui remet « un ministère critique sur les rails ».
Côté sympathie pure, Joe Raggi est cité parmi les favoris. On salue un ministre « pragmatique et super honnête », qui « dit les choses telles qu’elles sont », qui « n’a pas froid aux yeux ». Dans un pays saturé de formules prudentes et de discours contournés, ce franc-parler crée un attachement presque affectif. Être ministre des Affaires étrangères et parler clair : visiblement, ça marque.
D’ailleurs, la question du dîner mérite qu’on s’y attarde un instant. Car ici, pas de grand vainqueur écrasant, mais une table presque complète. Adel Nassar arrive très légèrement en tête, suivi de très près par Nawaf Salam et Joe Raggi, avec Ghassan Salamé juste derrière. Quatre profils, quatre styles, presque à égalité. On imagine sans peine la scène : un dîner efficace et bien tenu avec Adel Nassar, une soirée sobre et rassurante avec Nawaf Salam, une table animée et sans langue de bois avec Joe Raggi et, pour compléter, Ghassan Salamé apportant conversation dense, références bien placées et cette capacité rare à parler longtemps sans fatiguer personne.
Autre enseignement très net : le concret a meilleure presse que les grandes promesses.
Le cas de Fayez Rassamny, ministre des Travaux publics et des Transports, est emblématique. Il figure parmi les ministres jugés les plus travailleurs et les plus crédibles. Les commentaires évoquent « des actions réelles », « pas clientélistes », « de petites améliorations tangibles malgré le manque de fonds ». Rien de spectaculaire, mais suffisamment visible pour être remarqué. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, sur la plateforme L'Orient Today – où le sondage a été mené en anglais –, Fayez Rassamny ressort largement gagnant toutes catégories confondues. Les routes réparées, manifestement, parlent toutes les langues.
Dans un registre voisin, Yassine Jaber, ministre des Finances, est clairement rangé parmi les ministres respectés. Peu de chaleur, peu d’enthousiasme, mais une reconnaissance nette de son travail. « Expérience, diplomatie, efficacité », résument les répondants. « Il sait ce qu’il fait. » Aux Finances, l’affection est facultative ; la maîtrise des dossiers est indispensable.
Salam, un « homme d'État »
La position du Premier ministre, Nawaf Salam, reste plus nuancée. Il n’est peut-être pas le plus cité, mais il est presque toujours là. On le décrit comme « le plus éduqué et responsable », un « homme d’État » animé par le service public. Les résultats tardent ? Oui. Mais beaucoup ajoutent, presque avec indulgence : il faut du temps au temps. Nawaf Salam attire la sympathie, mais incarne moins l’émotion que la patience raisonnée.
Une autre question du sondage est particulièrement révélatrice : qui peut parler cinq minutes de plus sans qu’on lève les yeux au ciel ?
Les réponses sont limpides. Adel Nassar, Joe Raggi et Ghassan Salamé dominent. Ghassan Salamé est décrit comme « sérieux, charismatique, intègre », « celui qui parle avec le plus de clarté ». Une lectrice précise même : « Je suis une citoyenne laïque, et il place la liberté de conscience et la raison au cœur de ses engagements. »
D’autres ministres apparaissent de manière plus discrète, mais révélatrice.
Laura el-Khazen Lahoud, ministre du Tourisme, est souvent citée pour sa sympathie et son accessibilité. Une présence appréciée, sans tapage, qui donne envie de l’inviter à dîner. Pas encore un engouement massif, plutôt une curiosité bienveillante.
Rakan Nassereddine, ministre de la Santé, occupe une place à part. Peu classé, mais souvent évoqué avec une pointe d’affection. « Connu pour son sens de l’humour », notent certains. Pour son travail assidu, remarquent d’autres. D’autres, encore, disent leur déception face au gouvernement, tout en exprimant un souhait clair : le retour du ministre de la Santé. Comme si, au milieu du désenchantement, subsistait encore un attachement humain.
Les commentaires libres complètent le tableau. Ils oscillent entre lucidité et lassitude, mais sans colère généralisée. « Bonne équipe, mais il faut leur donner les moyens », écrit l’un. « C’est l’administration qui doit rester, pas la personne », rappelle un autre. Certains sont plus sévères, d’autres plus patients. Mais une idée revient souvent : ce gouvernement est composé de « bons éléments », « éduqués », « qualifiés ». Une victoire modeste mais réelle, pour la méritocratie.
Sur le fond, cette cote d’amour ne dit pas que tout va bien. Elle dit quelque chose de plus simple, et peut-être plus précieux : ce gouvernement n’est ni adulé ni rejeté. Il est observé. Calmement. Avec un sourire parfois ironique. Et un carnet de notes toujours ouvert.


Ça en bouche un coin a certains qu'un ministre des FL soit bien vu par le peuple surtout qu'il a redoré le blason de la diplomatie Libanaise a l'internationale. Au courant de cette année ils vont aussi aimer Saddi lorsqu'ils tâterons de première main les progrès réalisées. C'est pour l'instant impalpable mais ce le sera bientôt! Pour clore les FL sont le Liban et sans eux et leurs sacrifices il ne serait plus depuis longtemps. La sécurité et la pérennité de notre pays repose en des gens comme eux ... plait il ou pas!
09 h 57, le 10 février 2026