Une image promotionnelle du mégaprojet saoudien Neom, avec la ville The Line tracée sur la carte du pays. Photo d'illustration NEOM/AFP
L’annonce n’est pas encore officielle. Mais les rumeurs et révélations qui se multiplient semblent confirmer l’inévitable : le mégaprojet de Neom, en Arabie saoudite, ne sera in fine plus que l’ombre de ses ambitions. Alors qu’une évaluation avait été lancée en 2025 pour réexaminer la faisabilité du projet, au vu de retards importants et de dépassements de budgets, le Financial Times a révélé dimanche 25 janvier que ses résultats - attendus d’ici le printemps - devraient appeler à une importante révision à la baisse et même une redéfinition des objectifs. Située sur la mer Rouge, Neom pourrait désormais servir de hub pour des centres de données, alors que Riyad poursuit une stratégie agressive pour devenir un des leaders mondiaux de l’Intelligence artificielle (IA), ont déclaré plusieurs sources au journal.
Prévue pour intégrer notamment d’ici 2030 une ville tout en long de 170 km, surnommée The Line, ainsi qu’une station de ski de luxe, Trojena, sculptée de toute pièce dans des montagnes désertiques, le tout desservi par des voitures volantes, avec des plages au sable scintillant en permanence, la cité futuriste de Neom devait coûter 500 milliards de dollars. Un budget astronomique pour une idée surréaliste, se voulant la vitrine de la nouvelle Arabie, celle du prince héritier Mohammad ben Salmane (dit MBS) et de sa Vision 2030, censée assurer la diversification économique du royaume pour préparer l’ère post-pétrole. Le désormais Premier ministre du royaume semble avoir récemment accepté de renoncer à ses mégaprojets en l’état. The Line devrait désormais être drastiquement réduite, alors qu’on estimait en 2024 déjà que seuls 2,4 kilomètres devraient être construits d’ici à 2030. Et samedi 24 janvier, le Comité olympique saoudien et le Comité olympique asiatique (OCA) ont annoncé que les Jeux d’hiver asiatiques de 2029, censés se dérouler à Trojena, ont été reportés à une date ultérieure, sans plus de précision.
C’est que, outre l'extravagance du mégaprojet, le contexte a bien changé depuis le lancement du plan de développement de MBS en 2016, avec des cours du pétrole aujourd’hui relativement bas après une flambée au début de la guerre en Ukraine en 2022, et un recul plus affirmé de la transition écologique dans le monde. Le royaume se retrouve donc obligé d'emprunter et d’accroître sa dette, les banques saoudiennes ayant atteint un record de 33 milliards de dollars d’emprunts en 2025, tandis que le rayonnement international se calcule aujourd’hui surtout en termes de terres rares et minerais précieux, nécessaires pour alimenter la course à l’IA. Selon une personne au fait des développements de Neom interrogée par le Financial Times, les architectes seraient déjà en train de redessiner The Line pour la transformer en concept plus « modeste », concentré sur les secteurs industriels de l’Arabie saoudite, y compris des centres de données. « Les centres de données ont besoin d'un système de refroidissement à l'eau, or c’est juste sur la côte, donc ce sera alimenté en eau de mer. Ça deviendra un centre majeur pour les centres de données », avance la source du quotidien. L'agence Reuters a par ailleurs révélé que la construction du bâtiment en forme de cube, le Mukaab, près de Riyad, était à l'arrêt en attendant de réévaluer sa faisabilité.
S’il y comptait pour mesurer la place de l’Arabie saoudite dans le monde, le prince héritier saoudien semble avoir conscience que ses mégaprojets ont constitué un gouffre financier qui lui a fait prendre du retard dans la compétition régionale à la diversification économique. « Nous sommes déterminés, par la grâce et la puissance de Dieu, à atteindre (nos objectifs de transformation) et à les mener à bien », a-t-il ainsi déclaré en septembre dernier. « Cependant, nous affirmons également que nous n'hésiterons pas à annuler ou à modifier radicalement tout programme ou objectif si nous estimons que l'intérêt public l'exige. » Si Riyad a repoussé les Jeux d’hiver asiatiques de 2029, il compte bien tenir l’Expo 2030 puis la Coupe du monde de football de 2034.
Cet article a été mis à jour le 28 janvier avec les révélations de Reuters sur le projet du Mukaab.



