Le président Joseph Aoun et le ministre égyptien du Pétrole, Karim Badawi (au centre) le 29 décembre 2025 au Palais de Baabda. Photo diffusée sur X par la présidence libanaise
Le Liban et l’Égypte ont signé lundi un protocole d’accord visant à répondre aux besoins du Liban en gaz naturel destiné à la production d’électricité, afin d’augmenter la production électrique et de « contribuer à réduire le rationnement de l’électricité », selon les termes employés par la présidence de la République.
L'annonce a été faite en deux temps : d'abord à Baabda où une délégation égyptienne conduite par le ministre du Pétrole Karim Badaoui s'est rendu accompagnée par l’ambassadeur d’Égypte au Liban Alaa Moussa, puis au Grand sérail où le protocole a été formellement signé par le haut responsable égyptien et le ministre libanais de l'Énergie et de l'Eau Joe Saddi, sous le regard du Premier ministre Nawaf Salam.
A Baabda, le président Aoun a remercié Karim Badaoui pour « la réactivité continue de l’Égypte face aux besoins du Liban ». De son côté, le ministre égyptien a informé le chef de l’État de « l’intérêt marqué de l’Égypte pour le dossier énergétique libanais », précisant que cet intérêt est conforme aux directives du président Abdel Fattah al-Sissi et constitue un résultat rapide de la récente visite à Beyrouth du Premier ministre égyptien Moustafa Madbouly. Karim Badaoui a aussi souligné que l’Égypte « apportera un soutien total au Liban dans ce domaine grâce à son expertise et à ses capacités dans plusieurs secteurs, notamment l’exploration des champs gaziers, la production, le transport et la distribution vers les secteurs industriels, les ménages et les centrales électriques ».
Au cours d'un point presse au Grand Sérail, Joe Saddi a fourni certains détails et éléments de contexte sur les implications du protocole, qui répond à une décision du Liban de « progressivement » passer du fuel au gaz pour la production de son électricité, sur la base que ce dernier combustible est « moins cher, moins polluant, et éloigne le pays de toutes les complications liées aux appels d’offres de fuel ».
L'Égypte produit du gaz naturel depuis plusieurs décennies, mais en importe aussi. Israël et l’Égypte ont incidemment finalisé la semaine dernière un accord d’un montant de 35 milliards de dollars — le plus important de l’histoire d’Israël — prévoyant la fourniture à l’Égypte d’environ 130 milliards de mètres cubes (Gm³) de gaz d’ici à 2040.
Contacter des donateurs
« Aujourd’hui, nous signons avec l’Égypte un mémorandum d’entente pour importer du gaz naturel égyptien lorsque celui-ci sera disponible. Bien sûr, tous les détails relatifs aux contrats et aux prix seront finalisés dans les semaines à venir. Je tiens à rappeler que la stratégie du Liban consiste d’abord à passer au gaz naturel, puis à diversifier ses sources par voie terrestre ou maritime », a-t-il encore ajouté sans fournir de calendrier plus précis.
Il a ajouté que le processus enclenché par le protocole « pourrait à terme mener à un contrat d’achat de gaz naturel, permettant dans un premier temps d’alimenter la centrale de Deir Ammar » située au Liban-Nord et dont certaines unités de production peuvent fonctionner au gaz. « Cela prendra du temps, car les pipelines nécessitent une réhabilitation. Nous devons également comprendre les besoins du côté syrien pour réparer les gazoducs de leur côté. Troisièmement, les négociations ne concerneront pas seulement l’Égypte, mais aussi la Jordanie et la Syrie » a encore développé le ministre.
Il a ajouté que le Liban a récemment reçu « le rapport d’une commission technique venue au Liban » à l’initiative de la Jordanie « pour étudier la situation du pipeline provenant de Aqaba et atteignant la Syrie, ainsi qu’un second pipeline venant du nord pour alimenter la centrale de Deir Ammar en gaz ». « L’évaluation précise ce qui est nécessaire du côté libanais pour réhabiliter le pipeline et son coût, ainsi que la durée des travaux, estimée entre trois et quatre mois » a-t-il encore précisé. Il ajouté que « la même démarche est en cours du côté syrien » et que la prochaine étape consistera à « contacter des donateurs pour voir comment financer la réhabilitation du pipeline sur le tronçon libanais, de Deir Ammar jusqu’à la frontière syrienne au nord ». Le ministre a enfin affirmé que le Liban était aussi en discussions « avec les pays du Golfe, via la Société financière internationale (le bras privé de la Banque mondiale, Ndlr) pour créer de nouvelles centrales fonctionnant au gaz, ainsi que pour construire des stations de gaz et assurer l’approvisionnement en gaz naturel. »
Le fournisseur public Électricité du Liban ne dispose pas de capacités de production ni de financements suffisants pour assurer du courant 24 heures sur 24 à l’ensemble de ses abonnés, qu’il s’agisse de foyers, d’entreprises ou d’infrastructures. Ces carences structurelles, qui existaient depuis des décennies et favorisaient la prolifération des générateurs privés, se sont accentuées avec la crise qui a éclaté en 2019.
En 2022, une initiative soutenue par les États-Unis avait proposé un accord gazier entre l’Égypte et le Liban, prévoyant l’acheminement de gaz naturel égyptien par gazoduc via la Syrie, parallèlement à l’acheminement d’électricité produite en Jordanie, également via la Syrie, afin d’augmenter le nombre d’heures de courant distribuées par jour au Liban.
Ce projet n’avait cependant jamais abouti. La Syrie, alors sous le régime du président Bachar el-Assad, était soumise à de lourdes sanctions américaines, empêchant l’acheminement du carburant égyptien vers le Liban. La donne a changé depuis la chute de l’ex-dirigeant, chassé par une coalition de rebelles islamistes, et l’approbation par le Congrès américain de la levée définitive des sanctions contre la Syrie.



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""Le mémorandum a été signé à Baabda au cours d’une réunion en présence du chef de l’État et du ministre égyptien du Pétrole Karim Badaoui "" MAIS OU ES DONC PASSE MR. SADDI, SEUL MINISTRE CONCERNE ? EST CE UNE PUNITION INITIEE PAR MR. J AOUN ?
11 h 32, le 30 décembre 2025