Walid Ollaïk, membre du Hezbollah et chauffeur de taxi tué lors d’une frappe israélienne contre sa voiture dans le caza de Nabatiyé, le 15 janvier 2026. Photo circulant sur les réseaux sociaux
Tard dans la nuit de jeudi, une voiture circulant entre les villages de Zaoutar el-Charqiyé et Mayfadoun, dans le caza de Nabatiyé au Liban-Sud, a été touchée par deux missiles tirés depuis un drone de l'armée israélienne. Le véhicule a pris feu, et son conducteur, Walid Ollaik, a été tué sur le coup. Malgré le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, l’armée israélienne continue de frapper quasi quotidiennement le Liban-Sud, ainsi que la Békaa, affirmant viser des combattants du Hezbollah et des infrastructures.
Le lendemain de l'attaque, le Hezbollah a confirmé la mort de Walid Ollaik, le présentant comme un membre tombé « pour le Liban et son peuple résistant ». Ses funérailles sont prévues samedi à 11h dans son village natal de Zaoutar el-Gharbiyé. De son côté, l’armée israélienne a accusé cet individu d’être « impliqué dans des tentatives de rétablir l’infrastructure du Hezbollah dans la région de Zaoutar el-Charqiyé, au Liban-Sud ».
Taxi Abou Daniel
Mais quatre ans plus tôt, en 2022, Walid Ollaik faisait parler de lui dans un autre registre. Son histoire avait touché de nombreux internautes après une interview accordée à la chaîne al-Jadeed, qui mettait en lumière son initiative humanitaire dans un Liban en pleine crise économique depuis 2019. Malgré ses moyens modestes de chauffeur de taxi, il offrait des courses gratuites aux membres de l’armée et des Forces de sécurité intérieure. Sur le tableau de bord de son véhicule, il arborait le slogan suivant : « Taxi Abou Daniel-Transport gratuit pour les militaires libanais et les forces de sécurité. Ma subsistance comme la vôtre sont entre les mains de Dieu. »

« Je viens d’une communauté généreuse, vous savez combien le Sud a sacrifié... J’aide ces gens à économiser 20 000 LL ou 40 000 LL pour qu’ils puissent peut-être utiliser cet argent pour nourrir leurs enfants », racontait-il.
Walid Ollaik a été salué sur les réseaux sociaux comme l’un des « cœurs les plus purs et l’une des personnes les plus décentes » du village, raconte à L'Orient Today Abed Ezzeddine, président de la municipalité de Zaoutar el-Gharbiyé. Le maire explique qu'il ne « fait pas l’éloge de Walid uniquement parce qu’il est mort en martyr, mais parce que cet homme, malgré sa condition modeste de chauffeur de taxi, montrait beaucoup de générosité et d’humanité, donnant à tous ceux dans le besoin au village ».
La crise au Liban est considérée par la Banque mondiale comme l’une des plus graves crises financières mondiales depuis le milieu du XIXe siècle. Elle a provoqué un effondrement catastrophique de la monnaie, la livre libanaise ayant perdu plus de 90 % de sa valeur.
« Sa gentillesse et son courage partout »
Zoulfikar Haraké, qui commente régulièrement l’actualité libanaise sur les réseaux sociaux, raconte sur Facebook : « Il avait déjà perdu ses amis en septembre. Il est le fils unique de sa mère et n’a qu’un seul enfant. Dans son village, Walid était réputé pour être l’une des personnes au cœur le plus pur (...). Depuis ce matin, je vois passer des messages sur sa gentillesse et son courage partout. » L'internaute a appelé l’armée libanaise à « prendre soin de la famille de Walid » financièrement, comme une forme de reconnaissance envers celui qui avait donné à l’armée au plus fort de la crise.
Fouad Khreis, un autre internaute qui documente régulièrement les frappes israéliennes sur le Liban, écrit sur X que la victime était « un jeune homme de foi, à l’esprit joyeux et au sourire sincère ». Quant à la plateforme pro-Hezbollah Beirut Review, elle critique les autorités libanaises pour leur « inaction » face aux frappes israéliennes, alors que l’armée prépare actuellement la deuxième phase de son plan de désarmement des milices au nord du fleuve Litani. « Il semble que Walid Ollaik n’ait jamais eu la chance de bénéficier de la ‘‘protection’’ promise aux citoyens libanais par le président un an après le début de son mandat. Il n’a pas non plus trouvé d’abri au sein des institutions de l’État et de sa légitimité lorsque le missile qui l’a tué l’a frappé, alors que le ‘‘président endormi’’ (le Premier ministre, NDLR) Nawaf Salam revendique l’autorité exclusive sur la guerre et la paix. »
Le Hezbollah, qui refuse de déposer les armes, et sa base militante, critiquent régulièrement l’État libanais pour ne pas avoir mis fin aux frappes israéliennes dans le Sud, et ce malgré le cessez-le-feu, tout en passant sous silence le fait que ce conflit avait été déclenché à l'initiative du Hezb le 8 octobre 2023.


Allah yirhamak Walid, al aamar bi-yadi allah wa sa naltaki yaouman!
15 h 37, le 17 janvier 2026