Des véhicules en flammes lors d'une manifestation à Téhéran, le 9 janvier 2026. Photo Social Media/via REUTERS
Dans la nuit de jeudi à vendredi, les rues ont bouillonné dans des dizaines de villes d'Iran. De Téhéran à Machhad et Tabriz, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour appeler à la fin du régime islamique, dans une mobilisation qui a commencé dans un calme relatif avant que les tensions ne montent, avec des heurts les opposant aux forces de l'ordre et l'incendie de bâtiments officiels.
Face à la contestation qui continue d'enfler depuis près de deux semaines, les autorités ont coupé l'accès à l'internet à l'échelle de toute la République, tandis que depuis Washington, Donald Trump a de nouveau menacé de « frapper très fort » l'Iran si les autorités « commençaient à tuer » des manifestants, alors que Paris appelait « à la retenue ». Plusieurs dizaines de personnes ont déjà perdu la vie au cours des derniers jours, depuis le début du mouvement.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, s'est adressé à ses partisans dans un discours retransmis par la télévision d'État, fustigeant des « vandales » qui sont selon lui derrière les manifestations dans le pays depuis 13 jours. La République islamique « ne reculera pas » face aux « saboteurs », a-t-il prévenu. Ali Khamenei a encore lancé que «l'arrogant» président américain Donald Trump sera « renversé ».
Retour sur cette nuit sous haute tension en Iran.
Une cinquantaine de villes
Depuis le début du mouvement, parti le 28 décembre de Téhéran, des rassemblements ont eu lieu dans au moins une cinquantaine de villes, touchant 25 provinces sur 31, selon un décompte de l'AFP basé sur les annonces officielles et des médias.
À Téhéran, une importante manifestation avait commencé dès la soirée. De nombreux protestataires, à pied ou klaxonnant en voiture, ont afflué sur une artère majeure de Téhéran, d'après des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et authentifiées par l'agence française. Un habitant de la capitale a raconté au New York Times que les manifestants scandaient « Mort à Khamenei », le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que « Liberté, liberté ». Les protestataires clamaient également des slogans appelant au retour des Pahlavi, la famille impériale qui avait longtemps régné sur l'Iran. Dans plusieurs villes, les protestataires ont d'ailleurs arraché les drapeaux afin de les remplacer par ceux datant d'avant la révolution islamique de 1979.
Des chaînes de télévision persanes basées en dehors de l'Iran et d'autres médias ont par ailleurs diffusé des images de manifestations de grande ampleur dans d'autres villes comme Tabriz dans le nord, la ville sainte de Machhad à l'est, Bouchehr dans le sud, Chiraz et Ispahan.
Des manifestations sous tension
Les marches, qui avaient commencé dans le calme en début de soirée, ont rapidement pris un tour plus violent, selon des témoins au New York Times, des vidéos vérifiées par plusieurs médias et d'autres circulant sur les réseaux sociaux. « La répression s'étend et devient chaque jour plus violente », a affirmé le directeur d'Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, Mahmood Amiry-Moghaddam. Des ONG confirment un usage de gaz lacrymogène dans plusieurs localités, ainsi que des tirs à balles réelles. Selon Amnesty International, « les forces de sécurité iraniennes ont blessé et tué » des manifestants mais aussi de simples témoins de ces événements.
Des vidéos filmées jeudi soir ont montré des bâtiments gouvernementaux en feu à travers le pays, y compris à Téhéran, où des protestataires ont également incendié des voitures, selon des images vérifiées par la BBC. Des flammes étaient notamment visibles dans le bâtiment du gouvernorat à Shazand, dans le centre de l'Iran, après que des manifestants se sont rassemblés à l'extérieur, selon d'autres vidéos.
Une autre vidéo vérifiée par le New York Times montre des incendies dans les rues de la place Kaj, dans la capitale, avec des milliers de manifestants envahissant la zone. Dans le quartier de Sadeghiyeh, les forces de sécurité ont tiré en l’air et lancé des grenades lacrymogènes, sans pour autant disperser la foule. À Karaj, une banlieue située à l’ouest de Téhéran, des manifestants ont du fuir après des coups de feu, dont l'origine n'était pas immédiatement claire, selon d'autres images.
À Bouchehr, un habitant a confié au quotidien américain que les forces de sécurité avaient été forcées de battre en retraite face à la foule massive dans les rues.
Si plusieurs vidéos et publications sur les réseaux sociaux parlent de « massacres » de dizaines de manifestants par les forces de sécurité, certains internautes ont relayé la même vidéo qui montre des corps étendus par terre en précisant que les images ont été filmées à Karaj et Tabriz, deux villes situées à plusieurs centaines de kilomètres de distance. il n'a pas été possible de vérifier ces affirmations de source indépendante.
Les gardiens bientôt chargés de la répression ?
Face aux tensions et à l'escalade, un haut fonctionnaire du gouvernement iranien qui a requis l'anonymat a déclaré dans une interview au New York Times que de nombreux responsables s'appelaient et s'envoyaient des SMS en privé, ne sachant pas comment contenir le mouvement de contestation. Selon lui, le Corps des gardiens de la révolution, généralement chargé de la sécurité des frontières iraniennes, pourrait probablement « prendre le relais » pour disperser les manifestants à travers le pays.
Coupure générale de l'internet
Les autorités ont parallèlement coupé jeudi soir l'accès à l'internet sur l'ensemble du territoire iranien, selon des groupes de surveillance, un jour après que les responsables du pouvoir judiciaire iranien et des services de sécurité ont déclaré qu’ils prendraient des mesures sévères contre toute personne participant aux manifestations. Des données sur les branchements au réseau mondial ont montré une chute brutale et quasi totale des niveaux de connexion dès l'après-midi, selon NetBlocks, un groupe de surveillance d’internet, et la base de données Internet Outage Detection and Analysis de l’Institut de technologie de Géorgie. Ces données indiquent que le pays est presque entièrement hors ligne.
Les autorités iraniennes n’ont pas répondu immédiatement aux questions sur la cause de la coupure, mais le gouvernement a déjà imposé des pannes d’internet lors de précédentes périodes de crise, rappelle-t-on. « Le gouvernement iranien utilise les coupures d’internet comme un outil de répression », a affirmé Omid Memarian, expert iranien des droits humains et chercheur principal à DAWN, une organisation basée à Washington et spécialisée dans le Moyen-Orient. « Chaque fois que les manifestations atteignent un point critique, les autorités coupent les connexions du pays afin d’isoler les protestataires et limiter leurs communications avec l’extérieur. »
Les menaces de Donald Trump et le bilan
De son côté, le président américain Donald Trump a de nouveau menacé de « frapper très fort » l'Iran si les autorités « commençaient à tuer » des manifestants. Ces propos interviennent alors qu'au moins 45 manifestants dont huit mineurs ont été tués au total, selon un bilan publié jeudi par l'IHR, qui souligne que « des centaines » de personnes ont également été blessées et plus de 2 000 arrêtées. Les médias iraniens et les autorités ont de leur côté fait état d'au moins 21 personnes tuées depuis le début des manifestations, dont des membres de forces de l'ordre, d'après un décompte de l'AFP.


Libanais? Surtout Libanais chiites, qu’attendez vous pour descendre dans la rue, relancer la Thaoura, mais cette fois ci avec la composante chiites !
13 h 14, le 09 janvier 2026