Seif al-Islam Kadhafi, fils de Moammar Kadhafi, lors d'un événement politique à Sebha, le 20 août 2008. Photo Mahmud TURKIA / AFP
Seif al-Islam Kadhafi, l'un des fils du dictateur libyen défunt Mouammar Kadhafi, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité, a été assassiné mardi dans l'ouest de la Libye, par des hommes armés non identifiés. « Il a été tué à 14h (...) à Zenten, dans sa maison, par un commando de quatre personnes », a déclaré à l'AFP son avocat français, Marcel Ceccaldi.
Longtemps vu comme le successeur potentiel de son père avant la chute du régime en 2011, Seif al-Islam Kadhafi ans s'était évertué à se forger une image de modéré et de réformateur. Une réputation qui s'est effondrée quand il a promis des bains de sang au début de la rébellion.
Le bureau du procureur général libyen a annoncé de son côté que des enquêteurs et des médecins légistes ont examiné la veille le corps de l'homme de 53 ans et ont déterminé qu’il était mort des suites de blessures par balles. Le bureau, cité par Reuters, a ajouté dans un communiqué qu’il s’employait à identifier les suspects et à prendre les mesures nécessaires en vue d’engager des poursuites pénales.
Son conseiller Abdullah Othman Abdurrahim a précisé, selon des propos cités par la chaîne Libya al-Ahrar, que quatre hommes avaient « pris d'assaut » mardi sa résidence « après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l'avaient exécuté ». « Pour l'instant, on ne sait pas » qui sont ces hommes armés, a dit Me Ceccaldi, qui a affirmé s'être entretenu avec son client il y a trois semaines environ. Il a toutefois précisé avoir appris il y a une dizaine de jours, par l'un des proches de Seif al-Islam Kadhafi, « que des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité ». « À tel point que le chef de la tribu (des Kadhafi) avait téléphoné à Seif. Il lui avait dit +je vais vous envoyer du monde pour assurer votre sécurité+. Et Seif a refusé », a-t-il poursuivi.
Pays divisé
Recherché par la CPI pour crimes contre l'humanité, Seif al-Islam Kadhafi avait été arrêté en 2011 dans le sud libyen. Longtemps détenu à Zenten, il a été condamné à mort en 2015 à l'issue d'un procès expéditif avant de bénéficier d'une amnistie. Jusqu'à l'annonce de son décès, on ne savait pas où il se trouvait. « Il bougeait souvent », a confirmé son avocat mardi.
En 2021, il avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l'ancien régime. L'élection ne s'est finalement pas tenue.
Pour l'expert Emad Badi, la mort de Seif al-Islam Kadhafi est « susceptible de le transformer en martyr aux yeux d'une partie conséquente de la population, tout en modifiant les équilibres électoraux en écartant un obstacle majeur à l'élection présidentielle ». Car « sa candidature et ses chances de succès (avaient) constitué un point central de controverse », a-t-il expliqué sur X.
Seif al Islam Gaddafi was reportedly assassinated in Libya - a development likely to cast him as a martyr for a significant segment of the population, while also shifting electoral dynamics by removing a major obstacle to presidential elections, given that his candidacy and… pic.twitter.com/K9vB5rSUJp
— Emadeddin Badi (@emad_badi) February 3, 2026
L'ex-porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a dénoncé un acte « perfide », en affirmant qu'il lui avait parlé il y a deux jours. « Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l'espoir et l'avenir, et semé la haine et le ressentiment », a-t-il écrit sur X.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retrouver sa stabilité et son unité. Deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: le gouvernement d'unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l'ONU ; et un exécutif à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire au sud du pays.
Le meurtre de Seif al-Islam Kadhafi a été perpétré un peu moins de trois mois après la libération de son frère, Hannibal Kadhafi, qui était resté près de dix ans en détention au Liban. Il était emprisonné depuis 2015 au Liban pour « recel d’informations » concernant la disparition du religieux chiite libanais et fondateur du mouvement libanais Amal, Moussa Sadr, et de ses deux compagnons en 1978, en Libye. Il n’avait alors que trois ans.


