Les sénateurs américains Peter Welch (2e à g.), Chris Van Hollen (g.), avec le journaliste Dylan Collins, de l'AFP, lors d'une conférence de presse au Capitole, le 11 décembre 2025. Photo SAUL LOEB / AFP
Quatre parlementaires américains ont déploré jeudi que l'armée israélienne n'avait jamais eu à rendre des comptes pour la frappe qui avait tué, le 13 octobre 2023, un vidéaste de Reuters et blessé plusieurs de ses collègues et confrères.
Parmi les quatre législateurs, le sénateur Peter Welch, membre du Parti démocrate, a ainsi dénoncé « l'obstruction » de l’administration Trump face à ses demandes d’explications au sujet de cette attaque meurtrière. « Nous avons fait preuve d’une patience extrême et avons tout tenté raisonnablement d’obtenir des réponses. Nous faisons face à une obstruction totale, à chaque étape », a affirmé dans une conférence de presse à Washington le sénateur du Vermont, État dont est originaire Dylan Collins, l'un des blessés. « Il est clair que l’armée israélienne n’a jamais eu l’intention réelle de mener des investigations sur cette attaque. La seule chose qu’on nous a dite, c’est qu’elle était « non intentionnelle », non intentionnelle de tirer sur des personnes à découvert, parfaitement visibles, observées sur place pendant plusieurs heures », a poursuivi M. Welch, à côté de qui se tenait M. Collins. « Nous attendons du gouvernement israélien qu’il mène une enquête conforme aux normes internationales et qu’il tienne pour responsables les auteurs de cet acte », a-t-il conclu.
Il n’a pas précisé quels éléments il avait demandés au gouvernement israélien, ni ce qui lui avait éventuellement été transmis.
Toujours en cours d'examen
Le 13 octobre 2023, soit cinq jours après l'ouverture par le Hezbollah du 'front de soutien' à Gaza, deux tirs d’obus de char israélien sur la localité de Alma el-Chaab (caza de Tyr) avaient coûté la vie au vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres journalistes, dont deux de l'AFP, l'Américain Dylan Collins et la Libanaise Christina Assi, amputée de la jambe droite. Qualifiée de « crime de guerre » par un rapporteur de l'ONU, cette attaque meurtrière est loin d'être la dernière depuis le début de la guerre ayant opposé Israël au parti chiite. Treize journalistes ont été tués au Liban depuis le 8 octobre 2023, dont un après la trêve conclue en novembre 2024.
M. Welch a a expliqué que le gouvernement israélien avait indiqué à son bureau que l’enquête était close, mais avait dit séparément à l’AFP que l’enquête était encore en cours et que les conclusions n’étaient pas finalisées. « Alors, qu’en est-il ? Les deux choses ne peuvent pas être vraies », a-t-il dit. Interrogé sur les propos du sénateur et sur le statut de l’enquête, un porte-parole de l’armée israélienne a répondu que : « L’événement est toujours en cours d’examen », sans fournir davantage de précisions. Le directeur régional de l’AFP pour l’Amérique du Nord, Marc Lavine, a indiqué de son côté que l’agence exigeait une pleine reddition de comptes depuis plus de deux ans. « L’AFP appelle les autorités israéliennes à révéler les résultats de toute enquête et à tenir pour responsables les auteurs de cet acte », a affirmé M. Lavine.
Impunité israélienne
Le sénateur démocrate Chris Van Hollen a pour sa part appelé, au cours de la même conférence de presse, à ce que « davantage soit fait ». « Nous n’avons pas vu la moindre forme de responsabilité ou de justice dans cette affaire », a-t-il déclaré. « Cela s’inscrit dans un schéma plus large d’impunité, d’attaques contre des Américains et des journalistes par le gouvernement israélien », a-t-il ajouté.
La représentante américaine Becca Balint et le sénateur indépendant Bernie Sanders, tous deux également du Vermont, ont de leur côté indiqué que leurs efforts pour obtenir justice pour les journalistes se poursuivraient.

