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Le plaisir au fil des vignobles libanais - Parcours

Une œnologue libanaise ? Plutôt quatre…


Une œnologue libanaise ? Plutôt quatre…

Diana Salameh, Tamara Gebara Khater, Karen Rahhal et Diana Younès Lavenu : quatre oenologues libanaises.

L’œnologie est un métier que l’on relie souvent aux hommes et pourtant, cela fait un moment que les femmes ont investi la scène. Au Liban, dans une société a priori patriarcale, naviguent-elles en eau trouble ? Nous avons recueilli le témoignage de quatre d’entre elles. Toutes ont dû faire leurs preuves, certaines plus que d’autres, mais le fait de travailler au sein d’entreprises familiales, pour la plupart, a facilité la besogne.

Diana Salameh

Photo Création 9.
Photo Création 9.

Diana Salameh, originaire de Zahlé, donc de la Békaa, raconte que ses deux grands-parents avaient des vignes qui l’ont toujours intéressée en tant que telles. À la fin de son cycle d’études au Liban, elle tombe sur une licence « Sciences de la vigne et du vin » à Dijon, à laquelle elle s’inscrit. Elle fait suivre ce parcours d’une licence en œnologie pour rentrer dans le milieu. Elle passe en France une dizaine d’années entre études et travail, puis rentre au Liban au moment où le pays commence à offrir des possibilités en la matière. Elle débute auprès d’un grand domaine avant de constater l’émergence de plus en plus de petites productions qui ne peuvent se permettre des emplois à plein temps, et décide alors de faire du conseil à son propre compte.

Elle assure n’avoir rencontré aucune difficulté à s’affirmer en tant que femme au Liban, a contrario de la France où le milieu est générationnel et beaucoup plus traditionnel. « Au Liban, je n’ai pas eu de problème à ce niveau-là, surtout que le secteur est assez récent et que les gens ne savent pas travailler la vigne comme on le fait pour les raisins de cuve. Par ailleurs, le métier de caviste est aussi un nouveau métier, et les gens qui y sont impliqués sont à l’écoute de ceux qui ont un diplôme, ce qui forge le respect, surtout lorsqu’il a été décroché en France. »

Elle affirme qu’au Liban, on respecte le savoir et que le genre n’a aucune importance, sauf dans la dégustation où les femmes ont l’avantage avec un nez beaucoup plus fin. « J’étais l’une des premières à avoir ce diplôme au Liban, c’était l’âge d’or, au milieu des années 2000, où la demande était très importante. Je suis bien tombée. À présent je me considère senior, mais je ne sais pas s’il y a les mêmes opportunités pour les jeunes aujourd’hui. »

Tamara Gebara Khater

Photo fournie par l'intéressée.
Photo fournie par l'intéressée.

Tamara Gebara Khater a décroché, elle aussi, un diplôme d’œnologie à Dijon après des études d’ingénieure agro-alimentaire à l’USJ. Elle raconte aimer le vin depuis toute jeune, une passion qu’elle partage avec une famille amatrice de cet élixir. Elle a grandi en dégustant des vins et en cuisinant pour marier les deux. Elle commence par travailler en France, à Chablis puis à Bordeaux, avant de rentrer au Liban où elle travaille pour un grand domaine, puis embarque pour la France où elle aboutit à Sancerre chez Pascal Jolivet. À son retour au Liban, elle se met au service de la cave de son époux, et ensemble, ils produisent un vin issu de l’amour autant que de l’expertise.

Tamara dit évoluer dans un milieu masculin, en général pas très éduqué, où la présence d’une femme est toujours perçue avec une certaine condescendance, surtout quand elle est à la tête de l’entreprise. Mais elle souligne que le fait qu’il y ait de plus en plus de femmes œnologues facilite les choses, tout comme le temps qui passe et permet à l’habitude de s’installer.

« Les femmes sont plus axées sur le détail, plus minutieuses, ce qui est un avantage pour travailler le vin, qui est une tâche délicate. Avec mon mari, nous le constatons à la cave », déclare-t-elle. Vu qu’il y a de plus en plus de femmes dans le secteur, les hommes œnologues commencent à apprécier de travailler avec nous, conclut-elle.

Karen Rahhal

Photo fournie par l'intéressée.
Photo fournie par l'intéressée.

