Le mufti de la République, Abdellatif Deriane. Photo publiée par l'Agence nationale d'information
Le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, chef spirituel de la communauté sunnite, a dénoncé jeudi des « rumeurs délirantes visant de nombreuses personnalités et institutions, dont Dar al-Fatwa », la plus haute instance religieuse sunnite, dans le cadre de l'affaire « Abou Omar » qui éclabousse la vie politique libanaise, et a principalement touché des responsables sunnites. Des années durant, « Abou Omar », un faux prince saoudien, aurait prétendu disposer d’accès privilégiés à Riyad, qu’il aurait monnayés auprès de certains acteurs politiques.
« Il est inacceptable que des médias portent atteinte à la dignité et à la réputation des personnes », a souligné le mufti dans un communiqué. Ce scandale d’escroquerie, décrit comme l’un des plus sordides que le pays ait jamais connus, aurait été commis sous la supervision du cheikh Khaldoun Oraymet, juge et cadre influent à Dar al-Fatwa, actuellement détenu depuis plusieurs semaines.
Ce dernier aurait joué un rôle central dans la prolongation du mandat du mufti Deriane en convainquant plusieurs membres du Conseil chérié (organisme législatif de Dar el-Fatwa) d’assister à une réunion convoquée à cet effet le 9 septembre 2023, selon nos informations. À l'issue de cette réunion, les membres du haut conseil ont accepté « à l’unanimité » de modifier l'âge de départ à la retraite du mufti, le relevant de 72 à 76 ans et prolongeant de facto le mandat de Abdellatif Deriane.
Gaza, Liban, Hezbollah
S'exprimant par ailleurs pendant commémoration d'un événement religieux de l'islam, Isra' Wal Mi'raj, le mufti a également évoqué les bouleversements régionaux, notamment la guerre à Gaza. « Ce que le peuple de Gaza et de Palestine a enduré depuis deux ans, et continue de subir en termes de meurtres, de déplacements et de destructions de leurs foyers, est intolérable et encore moins acceptable », a-t-il dit.
Il a en outre dénoncé ce que le Liban « continue de subir en matière de tueries et de violations » israéliennes, alors que l'armée de l'État hébreu bombarde presque quotidiennement le Liban-Sud et la Békaa, en dépit du cessez-le-feu entré en vigueur fin novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah. « Cela ne se limite pas à des pertes humaines et matérielles quotidiennes, mais provoque aussi un désordre plus profond en compromettant l’instauration de l’État libanais que nous attendons tous, en particulier dans cette ère nouvelle » a-t-il dénoncé.
« Il serait incorrect de nier les progrès réalisés en matière de limitation et de collecte des armes au sud du fleuve Litani, ou concernant la très attendue loi sur le gouffre financier depuis 2019 », a relevé le mufti Deriane. Le désarmement du Hezbollah, effectué jusqu'à présent au sud du fleuve Litani, et les réformes économiques constituent les deux démarches attendues par la communauté internationale pour débloquer des fonds pour le Liban.
La loi sur le « trou financier », approuvée en Conseil des ministres le 26 décembre, prévoit le remboursement garanti (hors intérêts) des dépôts jusqu’à 100 000 dollars. Dans les faits, cela permettrait à 85 % des déposants d’être totalement remboursés en quatre ans. L’armée libanaise, qui a annoncé début décembre la fin de la première phase de son plan visant à rétablir le monopole de l’État sur les armes, doit présenter d’ici février la suite de ce plan, dont l’objectif est le désarmement des milices — et en particulier du Hezbollah — au nord du Litani.



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