Photo fournie par le domaine Adyar.
Il est de notoriété publique que l’histoire du vin libanais est millénaire. Bien avant que le pays ne devienne une destination viticole reconnue, la vigne couvrait déjà les flancs de la Békaa, façonnant des paysages et des traditions qui ont traversé les siècles. Les Romains, dont les empereurs étaient particulièrement friands du vin de la vallée, ont contribué à en diffuser la réputation. Quant aux Phéniciens, ces navigateurs visionnaires, ils en ont fait un pilier de leur commerce, exportant les vins libanais à travers le bassin méditerranéen. Ainsi, le vin au Liban n’est pas un simple produit agricole : c’est un héritage culturel qui se transmet depuis l’Antiquité.
Cet héritage va trouver une expression nouvelle avec la naissance, en 1695, de l’ordre libanais maronite. Dès ses débuts, l’ordre inscrit la vigne au cœur de la vie monastique. Répartis dans soixante monastères au Liban et vingt-cinq autres à l’étranger, les moines cultivent la terre, vendangent, fermentent et produisent des vins destinés autant à l’usage liturgique – notamment le vin doux de messe – qu’au vin de table que les populations voisines venaient acheter. Le vin fait partie du rythme des communautés religieuses, de leur économie comme de leur mission.
La continuité d’un savoir-faire
« La production de vin remonte à la fondation de l’ordre, soit il y a 330 ans », rappelle aujourd’hui le père Élie Yammine, PDG d’Adyar. Mais c’est en 2001 que l’histoire bascule : l’ordre décide d’unifier sous un même nom les vins produits dans ses monastères. Ce nom, Adyar, signifie « monastères » en arabe. Une évidence autant qu’un manifeste. Car Adyar ne représente pas seulement une marque : il incarne la continuité d’un savoir-faire, la volonté de préserver un patrimoine et la conviction que le vin peut être un lien entre spiritualité, terroir et identité.
Le vin d’Adyar devient alors un symbole puissant. Un symbole de patriotisme, d’abord parce qu’il repose sur neuf terroirs distincts, issus de neuf monastères répartis du nord au sud du pays, entre 400 et 1 700 mètres d’altitude. Neuf régions aux caractères marqués qui possèdent chacune son climat, sa topographie, sa composition de sol. Cette diversité permet d’élaborer des vins qui ne se ressemblent pas, des vins porteurs d’un terroir reconnaissable, façonnés par des conditions naturelles exceptionnelles.
Un fragment du Liban
Chaque bouteille raconte un fragment du Liban : ses montagnes, ses coteaux, ses contrastes climatiques, ses terres profondes et variées. Un symbole de spiritualité, ensuite, parce qu’il est façonné par des religieux. L’œnologue lui-même est un prêtre de l’ordre, et les vignes poussent sur des terres marquées par la présence de saints. Sainte Rafqa, saint Charbel, saint Nehmetallah Hardini et le bienheureux Estefan ont tous vécu dans ces monastères qui produisent aujourd’hui les vins d’Adyar. Trois d’entre eux étaient membres de l’ordre maronite et participaient activement aux travaux de la vigne.
Aujourd’hui encore, les monastères partagent les mêmes vendanges et perpétuent cette dimension spirituelle unique. Elle se retrouve jusque sur les bouteilles, ornées d’une croix qui en fait la signature visuelle et identitaire à travers le monde. Cette croix n’est ni un symbole marketing ni un simple détail graphique : elle est la trace visible d’un engagement, d’une origine et d’une philosophie.
La gamme Adyar s’est enrichie au fil du temps. Elle comprend aujourd’hui une collection remarquée de vins rouges, blancs, rosés et de vins doux. Les cuvées haut de gamme – Les Monastères –, L’Expression Monastique, véritable best-seller, ou encore le vin blanc Inspiration et Chardonnay illustrent le raffinement de la production. Chaque bouteille porte le nom du monastère dont elle est issue, une précision à laquelle tient Jihane Dib, directrice commerciale et opérationnelle, qui veille à maintenir une palette de cépages généreuse et équilibrée.
« Qualité avant quantité »
La production annuelle atteint environ 100 000 bouteilles, mais pourrait augmenter en fonction de la demande. « Qualité avant quantité », insiste Jihane Dib. Les vins d’Adyar sont organiques et certifiés CCPB : aucun produit chimique n’est utilisé dans les vignes, et le taux de sulfites est particulièrement bas. Résultat : des vins plus naturels, plus digestes, capables de vieillir plus de quinze ans. « Respect de la nature, de la santé et de la vie », résume-t-elle.
Un vin venu des monastères, façonné par la terre et par la foi, tourné vers l’avenir autant que vers ses racines. Adyar poursuit aujourd’hui son développement, misant sur l’innovation dans la vinification tout en préservant l’âme, l’héritage et l’identité qui font sa singularité. Un vin venu des cieux dont l’ambition est claire : porter toujours plus haut les couleurs de la production libanaise et se positionner sur un nombre croissant de marchés dans le monde. Un voyage qui commence dans la vigne… et finit dans la l’élévation.

