Le Palais de justice de Baabda. Photo d’illustration ANI
Les auxiliaires de justice au Liban ont annoncé poursuivre la grève pour une revalorisation de leurs salaires et de meilleures conditions de travail, la semaine prochaine, du lundi 2 au vendredi 6 février, « avec pour seule exception le traitement des dossiers des détenus, ainsi que le dernier jour des délais légaux », dans un communiqué publié vendredi, sur fond d'adoption du budget 2026 la veille. « Non... ça ne va pas », martèle à plusieurs reprises le communiqué qui rappelle les revendications des assistants judiciaires.
En raison de cette grève qui se poursuit, parallèlement à celle qui avait été lancée la semaine dernière par le Club des juges, plusieurs audiences dans des procès scrutés de près, comme celui de l'ex-gouverneur de la banque centrale Riad Salamé dans l'affaire Forry, ont été ajournées.
« Depuis trois semaines, nous le crions à pleins poumons : non… ça ne va pas (...) Hier (jeudi, lors de l'adoption du budget, Ndlr), vous avez mis en scène un nouveau scénario pour absorber la colère, et vous êtes, comme à votre habitude, tombés dans le même piège : des promesses sans crédibilité, des chiffres sans fondement et des décisions dépourvues de tout engagement ou reddition de comptes », ont critiqué les auxiliaires. Avant de s'en prendre aux parlementaires : « Vous avez adopté un budget qui ne ressemble en rien à celui d’un État et qui n’a aucun lien avec des institutions : un budget de boutiquier, de clientélisme et de transactions déguisées. Vous avez délibérément ignoré une vérité fondamentale : la justice est le dernier pilier qui empêche l’effondrement de ce pays. »
« Vous ne voulez ni d’une justice efficace ni d’un État juste », ont-ils encore fustigé. Avant de conclure : « Rendez justice aux palais de justice, rendez justice aux juges et rendez justice aux assistants judiciaires avant l’effondrement total. Les droits ne sont pas accordés par charité : ils s’arrachent. Et notre droit, nous le voulons de force, malgré toute tentative de temporisation et de mépris. »
La semaine dernière, parallèlement à l'examen du projet de budget, le Club des juges avait appelé les magistrats à une grève « dans l'ensemble des tribunaux et des administrations judiciaires. » Cet appel à la grève avait pour but de mener à « une amélioration des salaires des juges et des auxiliaires de justice et à assurer la logistique nécessaire pour les palais de justice. » Les juges ont dénoncé à plusieurs reprises la détérioration de leurs salaires, affectés par la crise économique depuis 2019 et la dépréciation de la livre libanaise. Ils ont également tiré la sonnette d'alarme au sujet de leurs conditions de travail et l'état de délabrement des palais de justice et des administrations judiciaires du pays, aujourd’hui insalubres, sans eau, électricité ou même fournitures.
Plus généralement, le sujet des rémunérations de la fonction publique a été le point focal des débats cette semaine au Parlement entre le camp des députés estimant impensable de voter un budget qui ne les ajuste pas au moins partiellement, et ceux qui pensent qu’une telle mesure doit être précédée d’une réforme d’un service public comptant beaucoup trop d’effectifs. Le texte définitif du nouveau budget n’a pas encore été rendu public. Selon la commission des Finances, le projet du gouvernement « se caractérisait par une certaine improvisation » dans le choix des mesures fiscales et « par une politique d’austérité excessive allant jusqu’à l’assèchement de certains crédits, ce qui a nécessité, d’une part, la rectification de certains textes, et d’autre part, la redistribution de crédits lorsque cela s’est avéré nécessaire ».



L'Otan n'a pas de plan dans le détroit d'Ormuz, mais y pense
Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026