Le domaine de Château Kasra. Photo Elena Kukoleva
Il y a plus de 7 000 ans, dans les « prairies d’or » de la Békaa, près de Zahlé, les Phéniciens ont su cultiver la vigne pour devenir les premiers négociants en vin de l’histoire. Ils portèrent cette culture, une science nouvelle et un art de vivre au vieux monde de la Méditerranée. C’est au cœur de ces terres où la vigne dessine des entrelacs depuis la nuit des temps que Château Ksara se situe à la croisée d’une première tradition et d’une modernité créatrice. Fondé en 1857 par les pères jésuites, venus pour prêcher mais qui cultivaient aussi la terre, il est le plus ancien domaine viticole du Liban.
Dans une continuité historique, il fallait que la propriété se découvre posée sur deux kilomètres de caves romaines à la proximité du mythe grandiose du temple de Bacchus. Ces caves découvertes et agrandies par les villageois de la région furent aussi un refuge pour eux, auprès des pères jésuites, lors de la conscription dans l’armée ottomane. Dans un pays de traditions, il fallait que jusqu’à ce jour, les vins de Ksara soient encore vieillis dans ces mêmes lieux, de vrais labyrinthes au caractère immuable pour marquer une fidélité à une légende.
Les premiers vins de Ksara furent élaborés en partie de cépages rhodaniens, tels que le Carignan et le Cinsault, et étaient destinés à la consommation des religieux. Puis, suivant les méandres du temps, la Première Guerre mondiale changea la donne et en 1920, avec le mandat, les autorités françaises administraient plus de 50 000 soldats et fonctionnaires qui aimaient boire. Cela permit aux religieux de vendre leur vin, un nouveau tournant dans l’histoire.
Une identité et une tradition
Les dieux changent les destinées des lieux et, en 1973, le pape recommande aux pères jésuites de se défaire de tout intérêt lucratif. Ainsi, les caves furent vendues aux propriétaires actuels qui relevèrent un défi, celui de la continuité, de l’amélioration, de l’ouverture sur le monde entier. Château Ksara devient une identité et une tradition du Liban, liées à une compétition internationale.
Quand l’année 1990 a mis fin à une guerre civile de quinze ans, dévastatrice et coûteuse, il fallait un nouveau coup d’envoi des Caves de Ksara, dans un programme de restructuration, d’introduction de nouveaux cépages tels que le Cabernet Sauvignon, le Merlot, la Syrah et le chardonnay, et cela pour compléter les cépages traditionnels. Cette amélioration a permis à un producteur libanais historique de répondre aux besoins de consommateurs internationaux.
Château Ksara cultive 400 hectares de vignobles et produit 3 millions de bouteilles chaque année. Par ailleurs, il a été le premier producteur libanais à élaborer des vins mono-cépages : le Cabernet Sauvignon, le chardonnay ainsi que le premier à produire un Merwah mono-cépage.
À la tête d’une exploitation toujours en croissance, et dans une fidélité de plus d’un quart de siècle, l’œnologue James Palgé a offert son savoir, sa fidélité, une constance exemplaire.
D’autre part, toujours sur la lancée d’une spécificité et d’une exigence d’adaptation, le domaine a renforcé ses engagements environnementaux. Il fallait affronter le changement climatique, l’urbanisation, le risque d’une sècheresse accrue dans la vallée de la Békaa. Ainsi, Château Ksara a adopté les meilleures pratiques dans les vignobles et dans les caves afin de réduire l’empreinte carbone et de renforcer son économie circulaire : il a fallu recycler 50 % de ses eaux usées grâce à un processus de traitement par lequel les bactéries se nourrissent des déchets du vin tels que le sucre, les pépins et les peaux. L’énergie solaire a pu réutiliser ces déchets agricoles pour créer des sources renouvelables. L’utilisation de bouteilles plus légères a permis de réduire l’empreinte carbone.
Un remarquable ambassadeur du Liban
Aujourd’hui, les résultats sont éloquents. Ksara est le premier domaine viticole du Liban. Mythe, tradition et modernité ont permis une gamme de 17 vins de Château Ksara avec un éventail d’arômes libanais riches du terroir de la Békaa. D’autres cuvées faciles à boire, fruitées, s’ajoutent à des vins plus complexes qui reflètent la forte influence française du domaine.
C’est dans le quotidien d’un art de vivre, sur la table familiale ou celle de l’accueil que le vin allie l’affection à l’ivresse, le goût à la rêverie. Dans les restaurants libanais du monde entier, il prouve sa qualité et son niveau de compétition. Durant les trente dernières années, il a été un remarquable ambassadeur du Liban.
Chaque année, des milliers de touristes explorent les caves romaines de Château Ksara et profitent des dégustations guidées, animées par le personnel certifié WSET. Le domaine dispose d’un restaurant et d’une salle de dégustation spécialement conçue.
Pour finir, le président Zafer Chaoui affirme : « Le Château Ksara est probablement le plus important dans le domaine du vin dans toute la région. C’est aussi le plus ancien domaine viticole du Liban, avec une histoire prestigieuse connue de la majorité des Libanais. Ces derniers savent qu’il a été fondé grâce aux efforts pionniers des pères jésuites, des étrangers venus vivre parmi les habitants de la vallée de la Békaa et qui ont cherché à améliorer leur situation. C’est une histoire merveilleuse et cet héritage s’accompagne d’une certaine responsabilité, mais il nous donne aussi une motivation extraordinaire. »


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