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Lifestyle - Mode

Chanel métiers d’art 2026 : la lettre d’amour de Matthieu Blazy à New York

Chaque mois de décembre, Chanel présente une collection « Métiers d’art » qui met en avant le savoir-faire des ateliers traditionnels parisiens rachetés par la maison à la fin des années 1980. L’interprétation de Matthieu Balzy présentée à New York est rafraîchissante.

Chanel métiers d’art 2026 : la lettre d’amour de Matthieu Blazy à New York

C’est dans une station de métro désaffectée de New York que Matthieu Blazy, le nouveau directeur artistique de Chanel, a choisi de présenter la collection annuelle des métiers d’art. Photo Chanel

Bowery, New York, une station de métro désaffectée. Le métro new-yorkais est déjà glauque. Vide, il est encore plus anxiogène. C’est pourtant dans ce décor sombre et brutaliste que Matthieu Blazy, le nouveau directeur artistique de Chanel, a choisi de présenter la collection annuelle la plus précieuse, la plus significative pour les ateliers et artisans de la maison, celle des métiers d’art. Avec force couleurs, évocations, récits, silhouettes décalées, liberté ébouriffée, il va faire exploser les codes et les contrastes.

La collection Métiers d’art est une collection spéciale, ajoutée en 2002 par Karl Lagerfeld aux cinq défilés habituels, pour mettre en avant le savoir-faire d’exception des maisons d’art acquises par Chanel à la fin des années 1980. Traditionnellement, chaque mois de décembre, entre les broderies des ateliers Lesage et Montex, les chaussures de Massaro, les bijoux couture de Goossens, les plumes et fleurs du plumassier Lemarié, les chapeaux de Maison Michel, la ligne réalisée par les métiers d’art de Chanel est une démonstration de haute voltige. De spectaculaires défilés de cette catégorie ont été déployés par Lagerfeld. Il suffit de se remémorer le faste, l’or, les broderies monumentales Lesage sur la collection dédiée à Byzance en 2010. Par la suite, Virginie Viard qui succède au Kaiser en offre une interprétation sobre et poétique, notamment à Manchester, entre rock, textiles et codes de la working class anglaise. Matthieu Blazy choisit littéralement l’underground pour chahuter le haut luxe en détournant le populaire.

Tout à coup, sous les néons blafards, dans la quasi pénombre où l’on s’attend à voir surgir d’un wagon fantôme quelque zombie de série B ou détective alcoolisé de film noir, Blazy vous invite dans son comic strip. On imagine des bulles, on croit entendre ces wip! clip! crap! bang! vlop! zip! et autres shebam inventés par Gainsbourg. Ce fourreau brodé de grosses pastilles orange, zébré de noir, vous êtes sûr de l’avoir vu le matin-même, avant d’arriver à ce défilé. Mais où, comment ? Un temps de réflexion et vous apparaît clairement le tigre des céréales Kellog’s… Mais c’est bien sûr !

Sur le quai, les silhouettes défilent avec l’allure de personnages urbains magnifiés : l’étudiante en denim de soie, la femme d’affaires en tailleur aux lignes résolument new-yorkaises, la journaliste stylée des seventies. Autant d’archétypes récupérés puis transcendées par la couture Chanel.

Le luxe dans l’art de l’illusion

Que vient faire ce jeans dans une collection Métiers d’art ? C’est beau cette fluidité, mais quel rapport ? L’illusion, justement. Le satin qui se délave et se dégrade en bleus inouïs. Pas de broderies, ici : le pull/pantalon informel pour aller au travail à l’heure de pointe. Mais il faut regarder de plus près pour comprendre pourquoi cette apparente banalité magnétise : elle est sublimée de sophistications invisibles. Le pull est tissé point par point d’un village de montagne. La sensualité s’impose avant que les sens ne comprennent ce qu’ils viennent de percevoir. Chaque pièce incarne une dialectique entre l’artisanat traditionnel et la modernité : des broderies perlées qui dessinent des silhouettes de skyline new-yorkaise, des minaudières en forme de gobelets à café symbolisant l’énergie de la ville, ou encore des sacs trompe-l’œil évoquant des animaux et des objets quotidiens, autant de créations déjantées qui défilent sur le tapis roulant de la pop culture contemporaine.

Dans les pièces de Blazy, il n’est pas rare de sentir l’écho du cinéma : une robe frangée fait subtilement référence aux flappers des années 30. Elle aussi un clin d’œil à l’esprit pionnier de Gabrielle Chanel elle-même. Les motifs, les tailleurs semblent tout droit sortis d’un script new-yorkais, oscillant entre glamour décalé et réalité quotidienne.

Une cillection sublimée de sophistications invisibles. Photo Chanel
Une cillection sublimée de sophistications invisibles. Photo Chanel

New York, une expérience sociale

New York n’est pas une ville choisie au hasard. En 2006, Karl Lagerfeld avait déjà posé les bases d’un rituel en transformant Grand Central Terminal en podium, introduisant une série de défilés qui ont inscrit Chanel dans l’imaginaire new-yorkais pendant près de vingt ans, jusqu’à la dernière présentation de cet héritage au Met en 2018. Blazy, qui a passé des années à arpenter la ville à l’époque où il travaillait pour Calvin Klein, a vu dans la métropole un théâtre vivant : un lieu où tous les mondes se croisent sans hiérarchie, et où le métro, brasseur de vies, de cultures, d’identités, devient métaphore parfaite d’une couture qui revendique sa magie au cœur du réel.

Cette diversité des typologies évoquées n’est pas simplement esthétique : elle raconte des histoires multiples qui se croisent sans filtre social, et celle d’une maison à l’écoute de son siècle, qui explore aujourd’hui la mode comme expérience sociale autant que comme luxe traditionnel.

Bowery, New York, une station de métro désaffectée. Le métro new-yorkais est déjà glauque. Vide, il est encore plus anxiogène. C’est pourtant dans ce décor sombre et brutaliste que Matthieu Blazy, le nouveau directeur artistique de Chanel, a choisi de présenter la collection annuelle la plus précieuse, la plus significative pour les ateliers et artisans de la maison, celle des métiers d’art. Avec force couleurs, évocations, récits, silhouettes décalées, liberté ébouriffée, il va faire exploser les codes et les contrastes.La collection Métiers d’art est une collection spéciale, ajoutée en 2002 par Karl Lagerfeld aux cinq défilés habituels, pour mettre en avant le savoir-faire d’exception des maisons d’art acquises par Chanel à la fin des années 1980. Traditionnellement, chaque mois de décembre, entre...
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