Une salle de classe vide. Photo ANI
Les associations d’enseignants titulaires de l’école publique au Liban ont observé une grève générale jeudi, à l’instar de plusieurs syndicats de la fonction publique, menaçant d’escalade la semaine prochaine si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Ils dénoncent notamment les « tergiversations » du gouvernement et son « refus d’inscrire les réajustements salariaux à l’ordre du jour du Conseil des ministres » prévu vendredi.
Une fracture est toutefois apparue au sein du mouvement : les contractuels ont refusé de se joindre à la grève, leurs salaires n’étant versés que s’ils assurent leurs cours, contrairement à ceux des titulaires, maintenus même en cas de grève, rapporte l'Agence nationale d’information (Ani, officielle).
Depuis l’effondrement de la livre libanaise en 2019, les salaires des enseignants de l’école publique, régis par la même échelle de salaires que les fonctionnaires, ont littéralement fondu. Malgré des réajustements cosmétiques assortis d’enveloppes récompensant leur assiduité, ils n’ont toujours pas retrouvé leur valeur d’avant la crise. Cette réalité est vue comme une décision politique de réduire le volume des membres de la fonction publique, enseignants et autres, à l’heure où les autorités sont pressées par la communauté internationale d’assainir les finances de l’État et d’engager des réformes. Et ce sachant que le clientélisme a toujours régi l’embauche des enseignants du public.
Les syndicats d’enseignants titulaires du secondaire, du primaire et du technique avaient appelé mercredi à une cessation de travail le lendemain dans toutes les institutions éducatives publiques. Ils ont dans ce cadre invité les contractuels à rejoindre le mouvement, et à se présenter aux établissements pour enregistrer leurs heures afin qu'elles soient comptabilisées.
Mais le Comité des enseignants contractuels de l’enseignement primaire, de même que le Mouvement des contractuels du secondaire, ont rejeté l’appel, annonçant leur refus d’observer la grève et accusant par la même occasion les représentants syndicaux des titulaires de les encourager à la fraude. « Un enseignant contractuel n’est payé que s’il donne son cours. Se présenter uniquement pour signer son nom et ne pas donner cours est de la triche », a dénoncé Nisrine Chahine, fondatrice du Comité issu de la contestation populaire, dans un communiqué.
« La loi doit s’appliquer à tout le monde. La loi vous accorde un salaire en échange du travail, non en échange d’une présence formelle destinée uniquement à signer », a pour sa part souligné le Mouvement des contractuels du secondaire.
Au-delà de la question liée à l'éthique de la profession, Nisrine Chahine reproche aux syndicats titulaires, et plus particulièrement au syndicat du primaire, dirigé par son confrère Hussein Jawad, de « ne représenter que 20% du corps enseignant, et à la fois d’ignorer les revendications spécifiques des contractuels », notamment « l’indemnité de transport pour chaque jour de travail, le comptage des jours fériés et des jours de grève imposés, le versement des rémunérations en retard depuis des mois ». L’affaire semble prendre une tournure politique entre les représentants syndicaux proches du tandem chiite Amal-Hezbollah, qui appellent à l’escalade et les deux syndicats de contractuels qui appellent la ministre de l’Éducation Rima Karamé à « faire respecter la loi ».


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