Un parterre de personnalités à Tripoli, dont l'ancien Premier ministre Fouad Siniora, lors de la cérémonie en vue de baptiser une rue au nom de Mohammad Chatah, le 27 décembre 2025. Photo ANI
Il y a douze ans jour pour jour, un attentat à la voiture piégée en plein centre-ville de Beyrouth coûtait la vie à Mohammad Chatah, diplomate et homme politique à la grande culture et à la vaste expérience, conseiller de l'ancien Premier ministre Saad Hariri, après avoir été le fidèle compagnon de son père, le Premier ministre Rafic Hariri, lui-même assassiné en février 2005. Pour cette douzième commémoration, Tripoli, chef-lieu du Liban-Nord et ville d’origine de Chatah, a décidé de donner son nom à une rue, lors d’une cérémonie placée sous le parrainage de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora.
M. Siniora, dans un mot de circonstance, s’est remémoré cette journée au cours de laquelle il avait « perdu un ami, un collègue et un frère très cher, un diplomate avisé, un intellectuel et un économiste chevronné ». Il a mentionné « le timing de cet assassinat, quelques semaines avant le début des séances du Tribunal spécial international sur l’assassinat de Rafic Hariri ».
« L’objectif de l’assassinat de Mohammad Chatah était d’empêcher que la vérité n’éclate, et pour nous terroriser tous et tuer l’espoir d’identifier les assassins de Rafic Hariri et de ses compagnons », a poursuivi M. Siniora. L’assassinat de Hariri avait été suivi de dizaines d’autres au cours des années suivantes, qui avaient visé des personnalités du camp connu alors sous le nom du 14 Mars.
Sur l’initiative de donner son nom à une rue, M. Siniora a estimé qu’elle rendait hommage non seulement aux origines de Mohammad Chatah mais aussi à sa présence sur la longue liste d’hommes politiques, militants, penseurs qui ont payé de leur vie leur libre pensée et leur attachement au Liban de la coexistence, du régime démocratique et de la citoyenneté.
Pour sa part, Abdel Hamid Karimé, président du conseil municipal de Tripoli, a rappelé que la décision de baptiser la rue au nom de Mohammad Chatah datait en fait de mars 2016, même si elle n’est appliquée qu’en 2025. Il a assuré que cette mesure « n’est pas une décision administrative passagère, mais un acte de confiance en cet homme qui avait tant offert, et qui est tombé en martyr sur la voie de la liberté d’expression et des positions politiques courageuses, émanant d’une conviction profonde que les villes qui se respectent gardent vivante la mémoire de ceux qui les ont servies et ont servi leur pays ».

