Carlos Khachan s’impose comme une référence de la sommellerie libanaise, alliant expertise, élégance et curiosité. Photo fournie par l'intéressé.
Il parle du vin comme d’un poème, avec la précision d’un ingénieur et la sensibilité d’un artiste. Pour Carlos Khachan, chaque verre est une histoire, chaque cépage une mémoire. Ingénieur agronome de formation, sommelier, œnologue, formateur et entrepreneur, il incarne depuis plus de vingt ans le visage érudit et passionné de la culture du vin libanais.
Diplômé de l’Université du Vin de Suze-la-Rousse, dont il sort major de promotion, il cumule les certifications prestigieuses du Wine and Spirit Education Trust (WSET) et de l’Université catholique de Louvain. Cette double approche, scientifique et sensorielle, façonne son regard. Lors de ses années en France, il s’imprègne profondément de la culture gastronomique. Fromages et vins prennent place dans sa vie, l’entraînant vers une démarche de dégustation scientifique, notamment autour de modèles statistiques permettant de cerner les préférences des consommateurs et le profil sensoriel des produits alimentaires. Ce processus rigoureux et exigeant l’oriente peu à peu vers le vin et sa consommation, qui finissent par devenir une véritable passion.
De ses débuts dans les laboratoires d’analyse au lancement de Vin Gourmet à Paris, Carlos Khachan s’impose comme une référence de la sommellerie libanaise, alliant expertise, élégance et curiosité. Son approche du vin n’est jamais figée : elle évolue au rythme des découvertes, des rencontres et des terroirs.
Le vin comme culture et comme mission
De retour au Liban, il fonde en 2002 le Club Grappe, premier club de dégustation du pays, et fait de la pédagogie œnologique un véritable art de vivre. Il organise de nombreuses activités autour du vin avant de se lancer dans l’importation de crus français et italiens. Son objectif est clair : promouvoir les petites productions et valoriser l’humain derrière chaque bouteille.
« Ce qui m’intéresse, c’est l’approche familiale, le contact direct avec les propriétaires », dit-il. Caviste passionné, il anime aussi des soirées de dégustation où il commente les vins avec précision et enthousiasme. Mais la crise de 2019 viendra tout freiner, comme tant d’autres projets culturels et économiques au Liban.
Un terroir aux mille visages
La richesse du vin libanais trouve ses racines dans une histoire plurimillénaire. Les Phéniciens produisaient déjà du vin qu’ils appelaient Cherem — un breuvage qui rappelle le vermouth actuel. Aujourd’hui, le Liban, avec ses 300 jours de soleil par an et ses microclimats variés, offre des conditions idéales pour des vins équilibrés et harmonieux. Entre le Mont-Liban et l’Anti-Liban, les vignerons cultivent des vignes d’altitude jusqu’à 1 800 mètres, comme à Aïnata, donnant naissance à des rouges puissants et tanniques, mais aussi à des blancs d’une fraîcheur et d’une acidité remarquables, capables de vieillir avec grâce.
Le pays bénéficie d’une liberté d’expression vinicole rare : en l’absence de réglementation stricte des appellations, les œnologues peuvent expérimenter, planter et créer selon leur vision. Cette souplesse nourrit une créativité unique au monde.
La vinification libanaise reste profondément marquée par l’héritage français. La plupart des œnologues ont été formés en France et s’inspirent des méthodes traditionnelles. Les cépages bordelais – Cabernet Sauvignon, Merlot, Petit Verdot, Malbec – côtoient la Syrah de la plaine de la Békaa, donnant des assemblages originaux, souvent élevés en fûts de chêne français. Mais le Liban sait aussi préserver ses cépages indigènes : Obeidi et Merwah pour les blancs, Sabaghiyé et Abou Kirich pour les rouges. Des recherches récentes sur l’ADN des variétés locales, comme le Miksasi et le Kfayfihi, visent à identifier d’autres trésors autochtones oubliés.
Cette mosaïque climatique et géographique permet de distinguer trois grandes régions viticoles : la plaine de la Békaa (60 % de la production), le district de Batroun au nord (25 %), et le Mont-Liban (15 %), où des villages comme Bhamdoun, Jezzine, Khenchara ou Faqra perpétuent une longue tradition de viticulture de montagne.
Un pont entre terroirs et émotions
Fort de son expérience et de sa passion intacte, Carlos Khachan enseigne aujourd’hui à l’Université Saint-Joseph dans le cadre du Mastery Wine Certificate. Il rêve d’y ouvrir une véritable école de sommellerie et prépare la création de la Société des œnophiles du Liban, un projet culturel et économique né d’un profond désir de rassemblement autour du vin.
Il imagine déjà des bars à vin conçus comme des lieux de communauté et de partage, pleins d’émotion, de raffinement et d’authenticité. « Plus qu’un bar, ce sera un lieu de rencontre, un espace de culture et de convivialité », explique-t-il.
Entre ses cours, ses formations pour professionnels et amateurs et ses missions de conseil entre Paris et Beyrouth, Carlos Khachan a bâti un véritable pont entre les terroirs libanais et la culture viticole européenne. Son parcours est celui d’un passeur – celui qui goûte, analyse, partage… et surtout transmet.


L'Arabie saoudite dit avoir intercepté trois drones en provenance d'Irak
L'OLJ révèle le projet non définitif de déclaration d’intention entre Israël et le Liban