Des partisans du Hezbollah commémorant le premier anniversaire de la mort de Hassan Nasrallah, devant la grotte aux pigeons à Beyrouth, le 25 novembre 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Après l'entrée en vigueur, deux semaines après publication au journal officiel, d'une décision de l'Irak de geler les avoirs du Hezbollah et des houthis, parmi une liste de 24 autres entités, en raison de leurs activités « terroristes », le Comité ayant pris cette décision, lié à la Banque centrale irakienne, a indiqué qu'il allait réviser cette liste.
Dans un communiqué publié via l'agence de presse officielle irakienne (INA), le Comité de gel des avoirs des terroristes a indiqué que la liste mentionnait « un certain nombre de partis et d’entités qui n’ont aucun lien avec des activités terroristes » de l'organisation Etat islamique et el-Qaëda, alors que l'Irak s'était engagée, dans le cadre d'une demande de la Malaisie, et conformément à la résolution 1373 (2001, sur la répression du financement des actes de terrorisme, ndlr) du Conseil de sécurité des Nations unies, à inscrire uniquement dans la liste des entités dont les avoirs seraient gelés à « inclure des entités et individus liés à l'EI et el-Qaëda ». L'ajout d'autres entités dans la liste est due, selon le Comité à « la publication de la liste avant sa révision ». « Ce qui a été publié dans le Journal officiel irakien sera rectifié afin de retirer ces entités et partis de la liste des groupes liés aux organisations terroristes Daech (acronyme en arabe de l'EI) et el-Qaëda. »
Le Premier ministre irakien Mohammad Chia al-Soudani a ordonné une « enquête urgente » sur cette « erreur », rapporte l'AFP.
La décision publiée dans le journal officiel irakien, qui est toujours disponible en ligne, incluait 24 entités, parmi lesquelles donc le Hezbollah, qui est accusé d'avoir « participé à des actes terroristes », la Jamaa islamiya, un parti sunnite libanais affilié aux Frères musulmans et proche du Hamas, et les rebelles houthis yéménites. Selon la décision du Comité du gel des avoirs, qui avait été prise le 27 octobre 2025, tous les fonds et biens des personnes identifiées par le comité devaient être gelés. On retrouve également sur cette liste, composée de 24 entités et de nombreux noms de personnes, el-Qaëda, le Front al-Nosra, les chebab somaliens et l'AQPA, la branche d'el-Qaëda dans la péninsule arabique.
Avertissements américains à Bagdad
La publication au Journal officiel avait été largement critiquée en Irak, surtout par des personnalités politiques pro-Iran, dans un pays qui maintient depuis des années un équilibre délicat avec ses alliés iraniens et américains, eux-mêmes ennemis. Hussein Mounes, à la tête du groupe parlementaire proche du puissant mouvement armé Kataëb Hezbollah, a accusé le gouvernement d'être « faible » et de « manquer de dignité ». Ce mouvement, ainsi que d'autres groupes armés irakiens, font partie de l' « axe de la résistance » - les mouvements armés soutenus par Téhéran et hostiles à Israël -, comme le Hezbollah et les houthis.
La décision était intervenue alors que l'Irak avait reçu, à deux reprises au cours du mois dernier, des messages de la part de l'administration américaine, le premier du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, le second de l'émissaire Tom Barrack, l'appelant à ne pas intervenir si Israël visait l’Iran ou le Liban. Washington se montre déterminé à réduire l’influence iranienne dans la région après la guerre à Gaza, notamment par un étouffement économique, pour consolider ce qu’il entend être le nouveau Moyen-Orient.
Le Comité de gel des avoirs des terroristes est une instance formée par le secrétariat général du Conseil des ministres en Irak. Il est présidé par le gouverneur de la Banque centrale, son adjoint étant le directeur de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Il comprend également des représentants des ministères des Finances, de l'Intérieur, des Affaires étrangères, de la Justice, du Commerce, des Télécommunications, des Sciences et de la Technologie, ainsi que de la Commission d’intégrité, du Service antiterroriste et du Service de renseignement.
Même si Bagdad revient sur sa décision concernant le Hezbollah et les houthis, l'influence iranienne semble en recul en Irak, où des tractations sont actuellement en cours pour former le nouveau gouvernement, après les législatives du mois dernier, qui ont vu une avancée de l'Alliance reconstruction et développement de Mohammad Chia al-Soudani face aux autres groupes chiites en lice. En outre, l’examen d’une loi pour institutionnaliser l’intégration des Hachd al-Chaabi dans l’État irakien avait été suspendu en août après que Washington s’y était opposé. L’envoyé spécial américain pour l’Irak, Mark Savaya, avait salué le 13 novembre un « signe clair que l’Irak avance vers plus de prospérité et de souveraineté ». Au plus fort de la guerre de Gaza, les milices irakiennes soutenues par l'Iran avaient lancé, quasiment quotidiennement, des drones visant des positions israéliennes. Après des pressions américaines aux milices pro-Téhéran, ces attaques avaient été suspendues, après notamment la mort de trois soldats américains sur une base en Jordanie en janvier 2024.



Pas très logoque tout ça! Si, vraiment, on prétend lutter contre le terrorisme, pourquoi se limiter aux groupes en lien avec Daech ou Qaeda et exclure de ces mesures, les autres comme les houthis et le Hezbollah?
17 h 00, le 04 décembre 2025