D.R.
Poussières de sens de Hala Habache, L’Harmattan, 2025, 91 p.
D’emblée, avant même le prologue de son recueil, Hala Habache somme le monde et nous avertit que nous ne saurions pénétrer ses poèmes qu’après nous être débarrassé·e·s de la langue d’autrui. Car elle-même, démiurge, n’a pu écrire que lorsque ses mots n’étaient désormais plus habités que du seul sens, de l’essence, que le poète leur donnait !
Pour Hala Habache, la poésie est un absolu incarné. Comme dans un rite sacrificiel, la poète femme offre son corps d’où suintent les mots du poème. « Des mots en flots. » Sueur. Respiration. Ça sort. Ça pue. On pense à Antonin Artaud dont les vociférations seraient des silences.
D’entrée de jeu donc – mais ce jeu-là est existentiel, une question de vie et de mort, de naissance et de disparition – la poétesse affirme la primauté du mot sur l’univers, de la renaissance par le mot, lui-même trop proche de la mort pour ne pas se laisser exorciser !
Le recueil de Habache est composé de 7 chapitres, sans compter le Prologue, l’Interlude et l’Épilogue. Voici leurs intitulés : « Des peurs, des origines », « Identité.s », « Langue(s) », « Orient Occident – Histoire de sens », « Mots-armes », « Désirs contre des ordres » et « Vers la nuit ».
En vérité, ce recueil qui ne ressemble à nul autre est une longue méditation sur l’écriture poétique, une réflexion sans complaisance sur ces grands thèmes qui hantent l’autrice et qu’elle exprime avec rigueur et intransigeance.
Un mot unique les traverse de part en part. Comme une lame de fond. Inlassablement répété en écho à lui-même mais également à tous les autres mots. L’âme de son propos. Au fil de l’épée. Un mantra scandé se déroulant à l’infini en quête de sens. Roulant infiniment ses galets en déroute, à la recherche de la voie.
Jusqu’à la chute :
« Ma vie ne peut reposer
Que sur des mots en ruines
Prêts à tout recommencer
Mais toujours prêts
À s’effondrer. »
Quel est donc le pays du poète ? Le lieu de sa naissance ou de sa renaissance ? Celui de ses ancêtres ou celui de son rêve ? La poète femme répond par l’exil. Le pays de Habache est celui de son poème. Qu’elle réintègre par sa vision après avoir été expulsée par ses peurs. Deux rives.
Et puis, il y a la préface. Datée de janvier 2025. Signée Iskandar Habache, décédé 9 mois plus tard. Le temps de la gestation humaine. Pour donner naissance à sa fille. Vingt-sept ans plus tard. Pour sceller cette transmission poétique qui va désormais l’autoriser. Dépoussiérer le sens.