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Agenda - Hommage

Georges Zeenny : dix ans déjà...

Dix années se sont écoulées depuis que Georges Zeenny nous a quittés, emportant avec lui une présence artistique, une créativité généreuse, mais surtout un sentiment de patriotisme d’une profondeur presque unique, que ni personne ni situation pouvait ébranler.

Un grand artiste, un galeriste, un collectionneur, un restaurateur, un curateur, un lanceur de talents, un créateur d’événements, un critique d’art, bref un homme de culture, qui, dans toute action entreprise, mettait le Liban comme piédestal et essence de son action, ce Liban qu’il a toujours voulu à l’image de son amour pour lui.

Dans les années 70 et 80, alors que le Liban entrait dans une période de bouleversements, il a fait du Smuggler’s-Inn bien plus qu’un établissement familial de la famille Zeenny : ce lieu devint un refuge où les artistes, les écrivains, les musiciens, les penseurs venaient chercher la chaleur que la ville ne pouvait plus offrir. J’étais jeune, mais je n’ai jamais oublié l’atmosphère de ces soirées où l’on parlait d’art comme on parle d’avenir, avec une intensité qui défiait la violence de l’extérieur.

Aujourd’hui, 40 ans plus tard, la rue Makhoul, qui abritait le Smuggler’s Inn entièrement détruit en cette nuit fatidique du 9 janvier 1985 par une détonation maléfique, reste incarnée dans la mémoire collective de Beyrouth. C’est dans cette même ruelle qu’a vu le jour le permier festival de rue des arts contemporains au Liban, intitié par Georges Zeenny, le « Festival de la rue Makhoul », dont la première édition remonte à 1977.

Avec la même passion, il a fondé la galerie Elissar, un espace où il a accompagné des générations d’artistes libanais et arabes, donnant à chacun non seulement un espace ou un mur où s’exposer, mais aussi une oreille, une confiance, une vision, une orientation. Son travail ne se limitait pas à montrer des œuvres ; il créait des histoires, construisait des ponts et transformait la mémoire individuelle en mémoire collective. Quand il s’est absenté du pays pour des raisons familiales, il a emporté son Liban avec lui. Aujourd’hui, le Battersea Park de Londres garde toujours la trace de son passage, où gît un cèdre du Liban qu’il a planté en commémoration du 50e anniversaire de l’Indépendance du Liban. Ce cèdre réside sur un petit monticule de ce parc intitulé The Mount Lebanon.

Dix ans après son départ, son empreinte demeure ancrée dans la mémoire culturelle de notre pays, dans les artistes qu’il a découverts, dans les expositions qu’il a rendu possibles, dans les archives qu’il a patiemment rassemblées et exposées, dans les livres où il a consigné que d’héritages du patrimoine libanais. En tant que son fils, je porte cet héritage avec fierté et gratitude. Je sais aujourd’hui combien tout ce qu’il a accompli relevait de courage : le courage de croire en la beauté, en la culture et surtout en l’identité libanaise, même dans les plus sombres moments de tourmente.

Dix ans après, ton absence se ressent douloureusement, mais ta présence reste immense et intacte. Installé dans ton salon en jetant un regard autour de moi, je te dédie, à toi Georges, les mots qui me reviennent d’une chanson de Dalida : « Les murs n’ont pas vieilli, la maison se rit du temps… »

Dix années se sont écoulées depuis que Georges Zeenny nous a quittés, emportant avec lui une présence artistique, une créativité généreuse, mais surtout un sentiment de patriotisme d’une profondeur presque unique, que ni personne ni situation pouvait ébranler.Un grand artiste, un galeriste, un collectionneur, un restaurateur, un curateur, un lanceur de talents, un créateur d’événements, un critique d’art, bref un homme de culture, qui, dans toute action entreprise, mettait le Liban comme piédestal et essence de son action, ce Liban qu’il a toujours voulu à l’image de son amour pour lui.Dans les années 70 et 80, alors que le Liban entrait dans une période de bouleversements, il a fait du Smuggler’s-Inn bien plus qu’un établissement familial de la famille Zeenny : ce lieu devint un refuge où les...