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Moyen-Orient - Dans La Presse

Le « Projet Sunrise » de Washington pour transformer Gaza en métropole high-tech

Le « Wall Street Journal » a eu accès à la proposition préparée par Jared Kushner et Steve Witkoff, reflétant l’ambition de faire de l’enclave la Riviera du Moyen-Orient.

Le « Projet Sunrise » de Washington pour transformer Gaza en métropole high-tech

Le complexe médical de l'hôpital al-Shifa, lourdement endommagé par des frappes israéliennes durant la guerre, le 15 décembre 2025, à Gaza-ville. Dawoud Abu Alkas/Reuters

« Sensible mais non confidentiel. » La mention est apposée au bas de la page de présentation du « Project Sunrise », dévoilée par le Wall Street Journal (WSJ), au sous-titre explicite : « Construire une Gaza nouvelle et unifiée. » Au moment où des blocages persistent encore pour passer à la deuxième phase du plan Trump pour l’après-guerre, le Hamas refusant encore de se désarmer complètement tandis qu’Israël rechigne à poursuivre son retrait du réduit, l’administration américaine veut faire avancer les choses. Si la dernière proposition de reconstruction de la bande de terre n’en est qu’au stade de brouillon, « sujet à révisions » est-il mentionné, elle remet sur le devant de la scène l’ambition du président Donald Trump de faire de l’enclave palestinienne une Riviera régionale. Une idée émise en février dernier, qui avait provoqué une levée de boucliers, en ce qu’elle semblait impliquer un déplacement forcé, voire une expulsion de la population gazaouie du territoire palestinien.

Un projet d’investisseurs

Aucune mention ici du sort des plus de deux millions de Palestiniens qui vivent à Gaza. Le plan de 32 diapositives Powerpoint, consulté par le WSJ, qui a également parlé à des responsables de l’administration Trump, envisage des stations balnéaires de luxe, de grands immeubles modernes, un réseau ferroviaire ultrarapide ou encore des réseaux énergétiques optimisés via l’intelligence artificielle (IA).

Une diapositive de la présentation du projet américain Sunrise pour la reconstruction à Gaza, diffusée par le « Wall Street Journal ».
Une diapositive de la présentation du projet américain Sunrise pour la reconstruction à Gaza, diffusée par le « Wall Street Journal ».

Ce plan a notamment été préparé par deux des confidents du président américain, son envoyé spécial pour le Moyen-Orient, le promoteur immobilier Steve Witkoff, en charge du dossier de Gaza, et son gendre, Jared Kushner, à la tête d’Affinity Partners, société de capital-investissement qui a notamment reçu des fonds importants du Golfe. Le conseiller à la Maison-Blanche Josh Gruenbaum, également commissaire du Service fédéral des acquisitions, ainsi que d’autres représentants de l’administration américaine ont aussi participé à la conception du projet en 45 jours, selon le WSJ. Ils auraient pour cela reçu des contributions de la part de responsables israéliens comme de représentants du secteur privé.

Au total, le projet Sunrise coûterait 112,1 milliards de dollars sur 10 ans, comprenant de l’aide humanitaire, surtout dans les premières années, ainsi que le paiement de fonctionnaires. Près de 60 milliards seraient financés par des aides (41,9 milliards) et de la dette (15,2 milliards), avec une contribution de la Banque mondiale et des États-Unis, prêts à soutenir 20 % ou plus de cet appui, détaille le quotidien. De quoi permettre à l’enclave d’autofinancer ces projets avant de devoir rembourser sa dette une fois atteint le développement attendu de l’industrie locale et de l’économie. Les retours sur investissements attendus selon le plan dépasseraient les 55 milliards de dollars au long terme, des profits pouvant être tirés dès dix ans. Le projet devrait être mis à jour et les chiffres révisés environ tous les deux ans, rapporte le journal.

