Cette photo, prise depuis un point situé près de la frontière d’Israël avec la bande de Gaza, montre des soldats et des véhicules israéliens à l’intérieur du territoire assiégé, le 6 juillet 2025. Maya Levin/AFP
Après le Boston Consulting Group (BCG), le Tony Blair Institute (TBI) serait impliqué dans des projets de reconstruction à Gaza, révèle le Financial Times. Deux de ses employés faisaient partie d’un groupe de discussion avec des représentants du BCG et des hommes d’affaires israéliens autour d’un projet de reconstruction de l’enclave palestinienne intitulé « The Great Trust ».
The Great Trust
Cette feuille de route – dont l’acronyme Great signifie Gaza Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation – a été portée par deux hommes d’affaires israéliens. Détaillé dans une présentation, le projet propose de reconstruire Gaza avec la possibilité de déplacer près de 500 000 Palestiniens. Le BCG a de son côté réalisé les modèles financiers de ce projet, qui prévoit le départ de 25 % de la population gazaouie en finançant leur déplacement à hauteur de 9 000 dollars par personne. Ce projet de reconstruction permettrait à terme d’augmenter la « valeur » de Gaza de 0 à 324 milliards de dollars, selon le même modèle. Les terrains publics de l’enclave seraient placés sous la gestion d’un trust, qui les vendrait à des investisseurs via des jetons numériques utilisant la blockchain. Des logos de certaines entreprises internationales comme Tesla, AWS, Ikea, ou encore IHG ont en outre été insérés dans le document, sans qu’il soit clair si leur autorisation a été obtenue pour cela. Selon le quotidien britannique, « The Great Trust » a notamment été transmis à l’administration Trump. Le président américain avait lui-même proposé en février de transformer Gaza en un territoire administré par les États-Unis, envisageant d’en faire une « Riviera » du Moyen-Orient.
Le Financial Times dévoile que deux des collaborateurs du Tony Blair Institute figuraient dans un groupe de travail informel autour du « Great Trust ». L’un d’eux a même rédigé un document proposant un projet de développement économique de Gaza partagé avec les autres membres du groupe intitulé « Gaza Economic Blueprint ». Celui-ci inclut plusieurs propositions pour transformer Gaza en une « Riviera » avec des zones franches et des îles artificielles sur le modèle de Dubaï. Mais contrairement au projet de relocalisation promu par les hommes d’affaires israéliens, ce document ne comporte pas la mention d’un déplacement de population.
Interrogé par le Financial Times, le Tony Blair Institute a nié avoir participé à la construction de la présentation finale du projet « Great Trust ». Le think tank britannique assure que la présentation et le modèle ont été produits par le BCG. L’ancien Premier ministre britannique a néanmoins rencontré Phil Reilly à Londres en mars 2025, à la demande de ce dernier, selon TBI, pour écouter ses propositions. Cet homme d’affaires a fondé en décembre 2024 Safe Reach Solutions (SRS), principale société de sécurité privée censée assurer la distribution d’aide alimentaire à Gaza. Il était également conseiller à temps partiel de la pratique de défense du BCG depuis 2017 jusqu’au début de la mission du BCG pour l’établissement de la GHF.
Une mission de conseil du BCG à 4 millions de dollars
En octobre 2024, la société de sécurité américaine Orbis sollicite le BCG pour réaliser une étude de faisabilité autour d’un nouveau mécanisme d’aide à Gaza, à la demande du Tachlith Institute, un think tank israélien, rapporte le Financial Times. Cette première phase, présentée en interne par deux associés comme un projet « pro bono », est finalement facturée à hauteur de plus d’un million de dollars à la division Impact Social du cabinet. D’après plusieurs sources internes, le BCG avait pris plusieurs mesures au début de cette mission afin d’éviter tout soupçon de partialité. Aucune participation de consultants localisés au Moyen-Orient n’avait été acceptée, au profit d’une gestion discrète depuis Washington.
Mais ce projet prend une nouvelle dimension en janvier 2025, lorsque le BCG poursuit cette mission avec un volet de déploiement opérationnel. C’est désormais la société de capital investissement McNally Capital, qui possède un intérêt au sein d’Orbis et de SRS, qui engage le cabinet pour organiser les opérations de SRS à partir de Tel-Aviv. Un premier contrat de huit semaines est signé début mars pour plus d’un million de dollars, avec une équipe de consultants locaux. Cette équipe sera même renforcée en mai et le contrat prolongé pour deux mois. Le montant total des honoraires planifiés atteint alors 4 millions de dollars, selon l’enquête du quotidien britannique. En février, la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) avait été créée afin de distribuer l’aide à Gaza.
Le BCG fournit un accompagnement stratégique à SRS, pour la gestion logistique et la sélection de prestataires. Mais cette implication devient rapidement problématique, la communauté internationale s’inquiétant de la partialité et du modèle de distribution d’aide proposés par la GHF. Dès le 25 mai, avant le début des opérations de la fondation, le BCG interrompt la mission et renonce à percevoir les paiements contractuels. Et c’est en parallèle de ce projet controversé, et malgré un ordre contraire de la direction du cabinet, que la même équipe du BCG a participé gracieusement au projet de reconstruction « The Great Trust ». Contacté par le Financial Times, le BCG a nié toute implication officielle dans la modélisation financière du projet, affirmant que ce travail avait été mené sans autorisation. Le cabinet a ensuite annoncé le licenciement des deux associés impliqués, Matt Schlueter et Ryan Ordway, le 4 juin.
Alors que le président américain Donald Trump pousse pour une trêve à Gaza, rendant plus pressante la perspective de l’après-guerre, d’autres projets ont été évoqués pour reconstruire la bande de Gaza. La GHF aurait notamment proposé d’établir des camps de « transit humanitaire », potentiellement à l’extérieur de la bande de Gaza, pour expulser les Palestiniens, selon Reuters, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu compte sur les pays arabes pour gérer la gouvernance de l’enclave à l’avenir.