Karen Rahhal est née en 1999, en même temps quasiment que les vignes familiales qui ont vu le jour en 1998. Elle baigne avec son frère jumeau dans cette culture qui la façonne prématurément. Il semblait évident que son frère travaillerait la vigne et qu’elle s’occuperait des affaires courantes. Sauf que c’était mal la connaître. Très tôt, elle développe un penchant pour les sciences et un goût pour le travail de la vigne. Elle s’inscrit dans un cursus d’agriculture en Italie avant de poursuivre des études d’œnologie entre la France et le Portugal, et son penchant se mue en passion.

« Je dégustais très jeune du vin (modérément) et j’adorais ça. En goûtant de plus en plus de vins dans le monde, j’ai réalisé l’étendue du potentiel libanais. » Il n’en faut pas plus à Karen pour rentrer au bercail et devenir l’œnologue de la famille.

C’est là que la résistance vis-à-vis d’une patronne plutôt qu’un patron dans ce genre d’entreprise s’installe. « Il a fallu que je prouve mes capacités, surtout que je suis la plus jeune sœur et en plus la jumelle d’un garçon. J’ai dû faire preuve de fermeté sans me positionner dans la concurrence mais plutôt dans un esprit d’équipe », précise Karen Rahhal.

Diala Younès Lavenu

Photo fournie par l'intéressée.
Photo fournie par l'intéressée.

Diala Younès Lavenu commence par un cursus d’ingénieure agronome à l’USJ. Elle fait un stage dans un grand domaine de la Békaa et « tombe dans la marmite », ou plutôt dans la cuve. Elle comprend très vite que c’est le métier qu’elle veut exercer. Elle finit son cycle d’ingénieure à Lille, où elle travaille sur la bière, avant de rentrer au Liban où elle travaille au laboratoire puis dans le chai auprès du directeur technique, dans ce même domaine qui lui avait offert un stage à chaque retour de vacances.

Très vite, on lui confie la responsabilité du laboratoire en même temps qu’elle poursuit un DEA en assurance qualité. Elle est du coup promue assistante directeur technique avant de remplacer le directeur technique lui-même. Elle devient, à 24 ans, la plus jeune œnologue, et parmi les seules femmes libanaises, à occuper un poste important dans ce rayon au Liban.

Trois ans plus tard, elle se rend à Bordeaux pour des études d’œnologie à la faculté. Elle tombe amoureuse de cette ville qu’elle n’a plus jamais quittée. Elle touche à tout ce qui a trait au vin : responsable de production, responsable technique, développement, marché… Les fonctions s’enchaînent, le réseau s’élargit, et aujourd’hui elle sillonne la France.

Diala Younès Lavenu rejoint Diana Salameh quant aux écueils plus importants en France, où le milieu est beaucoup plus misogyne et où les femmes sont rares, surtout aux postes techniques. Elle n’a toutefois pas eu de mal à imposer des projets judicieux qu’elle défend bec et ongles. « J’avais tout ce qu’il fallait pour argumenter et parvenir à mes fins », dit-elle. Au Liban, elle arrivait avec son statut d’ingénieure qui en imposait ; en France, certains collègues masculins la mettaient au défi d’exécuter certaines tâches qu’elle leur demandait, notamment le remontage dans les chais. « Je me suis exécutée une à deux fois ; après ça, tout est rentré dans l’ordre. Quand on a les idées claires et affirmées, les obstacles tombent les uns après les autres », conclut-elle.

L’œnologie est un métier que l’on relie souvent aux hommes et pourtant, cela fait un moment que les femmes ont investi la scène. Au Liban, dans une société a priori patriarcale, naviguent-elles en eau trouble ? Nous avons recueilli le témoignage de quatre d’entre elles. Toutes ont dû faire leurs preuves, certaines plus que d’autres, mais le fait de travailler au sein d’entreprises familiales, pour la plupart, a facilité la besogne.Diana SalamehPhoto Création 9. Diana Salameh, originaire de Zahlé, donc de la Békaa, raconte que ses deux grands-parents avaient des vignes qui l’ont toujours intéressée en tant que telles. À la fin de son cycle d’études au Liban, elle tombe sur une licence « Sciences de la vigne et du vin » à Dijon, à laquelle elle s’inscrit. Elle fait suivre ce parcours d’une licence en...