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Le plaisir au fil des vignobles libanais - Focus

Petite histoire de l’Union vinicole du Liban


Petite histoire de l’Union vinicole du Liban

Zafer Chaoui, ancien président de l’Union vinicole du Liban.

« À la fin de la guerre, en 1992, le Liban ne faisait pas partie de l’OIV (Office international de la vigne et du vin), qui comptait alors 45 membres », raconte d’emblée l’ancien président de l’Union vinicole du Liban, Zafer Chaoui. Cette absence révélait un retard institutionnel préoccupant pour un pays dont le vin a longtemps été un patrimoine culturel et économique. « Il a fallu faire un bilan des lois et décrets relatifs au secteur », poursuit-il. En effet, en 1938, sous le mandat français, un décret n° 166 définissait déjà la production agricole, mais celui-ci avait été annulé en 1983 par un décret-loi, notamment pour lutter contre la fraude. Une situation qui laissait le domaine viticole dans une grande incertitude réglementaire.

De retour d’Europe à cette époque, Zafer Chaoui et d’autres professionnels du secteur alertent les autorités sur cette situation. « Nous avons attiré l’attention du gouvernement sur cette situation déplorable et nous nous sommes adressés au ministère des Affaires étrangères, dont le ministre Farès Boueiz a pris à cœur le dossier », précise-t-il. Ces démarches permettront au Liban de trouver sa place dans l’OIV en 1995, en devenant un membre actif de l’organisation internationale.

Cette reconnaissance internationale s’accompagne d’un travail de fond. Robert Tinlot, alors directeur de l’OIV, et Pierre Peigné, marié à la Libanaise Souad Tabbara et profondément concerné par le vin comme par le pays, se rendent au Liban. Ensemble avec la partie libanaise, ils élaborent des réglementations relatives au vin, un travail qui donnera ultérieurement naissance à une loi encadrant la production et la commercialisation. C’est dans ce contexte qu’émerge l’idée de créer une structure regroupant les producteurs : un regroupement capable de représenter le secteur, de promouvoir la qualité et d’accompagner le pays dans son retour sur la scène viticole internationale.

25 membres aujourd'hui

Cette idée se concrétise en 1997 avec la création de l’Union vinicole du Liban (UVL). À ses débuts, l’organisation réunit quatre membres fondateurs : les châteaux Musar, Kefraya, Ksara et Nakad, sous la présidence de Serge Hochar, figure emblématique du vin libanais. Aujourd’hui, l’UVL, très active, rassemble 25 membres et est dirigée par Micheline Touma. Son rôle s’est élargi au fil des années, en parallèle de la mise en place d’une autre institution majeure : l’Institut national de la vigne et du vin. Issu d’une collaboration étroite entre le secteur privé et les instances publiques, l’institut compte trois membres permanents représentant respectivement le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Industrie et le inistère de l’Économie, et sera présidé également par Serge Hochar jusqu’à son décès en 2014.

L’intégration du Liban au sein de l’OIV se renforce en 2001 par la signature d’un traité entre le gouvernement libanais et l’organisation, consolidant la présence du pays comme membre actif. En 2020, l’OIV change de nom pour devenir l’Organisation internationale de la vigne et du vin, régulant le marché mondial du vin, à l’exception des États-Unis qui s’en sont retirés il y a une vingtaine d’années. Zafer Chaoui, président de l’institut, reste un membre actif et impliqué de l’UVL. « Nous nous complétons, explique-t-il. Aujourd’hui, c’est le directeur général du ministère de l’Agriculture qui représente le Liban au sein de l’OIV, mais nous sommes à ses côtés et nous constatons que le gouvernement actuel nous soutient pleinement sur le plan moral, même si l’aide financière reste insuffisante. »

Cette contrainte budgétaire est un défi permanent. « Partout, nous manquons de fonds », admet Zafer Chaoui. Les contributions annuelles de l’UVL, par exemple, ne suffisent pas à couvrir les dépenses, ce qui oblige les vignobles à participer personnellement à des événements internationaux, comme Wine Paris ou ProWein en Allemagne. Pourtant, la mission de l’UVL reste claire et constante : réunir tous les producteurs, travailler sur le marketing et examiner toutes les propositions, qu’elles viennent du Liban ou de l’étranger. À la différence de l’institut, seuls peuvent rejoindre l’UVL les producteurs disposant de caves et produisant au moins 10 000 bouteilles par an.

Regroupement de professionnels agissant dans l’intérêt commun du secteur, l’UVL a su, seule ou avec l’aide du ministère de l’Agriculture, organiser des événements en France, en Allemagne, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et au Liban. Elle a également fait venir des journalistes spécialisés afin de faire connaître le vin libanais dans le monde entier. L’UVL poursuit en parallèle sa collaboration avec l’OIV, qui avait encouragé la création de l’institut. « Finalement, l’institut est une entité de droit privé reconnue d’utilité publique », souligne Zafer Chaoui.

« La réputation du Liban en tant que producteur de vin est devenue considérable, pour ne pas dire plus », conclut-il, malgré l’absence de soutien financier officiel depuis 2019 et en dépit de l’appui moral du ministère actuel. Grâce à l’UVL et à l’institut, le vin libanais a retrouvé une visibilité internationale, réaffirmant le rôle historique et culturel du Liban sur la scène viticole mondiale.

« À la fin de la guerre, en 1992, le Liban ne faisait pas partie de l’OIV (Office international de la vigne et du vin), qui comptait alors 45 membres », raconte d’emblée l’ancien président de l’Union vinicole du Liban, Zafer Chaoui. Cette absence révélait un retard institutionnel préoccupant pour un pays dont le vin a longtemps été un patrimoine culturel et économique. « Il a fallu faire un bilan des lois et décrets relatifs au secteur », poursuit-il. En effet, en 1938, sous le mandat français, un décret n° 166 définissait déjà la production agricole, mais celui-ci avait été annulé en 1983 par un décret-loi, notamment pour lutter contre la fraude. Une situation qui laissait le domaine viticole dans une grande incertitude réglementaire.De retour d’Europe à cette époque, Zafer Chaoui et d’autres...