S’il ne précise pas les sociétés ou pays qui devraient financer la reconstruction de l’enclave, le plan a déjà été présenté à de potentiels États donateurs, y compris les riches pétromonarchies du Golfe, la Turquie et l’Égypte, selon des responsables américains cités par le quotidien américain. Steve Witkoff, Jared Kushner et Josh Gruenbaum ont ainsi rencontré les médiateurs égyptiens, qataris et turcs vendredi 19 décembre à Miami pour parler des prochaines étapes du plan Trump à Gaza.

Des obstacles concrets à la réalisation

Mais alors que les attaques israéliennes se poursuivent dans l’enclave, six personnes ayant été tuées vendredi dernier dans une école accueillant des déplacés, et que le Hamas continue de négocier sa reddition, particulièrement son désarmement, le projet Sunrise paraît encore illusoire. « Vous ne convaincrez personne d’investir de l’argent à Gaza s’ils croient qu’il y aura une autre guerre dans deux, trois ans », a averti le secrétaire d’État Marco Rubio vendredi 19 décembre en parlant du désarmement du Hamas, laissant entendre qu’il pourrait se limiter aux armes lourdes du mouvement. Le désarmement et le démantèlement de tout l’arsenal et les tunnels du groupe islamiste sont en tout cas mentionnés comme des prérequis au plan de reconstruction. Si, dans ces conditions, des responsables américains ont exprimé leur scepticisme face au projet Sunrise, d’autres estiment au contraire que la vision trumpiste d’une Riviera gazaouie permettra de sortir l’enclave de son sous-développement et de sa crise humanitaire persistante. Incluse dans le projet, l’aide internationale entre encore en quantité insuffisante dans Gaza à ce jour, malgré la rétrogradation cette semaine de l’indice international d'insécurité alimentaire de famine à malnutrition aiguë depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre dernier.

Reste que pour réaliser cette vision, de nombreuses étapes sont nécessaires, au-delà des conditions politiques nécessaires pour instaurer une sécurité et une stabilité à long terme. La grande majorité de l’enclave est détruite, des dizaines de millions de tonnes de débris sont à déblayer, près de 10 000 corps seraient encore enfouis sous les décombres, le sol a absorbé de nombreuses toxines et est parsemé de bombes non explosées. Les efforts commenceraient avec le déblaiement des bâtiments détruits, des munitions non explosées, la neutralisation des tunnels du Hamas, puis la fourniture d’abris temporaires, d’hôpitaux de campagne et de cliniques mobiles, avant de passer à la construction plus pérenne d’établissements de soins, d’écoles, de lieux de culte, de routes, de lignes du réseau électrique, et ainsi de suite.

Une fois les conditions sécuritaires réunies, le projet pourrait être lancé dans les deux mois, assurent les responsables de l’administration américaine. Le plan est divisé en quatre phases, à commencer par le Sud, à Rafah et Khan Younès, avant de passer aux camps plus au nord puis à la ville de Gaza. Sur une carte diffusée par le WSJ, une bande de terre le long de la frontière de l’enclave avec Israël et l’Égypte reste vierge de tout projet, suggérant que cette zone, qui semble être le « périmètre de sécurité » vers lequel les forces israéliennes doivent se retirer « jusqu’à ce que Gaza soit correctement protégée contre toute menace terroriste résurgente », selon le plan Trump, restera une zone tampon complètement vide.

« Sensible mais non confidentiel. » La mention est apposée au bas de la page de présentation du « Project Sunrise », dévoilée par le Wall Street Journal (WSJ), au sous-titre explicite : « Construire une Gaza nouvelle et unifiée. » Au moment où des blocages persistent encore pour passer à la deuxième phase du plan Trump pour l’après-guerre, le Hamas refusant encore de se désarmer complètement tandis qu’Israël rechigne à poursuivre son retrait du réduit, l’administration américaine veut faire avancer les choses. Si la dernière proposition de reconstruction de la bande de terre n’en est qu’au stade de brouillon, « sujet à révisions » est-il mentionné, elle remet sur le devant de la scène l’ambition du président Donald Trump de faire de l’enclave palestinienne une Riviera régionale. Une idée...
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