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Judéité et chrétienté : risques d’un drame qui se renouvelle

Judéité et chrétienté : risques d’un drame qui se renouvelle

Judéité et Chrétienté. Se relever de la libido d’appartenance de Paul Saadé, Dergham, 2025, 336 p.

Dans son essai Judéité et Chrétienté. Se relever de la libido d’appartenance, Paul Saadé s.j. met le point sur la gravité du « théologico-politique » qui refait peur au XXIe siècle après que la modernité politique, libérale et laïque, a cru qu’elle s’est dégagée du passé religieux. Se référant uniquement à la Bible, par le biais d’une approche anthropologique, philosophique et psychanalytique, Saadé vise l’universel à partir du particulier aux pays du Levant comme en Europe, pour aborder la problématique du « temps apocalyptique d’aujourd’hui » marqué par le retour sur scène du « religieux violent », sujet ancien qui se relance.

Or, pour l’écrivain, « relier le chaînon historique essentiel manquant, celui du monothéisme juif sur lequel se sont greffées les branches de la chrétienté, est salutaire ». Pour lui, quand le chrétien ne sait pas d’où il provient, il ne sait pas s’orienter et il perd son Orient, surtout s’il s’aventure à se substituer à l’autre, juif ou musulman.

En ce premier quart de siècle, nous vivons une nouvelle conjoncture : deux religions ont en commun dans leur différence la tradition biblique ; en son cœur, se trouve l’avènement du Messie, qui fait toute la dramaturgie biblique juive et chrétienne.

Selon Saadé, il faut partir des années 1860 pour voir le début du passage de la question juive à un « problème arabe » et le passage du judaïsme au politique et au nationalisme juif appelé le sionisme qui inventa une langue et un territoire en Palestine.

Le bibliste Jean-Michel Poffet dit : « Tout dialogue qui ne prendrait pas en compte les données concrètes du problème sera superficiel et injuste, mais tout dialogue qui ne respecterait pas le “mystère d’Israël” est infidèle à nos Écritures. » Dans cette lignée s’intègrent Vatican II et les années 1960 qui renoncèrent à la théologie dite de la « substitution ». Pour faire bref, Paul Saadé scrute les sources de la haine antijuive commune dans la croyance à « l’Élection d’Israël ». Ce « privilège » est envisagé en effet comme une préférence exclusive accordée à l’un des fils au détriment de ses frères, chrétiens ou musulmans.

Et qu’en est-il des chrétiens d’Orient ? Selon Paul Saadé, Jésus ne veut pas de chrétiens en état de cadavre, mais des chrétiens qui pensent la mort, la vie, la vocation, la Vérité au prisme de sa Résurrection telle qu’elle est écrite dans l’expérience de la foi vécue dans la temporalité du Dieu biblique. Or, se demande l’écrivain, au nom de quoi est née l’opposition chez les chrétiens d’Orient à la religion juive qui englobe très souvent le peuple juif, même lorsqu’il s’agit de Juifs entièrement sortis de la religion ? Il en déduit que les conditions historiques ont produit la haine de soi, une haine qui explique l’antijudaïsme, à travers l’image de ce que le soi-même aurait dû être ; donc il est temps de se réconcilier avec soi-même et avec la modernité de Bagdad et Damas jusqu’au Caire et le Mont-Liban.

Pour le Liban, au sens suprapolitique transcendant l’actuel, Jérusalem et Damas sont à placer dans une articulation autour de l’axe d’une « route droite ». Prendre « la route droite » est un risque, mais seul le risque est capable d’orientation : « Reviens, reviens… Ton cou est comme la Tour-du-Liban, sentinelle face à Damas. Ta tête sur ton corps est comme le Carmel, et ses mèches sont comme la pourpre : un roi est enchaîné par ses flots. » (Cantique des cantiques 7, 5-6)

Selon Paul Saadé, la sagesse et le récit biblique situent le Liban dans une bipolarité entre Damas et Jérusalem. Il n’est ni l’une ni l’autre, et il ne peut tourner le dos ni à l’une ni à l’autre. Un compromis doit permettre une sorte d’ « indépendance spirituelle », préservant la singularité d’une communauté incarnée dans une géographie, dans une culture de liberté et dans une histoire.

Quant à Israël, terre des Juifs, en quête assidue d’une protection permanente, victime de son identité propre, la Torah assure à elle seule un lieu à l’homme (Levinas), alors que devient le rapport entre politique et religion ? Israël est plus large qu’un peuple et son État est une catégorie éthique. Le « droit de vivre » de la question juive ne se résume pas en termes politiques et sociaux, mais en « raison d’être ».

Il est sûr que l’existence d’Israël contemporain crée une situation inédite dans l’histoire. Se relever donc de la libido d’appartenance, c’est passer par la voie du salut biblique. Ce salut est un universel qui se comprend de deux manières. Pour Israël, qui devait se « mettre à part » en tant que partie qui vaut pour le tout, il fait advenir le judaïsme comme communion de ceux qui sont sanctifiants. Et la communauté chrétienne se voit, quant à elle, comme la communion de ceux qui sont sanctifiés.

Si plusieurs traditions sont présentes ensemble dans la Bible, celle d’Abraham fait ressortir que tous les peuples sont parents. Vouloir détruire les Juifs, c’est conduire l’humanité au suicide. Les nations le savent désormais, comme le peuple juif sait bien que sa vocation n’est pas de faire « chambre-à-part ».

Juifs, chrétiens, musulmans sont-ils alors invités à ce chemin abrahamique d’une humaine conciliation… pour que le combat cesse… faute de combattants ?


Judéité et Chrétienté. Se relever de la libido d’appartenance de Paul Saadé, Dergham, 2025, 336 p.Dans son essai Judéité et Chrétienté. Se relever de la libido d’appartenance, Paul Saadé s.j. met le point sur la gravité du « théologico-politique » qui refait peur au XXIe siècle après que la modernité politique, libérale et laïque, a cru qu’elle s’est dégagée du passé religieux. Se référant uniquement à la Bible, par le biais d’une approche anthropologique, philosophique et psychanalytique, Saadé vise l’universel à partir du particulier aux pays du Levant comme en Europe, pour aborder la problématique du « temps apocalyptique d’aujourd’hui » marqué par le retour sur scène du « religieux violent », sujet ancien qui se relance.Or, pour l’écrivain, « relier le chaînon...
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