Gracia Azzi, nouvelle directrice générale des douanes libanaises. Photo qui circule sur les réseaux sociaux
Justifiée par certains, critiquée par d’autres, la nomination jeudi à la tête de la Direction des douanes de Gracia Azzi, poursuivie dans le cadre de l’enquête sur l’explosion meurtrière de 2020 au port de Beyrouth, ainsi que dans une affaire de corruption qui remonte à 2018, a fait couler de l’encre vendredi. Si le gouvernement a évoqué jeudi la présomption d’innocence pour justifier son choix, des juristes, des proches des victimes du drame du 4-Août et des activistes dénoncent un choix moralement problématique.
Originaire de Jiyé dans le Chouf, Gracia Azzi, 54 ans, a intégré la Direction générale des douanes en 1993. Elle a ensuite occupé plusieurs postes au sein de l’institution avant de devenir membre du Conseil supérieur des douanes en 2017. Un an plus tard, elle fait l’objet de poursuites engagées par la procureure générale du Mont-Liban à l’époque, Ghada Aoun, dans le cadre d’une enquête pour corruption au sein de la Direction générale des douanes. Une enquête qui n’a toujours pas abouti.
Selon une source judiciaire interrogée par L’Orient-Le Jour, le dossier avait été transmis au juge d’instruction du Mont-Liban à l’époque, Nicolas Mansour. La juge Aoun avait également envoyé un courrier à l’Inspection centrale, mais le dossier n’a pas bougé depuis. Le 16 janvier 2025, Gracia Azzi, ainsi que 11 responsables sécuritaires et fonctionnaires des douanes, sont poursuivis par le juge Tarek Bitar, en charge de l’enquête sur le drame du 4-Août.
Les réserves du ministre de la Justice
Face aux critiques ayant entouré la nomination de Gracia Azzi, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a rappelé jeudi, lors d’un point de presse à l’issue du Conseil des ministres, que « la loi n’interdit pas cette nomination tant que la présomption d’innocence demeure ». Quant au ministre de la Justice, Adel Nassar, il affirme à L’Orient-Le Jour avoir émis des réserves quant à la nomination de Mme Azzi. « Je respecte parfaitement le principe de présomption d’innocence, mais il y a une différence entre le maintien en poste d’une personne contre laquelle des poursuites sont engagées et une promotion de celle-ci », souligne-t-il.
Alors que des informations de presse faisaient état de réserves similaires de la part de la ministre de l’Environnement, Tamara Elzein, M. Nassar a expliqué que celle-ci n’avait pas exprimé d’opposition mais avait simplement demandé des éclaircissements sur les critères des nominations. Contactée, la ministre n’a pas fait suite à notre demande de commentaire. Selon une source gouvernementale interrogée, c’est le ministère des Finances, auquel la Direction des douanes est rattachée, qui aurait proposé l’ensemble des nominations. Outre Gracia Azzi, le cabinet a nommé jeudi Misbah Khalil président de la Direction des douanes et Louaï Hajj Chéhadé et Charbel Khalil membres du conseil.
Les proches des victimes du 4-Août indignés
Sur les réseaux sociaux, la décision du gouvernement a suscité une vague d’indignation. Nizar Saghieh, directeur de Legal Agenda, a estimé sur X que la nomination de Mme Azzi « sans clarification au sujet de sa fortune et de son rôle (dans l’explosion) au port est un message de la classe au pouvoir signifiant qu’il n’y a aucun problème à ce que la corruption continue ou que la capitale explose à nouveau ».
Contacté, un expert juridique qui a requis l’anonymat a affirmé à notre publication que la nomination de Gracia Azzi ne pose pas de problème d’un point de vue légal vu qu’il n’y a pas de jugement à son encontre. « Les poursuites ne suffisent pas à empêcher une nomination. Mais la question qui se pose est pourquoi le gouvernement a-t-il procédé à la nomination d’une personne poursuivie, notamment aux douanes, qui est une fonction très délicate ? » demande-t-il.
La décision du gouvernement a par ailleurs été vivement critiquée par les proches des victimes du drame du 4-Août qui ont appelé les autorités dans un communiqué publié vendredi à revenir « immédiatement sur cette nomination ». Ils accusent la classe au pouvoir de « continuer à protéger les suspects au lieu de les traduire en justice ». Pour Mariana Fodoulian, qui a perdu sa sœur dans l’explosion, « il est inacceptable de nommer une personne poursuivie dans le cadre de l’enquête alors que l’acte d’accusation n’a toujours pas été rendu ».
L’OLJ n’a pas réussi à joindre Mme Azzi pour un commentaire.



"Un an plus tard, elle fait l’objet de poursuites engagées par la procureure générale du Mont-Liban à l’époque, Ghada Aoun, dans le cadre d’une enquête pour corruption au sein de la Direction générale des douanes. Une enquête qui n’a toujours pas abouti". Tant qu'on n'a pas arrêté le juge qui a ordonné le déchargement de la cargaison de nitrate d'ammonium au port, il faut cesser d'incriminer les fonctionnaires des douanes dans cette affaire! Mais cette dame est poursuivie pour corruption: c'est là que sa nomination par ce gouvernement prétendument "réformateur" devient un acte impardonnable!
11 h 27, le 20 janvier 2026