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Culture - Littérature

« L’anniversaire » d’Andrea Bajani paraît en arabe : le patriarcat comme miroir culturel

« La dernière visite », traduction en arabe du roman de l'auteur italien majeur et récipiendaire du prix Premio Strega, a donné lieu à un débat au musée Sursock, avec Charif Majdalani, Nanette Ziadé et le traducteur Najm Bou Fadel.

« L’anniversaire » d’Andrea Bajani paraît en arabe : le patriarcat comme miroir culturel

À l’invitation de l’Institut culturel italien et en présence de l’ambassadeur d’Italie Fabrizio Marcelli, une table ronde sur l'œuvre d'Andréa Bajani. Photo Karim Makouk

Une boutade des années 1960-1970 résumait la dynamique intellectuelle du monde arabe en un triple aphorisme : « L’Égypte écrit, le Liban imprime et l’Irak lit. ». Cette belle complémentarité éclipsait cependant le rôle du Liban dans la production d’œuvres littéraires majeures, mais surtout ce pays étant connu pour son multilinguisme, son rôle dans la traduction et la transmission des œuvres de l’arabe à d’autres langues. Et c’est cette dimension indispensable que promeut l’Institut culturel italien à travers l’initiative de son directeur, le Dr Angelo Gioè, de soutenir la traduction en arabe de L’anniversaire d’Andrea Bajani.

Né à Rome en 1975, Andrea Bajani est une des grandes figures de la littérature italienne contemporaine. L’anniversaire est son cinquième roman. Centrée sur les thèmes de la famille et de la culpabilité, récurrents chez Bajani, cette œuvre a été récompensée en 2025 du prix Premio Strega, l’un des prix littéraires les plus prestigieux d’Italie. C’est une traduction fluide, empathique, mettant en avant les valeurs et contraintes communes entre le Liban – la Méditerranée arabe en général – et l’Italie, qu’en livre avec brio Najm Bou Fadel, professeur de philosophie à l’Université libanaise. La traduction de ce roman court, de 160 pages, publié en arabe par Dar al-Saqi, a constitué pour Bou Fadel un défi à plusieurs égards. Il en a fait part lors d’une conférence, le 5 février, au musée Sursock, à l’invitation de l’Institut culturel italien et en présence de l’ambassadeur d’Italie Fabrizio Marcelli, le réunissant avec l’écrivain Charif Majdalani, sous la modération de la journaliste et collaboratrice à L'Orient-Le Jour Nanette Ziadé.

Le traducteur Najm Bou Fadel, Nanette Ziadé et Charif Majdalani lors de la table ronde sur l'oeuvre d'Andréa Bajani au musée Sursock. Photo Karim Makouk
Le traducteur Najm Bou Fadel, Nanette Ziadé et Charif Majdalani lors de la table ronde sur l'oeuvre d'Andréa Bajani au musée Sursock. Photo Karim Makouk


Le père abuse de son rôle dominant

Le titre, L’anniversaire , a été traduit en arabe par La dernière visite. Ce choix a été déterminé par le fait que l’anniversaire dont il est question dans la version originale du roman est précisément la commémoration du départ –voire de la désertion – du narrateur de son domicile familial dix ans plus tôt. Il sera parti sans se retourner, sans laisser de trace, presque sans jamais communiquer avec ceux qui furent les siens. « Glaçant », a commenté Charif Majdalani pour décrire cette écriture blanche et froide sur un récit du patriarcat ordinaire, structure familiale qui met en avant le rôle effacé d’une mère qui semble se complaire dans une situation de victime contre laquelle elle ne se rebelle jamais. Plus la mère s’efface, plus le père abuse de son rôle dominant. Dans cette tension dont le narrateur et sa sœur souffrent forcément, des partis doivent être pris. Inexplicablement, le narrateur prend celui du père avant de quitter définitivement la maison, laissant la mère à son long effacement, à son exclusion quasi volontaire. « Fuir représente les deux tiers du courage », dit un dicton levantin, ce qui oriente la discussion, en l’occurrence, sur le courage de fuir. Le narrateur part-il pour sauver sa propre peau ? Pour désamorcer la violence du père, consolidée par le parti pris du fils ? Part-il pour sauver d’elle-même cette mère insauvable ? Pour arrêter lui-même d’assister à cette violence normalisée, quitter la salle avec le faible espoir que le spectacle s’arrête ? Comment expliquer cette relation toxique ? Est-elle alimentée par la passivité, presque le consentement de la mère ? Résulte-t-elle de ce modèle patriarcal qui fait le tour de la Méditerranée sans que nul, en particulier les femmes qui en sont victimes, ne trouve à y redire ?


L’usage du duel et autres difficultés

C’est en particulier cet effet de miroir qu’offrait le directeur de l’IIC Angleo Gioè au public libanais, provoquant volontairement un débat sur cette culture commune avec l’Italie, fondée sur le patriarcat et l’autorité paternelle, modèle politique issu de la tradition familiale. Najm Bou Fadel s’est basé sur la formule d’Umberto Eco selon lequel la traduction est une « négociation », « un processus de médiation culturelle plutôt qu'une simple substitution mot à mot ». Cette négociation avec le texte de Bajani s’est heurtée à mille écueils, notamment la lourdeur imposée par l’usage du duel, pronom qui relie en arabe deux entités. Ainsi, le mot « parents », réunissant deux personnes, ne peut être en arabe un sujet pluriel. L’usage du duel, ici, révèle à travers la langue l’unicité du duel et livre peut-être, dans le passage de l’italien à l’arabe, une clé du texte. Entre ce genre d’acquis et quelques déperditions et impossibilités de traduction telles que les mots d’argot et autres spécificités culturelles propres à l’auteur, le texte s’enrichit et se transforme, crée du lien entre les cutures et tisse des trames universelles. Un acte dont l’Institut culturel italien au Liban participe pleinement en lançant, en arabe, l’une des premières traductions de cet ouvrage marquant.


Al-Ziara al-akhira (La dernière visite), Andrea Bajani, traduction de Najm Bou Fadel, 160p. éditions Dar al-Saqi, 2025

Une boutade des années 1960-1970 résumait la dynamique intellectuelle du monde arabe en un triple aphorisme : « L’Égypte écrit, le Liban imprime et l’Irak lit. ». Cette belle complémentarité éclipsait cependant le rôle du Liban dans la production d’œuvres littéraires majeures, mais surtout ce pays étant connu pour son multilinguisme, son rôle dans la traduction et la transmission des œuvres de l’arabe à d’autres langues. Et c’est cette dimension indispensable que promeut l’Institut culturel italien à travers l’initiative de son directeur, le Dr Angelo Gioè, de soutenir la traduction en arabe de L’anniversaire d’Andrea Bajani.Né à Rome en 1975, Andrea Bajani est une des grandes figures de la littérature italienne contemporaine. L’anniversaire est son cinquième roman. Centrée sur les thèmes de...
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