Un portrait du chef du Hezbollah Naïm Kassem lors d'un rassemblement dans la banlieue sud de Beyrouth à l'occasion des funérailles de Ali Khamenei, le 8 juillet 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a à nouveau vivement critiqué mercredi l'accord-cadre conclu entre le Liban et Israël et les négociations directes qui doivent se poursuivre à Rome à la fin du mois. Il a appelé une nouvelle fois, en réponse à une déclaration du président Joseph Aoun qui avait rhétoriquement dit être ouvert à d'autres propositions que des pourparlers directs, à un retour à des discussions indirectes avec l'Etat hébreu « comme l'ont fait l'Iran et Nabih Berry ». Le chef du Hezbollah faisait référence d'une part aux négociations indirectes entre Washington et Téhéran et à celles menées, en 2021 et 2024 par le chef du Parlement libanais respectivement sur la délimitation de la frontière maritime avec Israël et au cessez-le-feu ayant mis fin à 13 mois de guerre entre octobre 2023 et novembre 2024.
S'exprimant lors d'un discours diffusé lors de processions organisées à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué le 28 février dernier à Téhéran dans des frappes américano-israéliennes, il a également réaffirmé que le Hezbollah resterait « présent sur le terrain » jusqu'au retrait total des Israéliens du territoire libanais.
« Personne ne nous imposera de solutions »
« La priorité est de rétablir la souveraineté et de chasser l'occupant israélien » qui occupe une « zone tampon » de 620 km2 en territoire libanais, a déclaré Naïm Kassem, assurant que « personne ne nous imposera de solutions ». Selon lui, toute solution devra être « discutée ensemble » avant de faire l'objet d'un consensus.
Naïm Kassem a dénoncé dans ce contexte l'accord-cadre avec Tel-Aviv qui, selon lui, « livre le Liban à l'entité israélienne ». « Tout ce qu'il contient est contraire à nos intérêts, et tout ce qui en découle est nul », a-t-il affirmé. Il a reproché au texte de ne pas prévoir un retrait israélien mais un simple « redéploiement », qu'il a présenté comme « l'abandon d'une partie du territoire libanais ». Estimant que l'accord est « entaché d'irrégularités du début à la fin », il a jugé les négociations « illégitimes, anticonstitutionnelles et contraires au Pacte national », assurant qu'« aucun des volets de l'accord-cadre ne sera appliqué ».
Le chef du HHezbollah s'est encore demandé pourquoi les autorités ne revenaient pas sur cet accord, qu'il sert « les intérêts de l'ennemi » tout en divisant les Libanais.
L'expérience de Berry et de l'Iran
Répondant aux déclarations du chef de l'État, qui avait affirmé le 5 juillet être prêt à mettre en œuvre toute autre solution que l'accord-cadre, Naïm Kassem a lancé : « Vous demandez qu'on vous montre une solution ? Je vais vous en proposer une. Nous acceptons de négocier, uniquement de manière indirecte », a-t-il lancé. Il a estimé que ces négociations nécessitaient « réflexion et concertation », appelant à « tirer les leçons de l'expérience » du président du Parlement et de l'Iran. Téhéran avait conclu un protocole d'accord avec Washington, qui inclut un cessez-le-feu au Liban, mais que Donald Trump a estimé caduc mercredi matin après un regain de tensions dans le Golfe. Naïm Kassem n'a pas directement fait référence aux déclarations de Trump sur l'Iran ni aux derniers échanges d'attaques.
Tout en affirmant par ailleurs rester attaché aux négociations entre l'Iran et les États-Unis, Naïm Kassem a assuré que le Hezbollah ne renoncerait pas à sa mobilisation sur le terrain. « Nous resterons présents sur le terrain et nous ne céderons pas », a-t-il affirmé. Le parti chiite n'a revendiqué aucune attaque contre les forces occupantes et le nord d'Israël depuis le 20 juin et l'entrée en vigueur relative de la trêve. « Comme nous avons fait échouer le projet visant à mettre fin à la résistance, nous resterons avec notre public, debout sur le terrain, et Israël ne connaîtra pas la stabilité. » Il a également affirmé qu'« il n'y a pas d'autre solution qu'un retrait israélien en contrepartie du déploiement de l'armée libanaise au sud du Litani » et promis de « tout faire » pour « libérer le territoire ». Il a aussi dénoncé les « centaines de violations » israéliennes du cessez-le-feu, évoquant notamment les frappes ayant visé des civils à Nabatiyé el-Faouqa. Lundi, quatre personnes ont été tuées dans une voiture dans ce village, dont une directrice d'école, sa mère et deux employés étrangers. L'armée israélienne avait dit avoir visé un véhicule qui circulait à proximité de sa « Ligne jaune » qui démarque la zone qu'elle occupe. Et mercredi, deux hommes ont été tués dans un tir de drone sur la même localité.
Évoquant enfin l'Iran, Naïm Kassem a rendu hommage à Ali Khamenei, affirmant que l'ancien guide suprême « n'a jamais demandé quoi que ce soit à la résistance » et qu'il se contentait de lui indiquer « ce dont elle avait besoin ». Il a réaffirmé que Téhéran avait « le droit de posséder la force, le droit de disposer du nucléaire civil et le droit d'établir ses relations internationales comme il l'entend ».


