Photo fournie par Château Trois Collines.
Quand on arrive sur les hauteurs de Aïn Bourdaï, on a d’abord l’impression d’être face à un paysage que le temps aurait abandonné. Un plateau minéral, sec, balayé par les vents, sans promesse apparente. C’est pourtant là, à 1 550 mètres d’altitude, qu’une histoire singulière a commencé : celle d’une ancienne carrière de pierre que l’on croyait stérile, et qu’un homme a décidé de transformer en vignoble. En 2011, animé par une vision profondément ancrée dans sa terre, Ziad Ammar entreprend de donner une nouvelle vie à ce lieu oublié. Là où d’autres ne voyaient qu’un terrain aride, il perçoit le potentiel d’un grand terroir. Les Romains, d’ailleurs, ne s’y étaient jamais trompés : à moins de cinq kilomètres se dressent les colonnes du temple de Bacchus, témoignage millénaire d’un territoire choisi pour le vin.
Ce qui n’était qu’un pari – presque un acte de foi – devient rapidement un projet agricole ambitieux, fondé sur la conviction que la nature récompense ceux qui l’écoutent. Dès 2013, les premières vignes prennent racine. Plantées en pente, palissées avec soin, elles s’étendent aujourd’hui sur une densité de 5 000 pieds par hectare, puisant dans un sol argilo-calcaire reposant sur une roche mère calcaire qui signe déjà leur caractère. Les rendements y sont volontairement maîtrisés – à peine 1,5 kg par pied – afin de laisser s’exprimer l’essentiel : la pureté du fruit, la profondeur du terroir et la promesse d’un vin d’altitude façonné par un climat rude et sain.
Culture biologique et écologique
La signature environnementale est au cœur du domaine. Les vignes sont certifiées en culture biologique et écologique, et toute l’électricité utilisée dans le vignoble provient de sources 100 % renouvelables, grâce à l’installation de panneaux solaires qui assurent une autonomie exemplaire. Ici, le respect de la nature n’est pas un slogan : c’est la pierre angulaire du projet, sa mission même – Giving back to Lebanon, giving back to nature.
À quelques dizaines de kilomètres, mais toujours à 1 500 mètres d’altitude, se trouve l’autre pilier de Château Trois Collines : la cave de Dahr el-Baïdar-Aïn Dara, construite en 2017. Moderne, épurée, équipée de cuves en inox thermorégulé, elle a été pensée pour accompagner la montée en gamme d’une production qui se veut exemplaire, capable d’atteindre 500 000 bouteilles par an. C’est ici qu’ont vu le jour les premières cuvées rouges, blanches et rosées, toutes certifiées biologiques, fruit d’une approche rigoureuse et d’un savoir-faire éclairé.
Innovation
La dynamique d’innovation se poursuit avec la création d’une distillerie dédiée à un arak haut de gamme. Deux cépages autochtones – Obeidi et Merwah – cultivés sur le domaine attenant à la cave sont distillés dans un alambic et une colonne flambant neufs avant d’être élevés plusieurs années dans des amphores en terre cuite importées d’Italie. Un retour aux sources, certes, mais avec une précision et une exigence qui ancrent cette tradition dans la modernité.
À partir de 2026, Château Trois Collines révélera une nouvelle dimension : un restaurant doté d’une grande terrasse estivale, un lounge, une salle de dégustation, une boutique ainsi qu’un espace pour événements privés et un programme de visites guidées. L’ambition est claire : faire du domaine un lieu vivant, ouvert, où l’on découvre non seulement un vin mais une culture, une vision, un attachement profond au terroir libanais.
Château Trois Collines n’est pas seulement un vignoble né sur une colline de pierre. C’est le récit d’un territoire réhabilité, d’un héritage ravivé et d’une volonté inébranlable de rappeler au monde ce que le Liban a toujours su faire : transformer la terre en mémoire, et le vin en langage.

